De futurs profs privés de leur bourse

De futurs enseignants qui commencent cette semaine leur dernier stage à temps plein voient leur budget amputé de façon imprévue pour cet automne et devront s’endetter à contrecoeur, la bourse sur laquelle ils comptaient n’étant plus offerte. La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, promet de trouver une solution.

« Ça a été reçu avec beaucoup de désarroi et de déception. Tout le monde va avoir des sacrifices à faire à cause de ça », laisse tomber Alexann Leblanc, étudiante en quatrième année au baccalauréat en enseignement de l’anglais langue seconde à l’Université Laval. Cette situation survient alors que les écoles peinent à recruter des enseignants depuis un bon moment et que Québec cherche à venir à bout de la pénurie. En vue de la rentrée scolaire la semaine prochaine, de 700 à 1400 professeurs manqueraient à l’appel.

Habituellement, les étudiants en enseignement bénéficient pour leur « stage IV » de la bourse de soutien à la persévérance et à la réussite des stagiaires, d’un montant de 3900 $, qui est déposée en deux versements : le premier au début de la session, le second en décembre. Cette aide financière est précieuse, et les étudiants comptaient sur elle, la majorité des stages en enseignement de 15 semaines n’étant pas rémunérés.

Or, dans un courriel reçu la semaine dernière en provenance d’une agente de gestion des études de l’Université Laval, Alexann a appris que cette bourse serait remplacée par les bourses d’études Perspective Québec. Débutant cet automne, ce programme vise à accorder un soutien financier durant tout le parcours de cégépiens et d’universitaires de plusieurs domaines où le manque de main-d’oeuvre est criant, y compris l’enseignement. Pour les étudiants universitaires, le montant des bourses se chiffre à 2500 $ par session.

« Le succès des stages devant être validé, le versement de la bourse [de 2500 $] peut être attendu vers la fin janvier/début février », peut-on lire dans le courriel. Les étudiants ne verront donc pas la couleur de leur argent cet automne.

« Ça a été un coup assez dur, parce que j’avais choisi mon milieu de stage en fonction du fait que j’allais avoir un versement cet automne et que j’allais pouvoir me concentrer à 100 % sur les études », souligne Alexann. Elle s’est finalement résignée à demander une marge de crédit lundi. « Ce n’était pas une option que je voulais prendre, parce que je voulais sortir de mes études sans dettes, ce que j’avais réussi à faire jusqu’à cet automne », dit-elle.

« On est tous dans cette situation d’incertitude, et ç’a été comme ça tout l’été, renchérit Noémie Beaulieu. On ne savait pas quel montant on allait recevoir, ni à quel moment. » L’étudiante dénonce un manque de communication claire et songe elle aussi à demander une marge de crédit.

« On va s’endetter encore plus qu’on ne l’est déjà, lance Donna Cristina Obregon Diaz. Ils n’ont pas pris en compte les besoins des étudiants en stage, c’est vraiment décevant. »

McCann promet une solution

 

Avec les nouvelles bourses Perspective Québec, un étudiant au baccalauréat en enseignement pourra recevoir un montant total de 20 000 $ sur quatre ans. Mais la transition entre les deux programmes et l’impossibilité d’avoir pu planifier leurs finances pour les prochains mois sont dénoncées par les étudiants.

« C’est vraiment cahoteux, ce n’est pas du tout une transition qui se fait de façon délicate », regrette Alexann Leblanc.

« La bourse Perspective est de 2500 $ par session, donc 5000 $ pour la dernière année d’université, ajoute Catherine Simard, également étudiante en quatrième année d’enseignement. Mais pour les gens comme moi qui ont fait le bac en trois ans et demi, on est perdants. »

« J’aurais préféré avoir la bourse de 3900 $, renchérit Donna Cristina Obregon Diaz. Je dois payer mon loyer, et je n’aurai pas l’argent. Je préfère pouvoir payer mes factures en ce moment plutôt qu’attendre un versement en 2023. »

Invitée à réagir, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a indiqué qu’il « a toujours été très clair que les bourses Perspective Québec allaient remplacer les bourses de soutien à la persévérance, car elles sont beaucoup plus avantageuses annuellement ».

« Cela dit, nous allons trouver une solution pour maintenir le montant accordé par l’ancien programme de bourse pour les étudiants qui terminent leur parcours à l’automne 2022 et qui n’ont pas bénéficié de la bourse Perspective Québec, afin d’assurer une transition équitable entre les deux programmes », ajoute-t-elle dans une déclaration transmise par courriel au Devoir.

« Je veux rassurer les étudiants, on veut le programme le plus avantageux possible pour les domaines ciblés et nous allons nous assurer que personne ne soit pénalisé. »

La porte-parole en matière d’éducation pour le Parti libéral du Québec (PLQ), Marwah Rizqy, qui a été contactée comme tous les autres députés par l’étudiante Alexann Leblanc, a envoyé un courriel mardi matin au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et à la ministre Danielle McCann.

« C’est changer les règles du jeu en plein match, a lancé la députée libérale lors d’une entrevue avec Le Devoir. Ma demande est très claire : c’est de remettre en place immédiatement la bourse à laquelle ils ont droit et d’avoir une mesure transitoire pour les nouvelles inscriptions. »

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