Des initiatives en soutien aux personnes peu alphabétisées

Martine Letarte
Collaboration spéciale
Pour mieux répondre aux besoins exacerbés par la pandémie, plusieurs organismes d’alphabétisation ont lancé de nouvelles initiatives.
Illustration: Romain Lasser Pour mieux répondre aux besoins exacerbés par la pandémie, plusieurs organismes d’alphabétisation ont lancé de nouvelles initiatives.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation

Chacun chez soi, rivé à son écran pour tout faire, de la demande de subvention gouvernementale à la rencontre d’équipe au travail, en passant par le magasinage, sans oublier le souper d’anniversaire du neveu. La pandémie a été difficile à vivre pour la plupart des gens, mais particulièrement pour ceux qui ont un faible niveau de littératie. Pour mieux répondre aux besoins exacerbés par la pandémie, plusieurs organismes d’alphabétisation ont récemment lancé de nouvelles initiatives. En voici trois.

Parlons littératie ! : des capsules vidéo pour mieux communiquer

Le projet Parlons littératie ! du Centre d’éducation des adultes (CEA) de Kamouraska–Rivière-du-Loup a permis de créer des capsules vidéo pour aider les organismes à communiquer plus efficacement et plus respectueusement avec la population peu alphabétisée. Les vidéos ont été développées par les enseignantes Catherine Fournier et Isabelle Labrecque, la conseillère d’orientation Valérie Lepage, en collaboration avec Pauline Solomon, formatrice de l’ABC des Portages. Leur initiative semble faire son chemin progressivement au Centre de services scolaire (CSS) de Kamouraska–Rivière-du-Loup, mais également un peu partout dans la province.

« Remplir un formulaire gouvernemental, comprendre un document légal, déchiffrer une facture, lire une prescription et inscrire son enfant à la garderie ou à l’école sont autant de situations qui peuvent représenter un défi de taille pour beaucoup d’adultes qui présentent de faibles compétences en littératie », explique par voie de communiqué Nathalie Bélanger, directrice du CEA de Kamouraska–Rivière-du-Loup.

Pas moins d’une personne sur deux âgée de 16 à 65 ans, au Québec, ne détient pas les compétences minimales en lecture afin qu’elle puisse être à la fois autonome, fonctionnelle et indépendante dans ses activités au quotidien, selon le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, une initiative de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

En matière de littératie, le Bas-Saint-Laurent se trouve sous la moyenne québécoise, selon la Fondation pour l’alphabétisation. « Pour nous, cela a été l’élément déclencheur, affirme Nathalie Bélanger. Comme organisme public oeuvrant dans le secteur de la formation des adultes, nous devions faire quelque chose. Il était impératif de sensibiliser, d’informer et d’outiller les entreprises, les différents organismes de notre communauté ainsi que le secteur de la santé sur les différents niveaux de littératie et sur l’importance d’adapter leurs interventions au quotidien. »

Pour atteindre le plus grand nombre de personnes sur le territoire, quatre capsules d’une quinzaine de minutes ont été créées sur ces thèmes : Qu’est-ce que la littératie ?, Les comportements observables, Adapter ses communications à l’oral, Adapter ses communications écrites. Ces capsules sont aussi accompagnées d’outils, comme une affichette informative et une roulette de la littératie regroupant les différents niveaux de compétences de -1 à 5.

« La démarche nous a amenés à nous questionner sur nos propres pratiques, ajoute Nathalie Bélanger. Nous avons apporté d’importantes améliorations au processus d’accueil des nouveaux élèves. Beaucoup de malentendus découlent souvent d’une mauvaise compréhension de l’information transmise. Notre boîte à outils est aussi très appréciée par notre organisme. Plusieurs établissements de notre CSS l’utilisent dans leurs communications avec les parents. Un autre CSS nous a contactés récemment en vue d’utiliser le matériel que nous avons développé. »

Parlons littératie ! est issu d’un plan d’action global du CEA pour aider les adultes afin qu’ils puissent vivre dans un monde de plus en plus complexe qui exige un certain niveau de littératie.

L’Étiquette : pour la simplification des communications

Pour sensibiliser les gens à l’analphabétisme et à l’importance de simplifier les communications, le groupe populaire en alphabétisation l’Ardoise, à Sorel-Tracy, a créé l’Étiquette — Oser la porter ! Ce projet mise sur la valorisation du droit à l’information des personnes peu alphabétisées en offrant des services appropriés. En affichant le logo de l’initiative, les organismes pourront être reconnus par les personnes peu alphabétisées comme des espaces adaptés à leur situation.

Ces gens sont nombreux. Au Québec, plus de la moitié de la population active possède un niveau de littératie de deux ou moins sur une échelle qui en contient six. Or, il faut atteindre le troisième niveau pour être en mesure de saisir les communications actuelles au Québec. Se maintenir en santé, obtenir ou conserver un emploi, s’intégrer dans le parcours scolaire de leurs enfants, éviter la précarité financière, ce sont souvent les défis auxquels font face les personnes ayant un niveau faible de littératie.

« Bien que l’analphabétisme entraîne des conséquences individuelles très concrètes, il s’agit avant tout d’un problème de société qui empêche la participation active de plus de la moitié des personnes âgées de 16 ans et plus et nous devons agir collectivement pour améliorer les conditions de vie des personnes peu alphabétisées », soutient Suzie Blanchard, chargée de projet en transformation sociale à l’Ardoise.

Le droit à l’information est d’ailleurs l’un des droits les moins bien respectés chez les adultes peu alphabétisés, d’après une consultation du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec.

C’est face à ce constat que l’initiative l’Étiquette — Osez la porter ! a été élaborée. Les objectifs sont de sensibiliser les organismes de tout genre, qui donnent des services à la population, sur le droit à l’information et de les outiller pour qu’ils puissent simplifier leurs communications. L’initiative veut aussi favoriser la participation des personnes peu alphabétisées « à la collectivité dans la dignité, car elles recevront des services adaptés à leur réalité », plaide Martine Simard, directrice générale de l’Ardoise.

Le groupe populaire en alphabétisation a récemment revu son offre de services après que plusieurs besoins eurent été révélés par la pandémie. La COVID a en effet amené plusieurs personnes à devoir remplir d’urgence des formulaires en ligne, par exemple pour obtenir de l’aide gouvernementale. L’Ardoise offre entre autres de l’accompagnement et du soutien individuel gratuit à la lecture, à l’écriture et à l’utilisation des technologies numériques à Sorel-Tracy, une ville marquée par son passé industriel.

Un nouvel espace à Saulnierville

Ayant son siège social à Tusket, l’Équipe d’alphabétisation — Nouvelle-Écosse, qui aide les Néo-Écossais à apprendre la langue française et à développer des compétences liées à l’employabilité, a dû prendre le virage de l’offre de services en ligne depuis le début de la pandémie. Si les formations sont encore offertes à distance, l’organisme a toutefois observé un besoin pour une présence physique, notamment lorsque vient le temps de développer des compétences de base à l’ordinateur. Sa formation dans le domaine permet d’apprendre entre autres à naviguer sur des sites Web, à envoyer des courriels, à créer un compte Facebook et à parler à ses proches à l’aide de certains logiciels de vidéoconférence. C’est donc à la demande de la population que l’organisme communautaire a ouvert, en juin, un bureau à Saulnierville.

L’Équipe d’alphabétisation — Nouvelle-Écosse offre six autres formations à la population. Alpha familiale donne des ateliers aux familles francophones acadiennes avec de jeunes enfants. L’objectif est d’améliorer les compétences parentales chez l’adulte et lui faire prendre conscience de l’importance de la lecture dès le jeune âge à la maison. Le programme Je parle français avec mon enfant permet par ailleurs aux parents de renforcer leur niveau de français pour qu’ils puissent accompagner leur enfant dans les premières années à la garderie ou à l’école. Alpha communautaire aide, quant à lui, à l’acquisition d’une base en lecture, en rédaction, en conversation et en mathématiques pour les adultes acadiens et francophones. De la formation numérique aux personnes aînées qui ont des besoins particuliers pour favoriser leur inclusion sociale est offerte avec Impact aîné.e.s. Du côté professionnel, Compétences au travail présente dix petits ateliers sur des éléments importants à avoir en milieu de travail pour une ambiance décontractée et participative.

Le volet formation à distance offre pour sa part plus de 50 cours à suivre de façon autonome dans les domaines de la grammaire française, des mathématiques et de la sécurité informatique.

La mission de l’Équipe d’alphabétisation — Nouvelle-Écosse, qui célèbre cette année son 30e anniversaire, est de permettre aux adultes d’être autonomes dans leur vie personnelle, professionnelle et sociale. Fermé l’été, l’organisme communautaire reprend ses activités le 6 septembre.

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