Le réseau collégial s’apprête à vivre une rentrée marquée par le manque de personnel

Dans certains collèges, plusieurs charges de cours ne sont toujours pas distribuées à des enseignants parce qu’il n’y en a pas pour les assumer.
Catherine Legault Archives Le Devoir Dans certains collèges, plusieurs charges de cours ne sont toujours pas distribuées à des enseignants parce qu’il n’y en a pas pour les assumer.

À une semaine de la rentrée, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) s’inquiète de voir des cégeps incapables d’offrir certains services et même certains cours faute de personnel.

La CSQ et ses syndicats affiliés du réseau collégial demandent à Québec de bonifier les conditions de travail du personnel des cégeps afin de rendre le secteur plus attractif et de contrer une pénurie de personnel qui commence à affecter la mission éducative des établissements du réseau.

« Lorsqu’on a parlé de la pénurie, pénurie du personnel professionnel, de soutien et enseignant, Mme [la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle] McCann disait ne pas être au fait de cette réalité. Alors quand on parle de pénurie, on ne veut pas que le réseau collégial, un réseau important au Québec, soit mis de côté », a déclaré le président de la CSQ, Éric Gingras, en conférence de presse à Montréal, lundi.

M. Gingras était accompagné des dirigeants des trois fédérations représentant les enseignants, les professionnels et le personnel de soutien du secteur collégial.

Exode vers le privé

 

« Dans les programmes techniques au niveau collégial, c’est criant. Technique de l’informatique, technologie de l’électronique industrielle, soins infirmiers sont des programmes où le recrutement est difficile parce que dans le privé ou dans le milieu de la santé, il y a des conditions qui peuvent favoriser une attraction plus grande », a expliqué le président de la Fédération de l’enseignement collégial (FEC-CSQ), Youri Blanchet.

Il y a vraiment un exode des gens vers [le privé]

Sa vis-à-vis à la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur (FPSES-CSQ), Valérie Fontaine, souligne que le problème est particulièrement aigu dans certaines catégories d’emploi, comme technicien en informatique, où il n’est pas rare de voir jusqu’à cinq ou six affichages pour un poste. « Ces postes-là ne sont pas comblés, pas parce qu’il manque tant que ça de techniciens ; c’est juste que les conditions salariales sont beaucoup plus attrayantes dans les compagnies privées. Il y a vraiment un exode des gens vers [le privé]. »

La situation est telle que certains cours pourraient ne pas être offerts, prévient Youri Blanchet. « Actuellement, dans les collèges, il y a beaucoup, beaucoup de charges, des tâches d’enseignement, qui ne sont pas encore distribuées [...] parce qu’on n’a pas encore les profs. »

La situation n’est guère mieux du côté du personnel non enseignant, ajoute Éric Cyr, de la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ), qui donne cet exemple probant : « Sur 48 cégeps, 14 n’emploient aucun psychologue. Des membres nous rapportent aussi de longs délais d’attente pour d’autres services, comme l’orientation », dit-il, précisant que les manques qui existaient déjà avant la pandémie se sont aggravés.

Retard pandémique des étudiants

 

Les dirigeants syndicaux soutiennent également que la pandémie a alourdi leur tâche puisque des étudiants accusent désormais des retards qui doivent être rattrapés. « Il y a eu des effets pervers qui se sont installés chez les étudiants, c’est-à-dire qu’ils ont eu une formation atypique, à distance, chez eux », avance Youri Blanchet.

« Il y a beaucoup d’étudiants qui ont passé leurs cours au secondaire avec des attentes moindres, qui n’ont pas eu d’échec. Il y a eu des diplômes qui ont été donnés, mais sans que les étudiants atteignent les seuils attendus habituellement. Nous, quand on les reçoit, il faut faire des mises à niveau, que ce soit en mathématique, en français. Les profs s’organisent pour faire des ateliers où on peut leur donner des cours supplémentaires pour pouvoir combler la matière. »

M. Blanchet va jusqu’à parler d’une baisse de compétence étudiante. « Être capable d’étudier, de faire une recherche, être attentif en classe, prendre des notes, ça aussi, quand on parle aux profs, c’est un constat qui est assez partagé. On sent qu’il y a une baisse de la qualité du “métier d’étudiant” », dit-il.

Ces propos ne visent pas à blâmer les enseignants du niveau secondaire, précise toutefois Valérie Fontaine, dont les membres travaillent aussi au niveau universitaire. « C’est la même réalité dans le secteur universitaire. Les étudiants qui étaient au collégial avaient des cours en ligne. […] Ce que le personnel du collégial vit par rapport aux étudiants du secondaire, on le vit aussi à l’université par rapport aux [cégépiens]. »

Négociations à venir

Ces récriminations surviennent à l’approche des négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur. La CSQ et ses fédérations réclament du gouvernement qu’il bonifie les conditions de travail et les salaires de leurs membres afin de créer une réelle attractivité et une rétention du personnel.

« Cette année, nos membres ont reçu 2 % d’augmentation de salaire, alors que l’inflation est importante et se chiffrera peut-être autour de 8 % pour l’année encore une fois, avance Éric Cyr. C’est un recul important de leur pouvoir d’achat. Il faut stopper ces reculs répétés. »

Les dirigeants syndicaux se sont toutefois bien gardés d’aller jusqu’à dire qu’ils réclameraient des augmentations de cet ordre, affirmant que les consultations auprès de leurs membres sont toujours en cours, tout comme chez leurs collègues du front commun comprenant la CSN et la FTQ.

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