Comment parler de la guerre à l’école ?

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
La thématique de la guerre s’invite souvent à l’école, d’où l’importance de mieux outiller les enseignants en la matière, avisent deux expertes.
Photo: iStock La thématique de la guerre s’invite souvent à l’école, d’où l’importance de mieux outiller les enseignants en la matière, avisent deux expertes.

Ce texte fait partie du cahier spécial La rentrée de tous les défis

Des élèves ont fui des pays en guerre. D’autres voient des images violentes sur les réseaux sociaux. Le thème de la guerre s’invite souvent à l’école, d’où l’importance de mieux outiller le corps enseignant en la matière, avisent deux expertes.

« Sur les plateformes comme TikTok, on peut voir en direct des gens qui sont cachés, qui tremblent de peur, qui entendent des bombardements, observe Caterina Mamprin, professeure en éducation à l’Université de Moncton. Les enfants ont accès à cela, sans filtre, sur leur téléphone. »

De la même façon, le Canada est un pays d’accueil pour des milliers d’élèves ayant fui la violence ou issus de familles de réfugiés. En 2015-2016, les écoles canadiennes accueillent des milliers d’enfants syriens. En 2021-2022, le pays accueille des réfugiés afghans et ukrainiens. Pendant cette période, d’autres guerres moins médiatisées, comme celle au Yémen, ont également continué de pousser nombre de familles vers l’exil.

« Si les enfants ont besoin de parler, ils vont parler, il va y avoir des émotions vécues, du contenu qui va être amené à l’école, poursuit la spécialiste. Les écoles sont souvent démunies parce que ce sont des thématiques lourdes, et les enseignants ne sont pas toujours préparés pour y répondre. »

Pour remédier aux lacunes, un cours gratuit en ligne (MOOC) sur les réfugiés et les demandeurs d’asile ainsi qu’un aide-mémoire pour les intervenants scolaires ont été créés sur la base des années d'expériences dans le domaine de Garine Papazian-Zohrabian, professeure agrégée au Département de psychopédagogie et d’andragogie de l’Université de Montréal, et son équipe.

Selon Garine Papazian-Zohrabian et Caterina Mamprin, l’école peut constituer un espace où les jeunes peuvent être écoutés et où ils peuvent obtenir des réponses à leurs questions. Il est important pour eux de décrypter les questions politiques et socioéconomiques qui sous-tendent la guerre, insistent-elles.

« Cela va aider à comprendre, et complexifier la situation, conseille Caterina Mamprin, qui souhaite éviter les perspectives binaires avec des “bons” et des “méchants”. C’est important que ce soit fait dans un contexte sécuritaire pour l’enfant, parce qu’ils sont en train de construire leur façon de percevoir les choses. »

« La majeure partie de leur vie se passe à l’école, donc c’est un lieu de vie et pas seulement d’apprentissages, et je pense que l’école devrait assurer ce rôle de première ligne en santé mentale, opine Garine Papazian-Zohrabian. Quand les élèves vont mieux, il y a moins de problèmes, de conflits, plus de motivation à apprendre. »

Un manque à gagner

Si les expertes ont créé des ressources pour les écoles, les défis restent nombreux. « Lorsque les enseignants sont moins bien formés pour répondre aux besoins des élèves, leur stress et leur mal-être augmentent, soulève Mme Papazian-Zohrabian. Ils peuvent avoir du mal à gérer la classe, à maîtriser le contenu, alors si en plus ils doivent s’occuper du bien-être des élèves, cela devient une surcharge. »

Dans la formation pour enseigner au Québec, il y a très peu de cours de psychologie et de psychopédagogie, déplore Garine Papazian-Zohrabian. « Je crois qu’à long terme il faudrait revoir la formation initiale. Il y a des ressources, il faudrait que les gens aillent les chercher. Il faudrait aussi que les directions d’école donnent la possibilité à ses enseignants d’aller se ressourcer. Il faudrait faire de la formation continue. »

« À partir du moment où l’on est une terre d’accueil pour des personnes ayant vécu des violences collectives, et qu’on a donné le droit à la protection et au refuge dans notre pays, il faudrait qu’on soit aussi assez sensibilisés et formés pour les questions liées à l’accueil, plaide la professeure de l’Université de Montréal. Ces personnes ont un bagage très lourd, mais très riche aussi, et elles peuvent apporter beaucoup à la société ! »

Parler des génocides


On ne parle pas de la guerre et d’un génocide de la même façon, insiste Garine Papazian-Zohrabian. Une guerre a lieu entre deux camps et sous-tend une panoplie d’enjeux géopolitiques, économiques ou historiques dont il faut tenir compte. « Dans le cas d’un génocide, il s’agit d’une extermination et d’une acculturation de gens qui sont désarmés, rappelle-t-elle. Il y a une grande asymétrie de pouvoir et c’est important, au contraire, de condamner cette violence. »

Cette année, les élèves québécois du secondaire pourront étudier la mécanique des génocides en se penchant sur des études de cas. Ces dernières portent sur neuf génocides marquants du XXe siècle, comme celui des Premiers Peuples du Canada, des Arméniens ou comme l’Holocauste. Pour accompagner les élèves et les enseignants dans cette démarche, le guide pédagogique Étudier les génocides a été élaboré par les professeures Sivane Hirsch, de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), et Sabrina Moisan, de l’Université de Sherbrooke (UdeS).



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