Des pédagogies innovantes pour enseigner différemment

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Le collège Sainte-Anne utilise la programmation 3D pour développer la persévérance et une certaine résistance à la frustration.
Photo: Photo fournie Le collège Sainte-Anne utilise la programmation 3D pour développer la persévérance et une certaine résistance à la frustration.

Ce texte fait partie du cahier spécial Écoles privées

Elles se sont lancées et ont osé enseigner différemment. Trois écoles québécoises ont mis en place des pédagogies innovantes pour permettre à leurs élèves d’aborder leur apprentissage scolaire autrement. Les résultats ont parfois dépassé leurs attentes.

À l’école trilingue Vision St-Augustin, dans l’agglomération de Québec, le niveau de stress a baissé. Chaque semaine, les élèves, de la maternelle à la sixième année, pratiquent une heure de pleine conscience, selon une approche adaptée aux besoins de chaque classe. Le yoga, la relaxation, la visualisation, la respiration guidée ou encore les ateliers de massage font désormais partie de la grille horaire.

« Nous avons noté une réelle amélioration dans la concentration, le calme et le niveau d’anxiété des élèves », observe Caroline Boudreault, enseignante à la maternelle 4 ans et en 1re et en 2e année, qui a mis en place les premières séances dans sa classe avec une collègue il y a quelques années. Depuis, les enseignants ont été formés pour étendre cette pratique à tous les groupes de l’école.

« Cela me rend heureuse d’être calme et, lorsque je reviens à la maison le soir, je suis contente d’avoir pratiqué la pleine conscience, car quand je ne le fais pas, je suis trop excitée », confie Victoria, élève de troisième année. Son camarade Guillaume est heureux de pouvoir ralentir ses pensées. Pour Mme Boudreault, ces pauses sont la meilleure façon de « donner des collations au cerveau ».

Modéliser comme un pro

 

Développer le sens spatial en dehors des exercices habituels parfois répétitifs et peu motivants ; c’est ce qu’a voulu mettre en place, il y a deux ans en troisième secondaire, Keven Poulin, enseignant en mathématiques au collège Sainte-Anne, à Lachine. « Avec ma collègue Annie Lévesque (qui travaille maintenant au collège Boisbriand), nous avons cherché une méthode qui ressemble davantage à ce qui se fait dans l’industrie », se souvient-il.

Ils trouvent la bonne formule avec le logiciel gratuit de modélisation 3D BlocksCAD, qui permet de créer et de manipuler des objets virtuels 3D comme des monuments de la vie réelle, en travaillant les solides décomposables, le théorème de Pythagore et la proportionnalité. « Une équipe d’élèves a choisi de modéliser le château de Cendrillon du parc Walt Disney World. Nous l’avions sélectionné dans notre liste de monuments, mais je n’osais pas croire qu’ils allaient réussir de manière si impressionnante ! » lance le professeur. Une exposition virtuelle a permis aux élèves de valoriser leur travail, qui incluait notamment le parlement du Canada et l’oratoire Saint-Joseph. « Avec la programmation, on touche aussi des habiletés plus générales, comme la persévérance et une certaine résistance à la frustration », souligne M. Poulin.

Oublier les notes

 

Au collège Mont Notre-Dame de Sherbrooke, les élèves ne reçoivent des notes chiffrées que deux fois par an, sur leurs bulletins, un allègement commencé il y a quatre ans. « Nous souhaitions évaluer moins mais mieux, et nous avons choisi de revenir à l’essentiel », déclare Cinthya Gauthier, directrice des services pédagogiques de l’école. À l’arrivée de la pandémie, l’impossibilité de procéder à des évaluations formelles a permis aux enseignants de « faire un pas de géant » en utilisant les formations dont ils avaient bénéficié les mois précédents pour poser leur jugement professionnel sans notation chiffrée, selon Mme Gauthier.

Depuis un an, la nouvelle pratique d’évaluation s’applique à l’ensemble des élèves du collège dans toutes les matières. « Nous leur donnons du temps et le droit à l’erreur. Ils sont moins stressés et regardent davantage les commentaires des professeurs, ce qui leur permet de mieux comprendre comment ils peuvent s’améliorer », constate Christine Cantin, enseignante en sciences en quatrième secondaire. L’école a soigné sa communication en informant régulièrement les parents pendant l’année (cotes, rétroactions, etc.), ce qui lui a permis de recueillir des retours très positifs. « Au départ, on nage un peu dans le vide, mais il faut se lancer, encourage Mme Cantin. Et lorsque nos élèves vont bien, nous devenons aussi de meilleurs enseignants ! »

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