Sorties en péril pour des élèves faute de chauffeurs d’autobus

Cette situation touche d’abord les écoles plus éloignées du centre de la ville, pour lesquelles l’accès à des lieux culturels, comme les théâtres, et à des points d’attrait sera «pratiquement rendu impossible».
Photo: Adil Boukind Le Devoir Cette situation touche d’abord les écoles plus éloignées du centre de la ville, pour lesquelles l’accès à des lieux culturels, comme les théâtres, et à des points d’attrait sera «pratiquement rendu impossible».

Des élèves verront leurs activités à l’extérieur de l’école supprimées, modifiées ou écourtées à cause du manque de chauffeurs d’autobus scolaires et d’horaires plus restreints pour les transporter. Cette situation pourrait mettre en péril la participation de jeunes aux deux sorties en milieu culturel par année financées par Québec, estiment des acteurs du milieu.

Au Centre de services scolaire de la Capitale, à Québec, qui regroupe 68 établissements et 31 000 élèves, les transporteurs ont fait savoir qu’ils assureraient le transport pour les sorties uniquement entre 9 h 30 et 14 h 30. Une nouvelle qui a fait réagir plusieurs enseignants, explique au Devoir Valérie Drapeau, présidente par intérim du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ).

« Il y a des activités qui ne se feront pas, ou qui seront écourtées, affirme-t-elle. Ça amène plein de problèmes logistiques, et il y aura des choix à faire. »

Elle précise que cette situation touche d’abord les écoles plus éloignées du centre de la ville, pour lesquelles l’accès à des lieux culturels, comme les théâtres, et à des points d’attrait sera « pratiquement rendu impossible ». À cause des contraintes de temps, certains pourraient par exemple écourter une randonnée à la réserve nationale de faune du Cap-Tourmente. Ou juger qu’une sortie sera trop coûteuse pour le temps que pourra durer l’activité, à cause du temps de déplacement qui amputera grandement le temps disponible.

« Des sorties qui étaient rodées avec les années ne pourront plus fonctionner avec ces paramètres, souligne Valérie Drapeau. Ça va pénaliser les élèves qui déjà ont perdu des occasions [de sortie] à cause de la COVID-19. » « Après deux années où c’est la COVID qui rendait impossible l’accès à certains lieux, maintenant, c’est le transport scolaire. C’est très malheureux », ajoute-t-elle.

Les horaires restreints demanderont également un effort logistique supplémentaire pour les enseignants. « Il y aura plus de planification à faire. Il faudra organiser des choses à faire avec les élèves avant le départ vers l’activité, et aussi après la sortie », souligne Valérie Drapeau.

« Nous devons nous adapter »

Invité à commenter la situation, le Centre de services scolaire de la Capitale estime, de son côté, que cet horaire restreint « n’empêche pas les sorties éducatives ». « Mais nous devons nous adapter, car le temps est restreint », admet la conseillère en communication, Marie-Claude Lavoie.

Il faudra des solutions de rechange, renchérit Carl Ouellet, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles. « On est vraiment à la recherche de solutions présentement, et on va en trouver », lance-t-il.

« Il y a peut-être des organismes qui peuvent se déplacer plutôt que ce soit les élèves qui se déplacent. Les choses peuvent se faire, si possible, au moyen du Web. On regarde toutes les solutions possibles », dit-il.

Les activités à l’école ne sont toutefois pas de la même ampleur que celles à l’extérieur, souligne le SERQ. « Certains vont se rabattre à faire venir des pièces de théâtre ou des artistes à l’école, mentionne Valérie Drapeau. Mais ce ne sont pas les mêmes enveloppes budgétaires. »

Québec annonçait que deux sorties culturelles gratuites par année seraient financées dès la rentrée 2019, avec des investissements de 112,5 millions de dollars sur cinq ans. Ces activités sont-elles maintenant en péril ?

« Ça pourrait être le cas à moyen terme si on ne trouve pas de solutions, pense Carl Ouellet. Mais nous avons interpellé le ministère de l’Éducation pour nous aider dans les négociations avec les transporteurs. » La Fédération des transporteurs par autobus (FTA) n’a pas donné suite aux demandes du Devoir.

Il sera plus complexe d’atteindre cet objectif, reconnaît Valérie Drapeau. « Dans ce contexte, ça va être difficile. Pas partout, mais dans certains milieux, ce sera compliqué », dit-elle.

Selon elle, les sommes pour les sorties scolaires en milieux culturels risquent fort de ne pas être utilisées entièrement. Elle ajoute que les sommes qui n’étaient pas dépensées pouvaient être rapatriées par le gouvernement l’an dernier.

Le ministère de l’Éducation indique, de son côté, être « sensible à la problématique de la pénurie de conducteurs d’autobus » et ajoute qu’il « poursuivra son soutien aux centres de services scolaires dans la gestion » de ce dossier, tout en rappelant que la responsabilité d’organiser le transport scolaire pour les élèves incombe aux organismes scolaires.

« Ce sont 11 millions additionnels qui ont été attribués lors du dernier budget dans le cadre du Programme d’aide financière pour la rétention des conducteurs d’autobus scolaires, ce qui a fait passer l’enveloppe de cette mesure à 35,1 millions tout en introduisant une nouvelle prime d’attraction. Cela représente concrètement plus de 13 000 conducteurs d’autobus et de berlines qui pourront profiter de la mesure en 2022-2023 », a expliqué le ministère dans un courriel envoyé au Devoir.

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