Fébrilité et appréhension en attendant la rentrée

Marco Fortier Collaboration spéciale
Au moment où ces lignes étaient écrites, le transport scolaire risquait d’être chamboulé à cause des négociations pour le renouvellement des contrats.
Photo: iStock Au moment où ces lignes étaient écrites, le transport scolaire risquait d’être chamboulé à cause des négociations pour le renouvellement des contrats.

Ce texte fait partie du cahier spécial La rentrée de tous les défis

« La rentrée qui s’en vient est la plus belle en temps de COVID », a déclaré la semaine dernière le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Après deux années de gestion de crise, le ministre fait le pari que le pire de la pandémie est derrière nous et que le réseau scolaire restera à l’abri des perturbations sanitaires.

Malgré l’optimisme du ministre en cet automne électoral, une série de défis marquera la rentrée : la pénurie de personnel reste préoccupante, la COVID-19 continue de circuler, des doutes persistent au sujet de la ventilation, et l’écart s’est accru entre les élèves qui réussissent bien et ceux qui ont besoin de plus de temps pour apprendre.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le transport scolaire risquait aussi d’être chamboulé à cause des négociations pour le renouvellement des contrats. Un casse-tête supplémentaire pour les parents, qui ont été invités par les centres de services scolaires à prévoir un plan B pour les déplacements de leurs enfants.

Malgré ces inquiétudes, « la rentrée, c’est d’abord un moment qui est heureux. Tout le monde est content de revenir », souligne Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

Les enseignants, les directions d’école et toutes les catégories de personnel scolaire parlent avec des yeux qui pétillent de cette fébrilité de revenir en classe, après deux mois de congé. Comme chaque rentrée, cette joie s’accompagne toutefois d’une bonne dose d’inquiétude, surtout en cette troisième année scolaire en temps de pandémie.

Le ministre Roberge rappelle que Québec a fait installer comme promis 90 000 lecteurs de CO2 dans toutes les classes et tous les locaux scolaires (cafétérias, gymnases, etc.) du Québec. Quelque 1400 échangeurs d’air ont aussi été fournis aux centres de services scolaires qui en ont fait la demande.

Le gouvernement dit avoir investi environ un demi-milliard de dollars en deux ans pour améliorer la ventilation dans les écoles, même si l’état d’avancement des travaux reste imprécis. Le ministre Roberge dit avoir demandé un état de situation pour septembre.

Le ministère de l’Éducation mise surtout sur l’ouverture des fenêtres, même en hiver, pour améliorer la qualité de l’air lorsque les détecteurs de CO2 indiquent une teneur supérieure à 1000 parties par million (PPM) dans les classes.

Postes à pourvoir

La présence du virus reste préoccupante pour le personnel scolaire, mais avec l’accalmie sanitaire des derniers mois, certains problèmes semblent plus urgents, tandis qu’élèves et professeurs s’apprêtent à revenir en classe. La pénurie de personnel semble en tête de liste des inquiétudes dans le réseau scolaire.

« Il y a des défis de recrutement dans tous les emplois, pas uniquement chez les enseignants », dit Kathleen Legault. La plupart des postes de direction d’école semblent pourvus ou en voie de l’être, mais dans les services de garde scolaires, le manque de candidates est problématique, indiquent plusieurs sources.

Les éducatrices en services de garde et les éducatrices spécialisées semblent particulièrement rares en cette fin d’été, souligne de son côté Carl Ouellet, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE). « La pénurie s’est exacerbée avec la pandémie », dit le représentant des directions d’école de 12 centres de services scolaires.

Le manque de personnel atteint aussi les rangs des transporteurs scolaires. La moyenne d’âge des chauffeurs est élevée. Plusieurs d’entre eux ont pris leur retraite depuis deux ans par crainte d’attraper la COVID-19, rappelle Carl Ouellet.

Un service essentiel

 

Dans certains quartiers de Montréal et d’ailleurs, l’explosion du coût de la vie risque aussi de faire mal à des enfants de familles défavorisées, déplore Kathleen Legault, de l’AMDES. « On demande à notre personnel d’être à l’affût et de nous signaler des situations où des enfants n’auront pas de lunch ou une collation suffisante », dit-elle.

Les directions d’école restent aussi prêtes à se mobiliser pour des enfants qui manqueraient de matériel scolaire. Les quartiers défavorisés de Montréal sont souvent ceux qui sont les plus frappés par la violence armée, rappelle aussi Mme Legault. Les enfants qui sont témoins de violence sont susceptibles d’être moins aptes à apprendre.

Dans ce contexte, Kévin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec, souhaite que le gouvernement Legault reste ferme dans sa volonté de garder les écoles ouvertes en cas de nouvelle vague pandémique. Bien des enfants ont l’assurance de prendre un repas santé par jour grâce à l’école, souligne-t-il.

« L’école, ça doit être une priorité. On a vu l’effet des fermetures sur la santé mentale et sur la réussite de nos enfants. On ne peut pas se permettre de fermer les écoles juste avant le temps des Fêtes pour pouvoir faire le party, comme l’année dernière. Ça m’avait jeté à terre ! », dit-il.

Il dit souhaiter que le gouvernement énonce des règles claires pour encadrer les situations ouvrant la voie à l’école à distance. Le conflit entourant le transport scolaire — et l’hypothèse d’offrir l’enseignement en ligne aux élèves éventuellement privés d’autobus jaune — illustre la nécessité de lignes directrices à ce sujet, selon Kévin Roy. Il rappelle que les consignes semblent inégales d’un milieu à l’autre sur la possibilité de basculer à distance en cas de tempête de neige.

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