Appel à une réforme du comité d’experts sur la formation des enseignants

Tous les prédécesseurs de Jean-François Roberge à l’Éducation ont entériné les avis du CAPFE : soit ils ignoraient la loi, soit ils ne voulaient pas faire de vagues avec ce dossier très polarisant, avance Julien Prud’homme.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Tous les prédécesseurs de Jean-François Roberge à l’Éducation ont entériné les avis du CAPFE : soit ils ignoraient la loi, soit ils ne voulaient pas faire de vagues avec ce dossier très polarisant, avance Julien Prud’homme.

Le bras de fer entre le ministre Jean-François Roberge et le comité d’experts chargé d’évaluer la formation des enseignants révèle un malaise au sein de la profession, selon l’historien Julien Prud’homme. Ce spécialiste de l’éducation estime qu’il faut réformer le Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement (CAPFE), associé depuis près de trois décennies au « renouveau pédagogique » et qui répond mal aux besoins d’aujourd’hui dans le réseau scolaire.

Préoccupé par la pénurie de professeurs, le ministre Roberge a autorisé au cours des derniers mois quatre programmes courts de formation des futurs enseignants malgré des réticences du CAPFE, a rapporté mercredi Le Devoir. Ces décisions du ministre de l’Éducation n’ont pas surpris le professeur Julien Prud’homme, de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Il critique le « rôle excessif » joué par ce comité d’experts depuis sa création, au milieu des années 1990.

« Depuis 25 ans, tout le monde agit comme si la parole du CAPFE avait force de loi, comme si c’était une espèce d’hérésie de ne pas suivre ses recommandations », déplore-t-il.

C’est pourtant le ministre de l’Éducation qui a le dernier mot dans l’approbation des programmes de formation des maîtres, en vertu de la Loi sur l’instruction publique. Tous les prédécesseurs de Jean-François Roberge à l’Éducation ont entériné les avis du CAPFE : soit ils ignoraient la loi, soit ils ne voulaient pas faire de vagues avec ce dossier très polarisant, avance Julien Prud’homme.

« Le ministre Roberge est confronté davantage que ses prédécesseurs aux résultats négatifs de cette politique, parce qu’il doit gérer une importante pénurie de personnel », explique l’historien.

D’autres voies que le baccalauréat

Le ministre de l’Éducation affirme agir de façon urgente pour que chaque classe ait un enseignant titulaire. En entrevue au Devoir, il a fait valoir qu’il ne pouvait se permettre de retarder la mise en place des quatre maîtrises qualifiantes menant au brevet d’enseignement, mais il a tout de même exigé que les universités apportent les correctifs à leurs programmes de formation mis en lumière par le comité d’experts.

Julien Prud’homme estime que le ministre prend la bonne décision en ouvrant d’autres voies d’accès à la profession enseignante que le baccalauréat de quatre ans. Il croit que les maîtrises qualifiantes devraient se multiplier et se bonifier, malgré la résistance du CAPFE à cette voie rapide menant au brevet d’enseignement. Les experts du CAPFE ont pointé des lacunes dans ces programmes de formation qui s’adressent aux aspirants enseignants détenant un baccalauréat dans une discipline, comme le français, les mathématiques ou l’histoire, par exemple.

« Si les bacs en enseignement au secondaire étaient un succès clair, on pourrait vivre avec les inconvénients du CAPFE, mais ce n’est pas vrai que l’oeuvre du CAPFE a mené à des résultats très probants », dit le professeur.

Profession divisée

 

Julien Prud’homme précise qu’il respecte les membres de ce comité, reconnus pour leur expertise en éducation. Il souligne néanmoins que le CAPFE « est très chargé politiquement, parce qu’il a été créé pour mettre en oeuvre la réforme de l’éducation et le renouveau pédagogique ».

Près de 30 ans après sa mise en place, cette réforme continue de diviser le milieu de l’enseignement. L’école doit enseigner des « compétences » et non plus simplement des connaissances. Et les sciences de l’éducation sont tiraillées entre deux courants : l’un insistant pour que les futurs enseignants apprennent d’abord les matières à enseigner, et l’autre prônant plutôt une formation en pédagogie. Les tenants de la pédagogie négligent des stratégies inspirées des « données probantes » comme l’enseignement explicite, souligne Julien Prud’homme.

Le CAPFE a eu tendance à « arracher des crédits disciplinaires pour les mettre en pédagogie » dans la formation des enseignants, analyse l’historien.

Il réclame une révision de la structure du CAPFE pour qu’il devienne un comité ministériel encadré par la loi plutôt qu’un organisme indépendant animé, selon lui, par une « idéologie ».

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