Manipuler les chiffres à la maternelle

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Pour multiplier les chances que nos enfants aient la bosse des mathématiques, une initiation ludique dès le préscolaire peut s’avérer utile, selon un rapport de l’UQAM.
Illustration: iStock Pour multiplier les chances que nos enfants aient la bosse des mathématiques, une initiation ludique dès le préscolaire peut s’avérer utile, selon un rapport de l’UQAM.

Ce texte fait partie du cahier spécial La rentrée de tous les défis

Pour multiplier les chances que nos enfants aient la bosse des mathématiques, une initiation ludique dès le préscolaire peut s’avérer utile. Un rapport du Centre d’études sur l’apprentissage et la performance (CEAP) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), publié en avril dernier, a recensé 145 études ayant évalué l’efficacité des interventions soutenant l’apprentissage de la numératie avant la première année du primaire. Selon ses auteurs, bien que des effets durables sur la réussite à long terme ne soient pas encore pleinement démontrés, la démarche est prometteuse.

« On peut dire que la numératie, ce sont les fondements des mathématiques. Les Anglo-Saxons parlent de manière évocatrice de l’intuition du nombre (number sense) », explique Eric Dion, professeur au Département d’éducation et formation spécialisées à l’UQAM et coauteur du rapport du CEAP. Ces bases, qui recouvrent par exemple la compréhension de l’idée de quantité ou la connaissance des chiffres, offrent un socle pour l’apprentissage formel des mathématiques au primaire. Elles sont parfois acquises de manière informelle à la maison, mais peuvent également être enseignées sous une forme plus structurée dans le cadre d’activités préscolaires ludiques (matériel manipulable, jeux numériques sur tablette, etc.).

Apprendre en jouant

 

Apprendre la numératie avant la première année peut choquer certaines personnes pour qui les enfants du préscolaire doivent jouer librement. « Elles appellent parfois cela du brocoli couvert de chocolat : cela a l’air bon et attrayant, mais on passe en douce aux enfants quelque chose qu’ils n’ont pas voulu », explique Eric Dion, qui ne partage pas cette analyse. Des parents utilisent souvent cette stratégie pour convaincre leurs enfants de faire des activités propices à leur développement, et ça marche, observe-t-il.

À l’inverse, « dans certains milieux éduqués aux États-Unis, les parents s’inquiètent quand un élève ne lit pas comme un adulte à 5 ans », regrette M. Dion. Sans tomber dans cet excès, il estime utile d’enseigner la numératie au préscolaire en préservant deux choses essentielles : l’aspect ludique et l’absence d’attente formelle par rapport aux apprentissages. Le jeu en vaut la chandelle. « Les enfants qui rentrent au primaire avec de bonnes bases (ceux qui connaissent déjà les lettres et les chiffres, par exemple) ont tendance à avoir plus de facilité à réussir à l’école et moins de risques de décrocher. C’est très bien établi », affirme le professeur.

Des effets durables à préciser

Les auteurs du rapport ont voulu comprendre si les activités de stimulation au préscolaire permettent d’égaliser les chances de réussite des enfants par la suite. Ils ont été surpris de constater une déperdition des apprentissages sur le long terme. « Au bout de quelques semaines ou de quelques mois, la rétention n’est pas parfaite. Cela signifie qu’à cet âge-là, les choses doivent être refaites régulièrement », interprète Stéphane Cyr, professeur au Département de mathématiques de l’UQAM et coauteur du rapport. Eric Dion préconise pour sa part de faire des évaluations dynamiques pour évaluer les gains. « On prend dix minutes pour réenseigner les contenus à l’enfant. Puis, on voit si cela vient les réveiller », décrit-il.

Le CEAP a invité le professeur américain Drew Bailey pour une conférence qui sera accessible gratuitement en présence ou par Zoom, le 7 octobre prochain, sur les effets des interventions éducatives précoces. Il expliquera notamment pourquoi leur dissipation peut coexister avec la persistance des compétences. Le rapport fait d’ailleurs état de résultats positifs plus nets de ces interventions sur les élèves en difficulté. « Les études montréalaises ont montré un effet cumulatif et durable des activités stimulantes en maternelle et en première année de primaire, sur des enfants qui étaient plus faibles au début de la maternelle », souligne Eric Dion. Or, ce sont précisément ceux-là qui ont le plus besoin d’être soutenus.

Efficace, le matériel manipulable

 

« Les expériences menées à partir de matériels manipulables ont entraîné de meilleurs apprentissages que les autres », souligne également Stéphane Cyr. Là encore, les élèves en difficulté sont gagnants. « Les approches basées sur la manipulation permettent d’aller les chercher et leurs gains sont plus importants », se réjouit le spécialiste des mathématiques au primaire.

Également expert des jeux éducatifs en mathématiques, M. Cyr n’a pas été surpris. « C’est mon adage dans l’enseignement de cette matière. Malheureusement, on oublie de rendre les choses concrètes, de manipuler et de s’amuser au primaire et au secondaire. Cette approche que nous préconisons au préscolaire fonctionne très bien à tout âge ! » encourage-t-il.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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