Baisse d’inscriptions au cégep, malgré des attentes inverses

Les inscriptions à la session d’automne dans les 48 cégeps du Québec ont connu une légère baisse plutôt que la hausse qu’on anticipait. La démotivation des élèves due à la pandémie et l’attrait des emplois faciles en raison de la pénurie de travailleurs sont montrés du doigt pour expliquer la diminution d’intérêt envers les études supérieures.

Le nombre d’étudiants inscrits dans les cégeps a baissé de 1,1 % par rapport à la rentrée de l’automne dernier. Le ministère de l’Enseignement supérieur prévoyait plutôt une hausse de 1,3 % du nombre de cégépiens, d’après les projections démographiques.

Cette perte de vitesse préoccupe la Fédération des cégeps, qui réclame une vaste campagne de promotion de l’enseignement supérieur au Québec et un coup de pouce du gouvernement pour recruter des étudiants étrangers, surtout dans les cégeps en région.

« La situation n’est pas critique, mais on perd des étudiants qui auraient normalement dû venir au collégial cet automne », souligne le président-directeur général de la Fédération, Bernard Tremblay. Quelque 173 392 élèves sont inscrits à l’enseignement ordinaire dans les cégeps.

Les perturbations de la pandémie ont réduit la motivation des jeunes. Les résultats scolaires ont possiblement baissé au secondaire, empêchant des élèves de s’inscrire au collégial. L’accès plus facile que jamais à des emplois nécessitant peu de qualifications a probablement aussi nui à l’attrait des études collégiales, estime le représentant des cégeps.

« Le gouvernement Legault dit que sa priorité est l’éducation, on pense que les partis devraient profiter de la campagne électorale pour valoriser aussi l’enseignement supérieur. On l’a vu avec la pandémie : dès qu’il y a une crise, ce sont les travailleurs les moins formés qui écopent », fait valoir M. Tremblay.

Boum démographique en vue

 

Les prévisions démographiques du ministère de l’Enseignement supérieur évoquent tout de même une hausse importante de 25 000 étudiants dans les cégeps de la grande région de Montréal dans les prochaines années, rappelle le p.-d.g. de la Fédération. Le boom démographique qui fait déborder les écoles primaires (et désormais secondaires) atteindra les collèges.

De plus, le plafonnement des inscriptions dans les cégeps anglophones, décrété par la « loi 96 », amènera des francophones dans les collèges français du Grand Montréal.

Les 21 cégeps de la région métropolitaine prévoient manquer de place. Québec mise notamment sur la location de locaux pour accueillir ces milliers d’étudiants, mais la formule a ses limites en raison de la crise immobilière et du manque d’espaces commerciaux offerts en location près des cégeps, souligne Bernard Tremblay.

Ailleurs en région, les cégeps sont pourtant aux prises avec des baisses d’inscriptions. C’est une des raisons pour lesquelles Québec a créé les bourses Parcours pour la mobilité étudiante, de 7500 $ par année, qui seront versées à des élèves sélectionnés de 18 cégeps situés en région. Le but est de convaincre 5000 jeunes de faire leurs études à Shawinigan, La Pocatière ou Baie-Comeau, par exemple, plutôt que dans les grands centres.

Étudiants étrangers

 

Les cégeps de région misent beaucoup sur les étudiants étrangers pour regarnir leurs rangs, explique Bernard Tremblay. Le nombre d’étudiants venus d’autres pays a augmenté de 9,6 % par rapport à l’an dernier, pour atteindre 6440 personnes. Un peu plus de la moitié d’entre eux (3429) sont de nouveaux inscrits.

Québec a mis sur pied un autre programme qui offrira des bourses de 80 millions sur quatre ans aux étudiants étrangers qui feront des études supérieures en région (et en français) dans cinq domaines en forte demande (éducation, petite enfance, génie, santé et services sociaux, technologies de l’information).

La Fédération des cégeps salue l’initiative, mais réclame un coup de pouce du gouvernement pour mieux coordonner la promotion des études supérieures au Québec. « Les étudiants étrangers se font courtiser par la France, par le Royaume-Uni, par les États-Unis. Ça clignote de partout ! On pense que le Québec doit faire connaître les cégeps pour qu’on soit arrimés à la “marque Québec” à l’étranger », fait valoir Bernard Tremblay.

« On est des experts en intégration, ajoute-t-il. Le gouvernement veut recruter 1000 infirmières à l’étranger. Quand une infirmière arrive ici, c’est nous qui complétons sa formation. On fait plus : on va les intégrer socialement, on les amène dans des résidences étudiantes, on leur fait vivre des activités sociales. »

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