«Chasse aux profs» en vue de la rentrée

«Les directions d’école font la chasse aux profs. La pénurie de personnel semble plus intense que jamais», résume une source influente dans le réseau scolaire.
Marie-France Coallier Le Devoir «Les directions d’école font la chasse aux profs. La pénurie de personnel semble plus intense que jamais», résume une source influente dans le réseau scolaire.

À moins de deux semaines du retour à l’école, les gestionnaires scolaires sont engagés dans une course contre la montre pour s’assurer que chaque classe, au primaire et au secondaire, ait un enseignant titulaire. Plus de 700 professeurs restent à embaucher, mais le ministre Jean-François Roberge dit être confiant que tous les élèves auront un enseignant.

« Les directions d’école font la chasse aux profs. La pénurie de personnel semble plus intense que jamais », résume une source influente dans le réseau scolaire.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a révélé jeudi à l’animateur Paul Arcand, du 98,5 FM, que 700 postes d’enseignant restent à pourvoir en vue de la rentrée. Il a admis qu’un nombre indéterminé d’entre eux seront « non légalement qualifiés » et auront une autorisation provisoire pour se retrouver devant un groupe d’élèves.

Cette incertitude ouvre la voie à un scénario qui se répète chaque année depuis quatre ou cinq ans, déplore Patricia Clermont, porte-parole du mouvement « Je protège mon école publique » : « Les remplaçants vont se succéder dans certaines classes. Des groupes auront cinq, six, sept suppléants en peu de temps. C’est inacceptable, surtout pour les élèves plus jeunes, qui ont besoin d’un lien affectif avec leur enseignant titulaire. »

Déjà, des parents et leurs enfants se demandent s’il y aura un prof dans la classe et « pour combien de temps il sera là », raconte Patricia Clermont.

Dans le réseau scolaire, on considère que la présence d’enseignants non légalement qualifiés alourdit la tâche des profs d’expérience, qui doivent encadrer les nouveaux venus dans la profession. Ces profs sans brevet sont généralement pleins de bonne volonté et motivés, mais ont besoin d’accompagnement, indiquent plusieurs sources.

Banques de suppléants dégarnies

 

Une portion importante des enseignants qualifiés, qui sortent des universités, nécessite aussi du soutien, souligne Jean-François Guilbault, président du Syndicat de Champlain, en Montérégie. « Le recrutement a été très très très intensif dans les derniers mois. Les centres de services se sont arraché les diplômés en enseignement dès le printemps dernier », dit-il.

Les banques de suppléants sont presque vides avant même le début de l’année scolaire, explique le représentant syndical. Les postes affichés sont beaucoup plus nombreux que les candidats dans les centres de services scolaires de la Rive-Sud.

Au centre de services des Patriotes, une cinquantaine de tâches à temps complet et une centaine à temps partiel sont affichées, selon Jean-François Guilbault. Au centre de services de la Vallée-des-Tisserands, à Salaberry-de-Valleyfield, une centaine de contrats sont aussi offerts. Le recrutement est particulièrement difficile en adaptation scolaire, précise-t-il.

La pénurie frappe aussi les autres catégories de personnel scolaire : 194 postes d’éducatrices en service de garde scolaire, 31 postes de préposés aux élèves handicapés et 14 postes de techniciens en éducation spécialisée sont affichés dans des écoles où le personnel est affilié au Syndicat de Champlain.

Les enseignants du secondaire sont aussi recherchés. Au Centre de services scolaire des Mille-îles, en début de semaine, 41 tâches d’enseignant de français à temps complet étaient affichées, et une dizaine à temps partiel. Quelque 23 candidats figuraient sur la liste de priorité.

« Ce qui est différent d’avant, c’est que les tâches affichées sont attrayantes. On parle de postes à temps complet, dont certaines ouvrent la voie à la permanence. Mais elles ne trouvent pas de candidats », s’étonne une enseignante qui a demandé l’anonymat, parce qu’elle n’est pas autorisée à parler aux médias.

Revaloriser la profession

 

Le nombre de postes affichés varie d’heure en heure dans le réseau, parce que les séances d’affectation sont en cours ou à venir dans les centres de services scolaires, souligne le cabinet du ministre Roberge. Le chiffre de 700 postes à pourvoir est préliminaire et provient d’une collecte de données qui a commencé le 15 août, précise Audrey Noiseux, attachée de presse du ministre de l’Éducation.

« Nous continuerons de sonder durant les prochaines semaines et nous pourrons alors porter un jugement sur l’évolution par rapport aux années précédentes », souligne-t-elle.

Le ministre attribue la pénurie à des décennies de dévalorisation des professions en éducation. Il rappelle avoir pris une série d’initiatives pour encourager les candidatures : amélioration historique des conditions de travail des profs, création de maîtrises qualifiantes (qui ne font pas l’unanimité) pour former rapidement des enseignants, programme de mentorat pour les jeunes profs, investissements massifs pour construire et rénover des écoles…

De son côté, le Centre de services scolaire des Navigateurs, à Lévis, a lancé une campagne de recrutement en vue de la rentrée. Publicité dans les médias et sur les réseaux sociaux, panneaux d’affichage le long de l’autoroute 20, et journée de recrutement, lundi prochain, qui permettra de rencontrer une centaine de candidats : le centre de services met tout en oeuvre pour que chaque classe ait un enseignant, explique la porte-parole Louise Boisvert.

Toutes les catégories d’employés sont recherchées : enseignants, personnel de soutien, professionnels, directions d’école et cadres scolaires, souligne-t-elle.

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