Avant que la cloche ne sonne

Photo: Patrick Sanfaçon

Demain l'école. Aujourd'hui, une société toujours en transformation. Pour l'instant, au Québec, il semblerait que la prudence soit à l'ordre du jour dans la mise en place des nouveaux programmes. Un répit qui donne place à l'enseignement.

Certains mots ont plus d'importance que d'autres. Cela tient du contexte. Aussi du statut de celui qui les prononce.

Lors du dernier remaniement ministériel opéré par Bernard Landry, il y eut un déplacement qui fut d'importance quand le statut de François Legault dans le cabinet fut confirmé, nommé qu'il était à la Santé, mais devant toutefois abandonner l'Éducation, un secteur où il avait imposé un vent de réforme qui bousculait tous les programmes existants. De la maternelle à l'université, tout devait en quelques années n'être analysé que par le même maître-mot: celui de la performance. On se souvient des contrats passés avec les institutions de haut savoir. Quant à l'école primaire et secondaire, elle devenait le lieu d'une réforme qui, année après année, initiait une nouvelle pédagogie et amenait de nouveaux contenus.

Cela ne fut pas sans heurts. Ainsi, ce n'est qu'au dernier jour de la dernière année scolaire qu'il a été possible d'envisager que la présente année scolaire, celle qui dès la semaine prochaine débute, puisse être envisagée comme une nouvelle ère où l'enseignement aurait enfin la priorité sur la résolution des conflits. En juin dernier, une entente sur l'équité salariale aurait été conclue et les professeurs de l'Alliance, le syndicat montréalais des enseignants, aurait eu promesse d'une application souple de la réforme en cours.

«Graduelle et modérée», tels furent donc les qualificatifs utilisées par Sylvain Simard, le nouveau ministre de l'Éducation, pour décrire la stratégie à laquelle il aurait recours dans la mise en place des mesures qui permettront l'implantation du nouveau régime scolaire québécois. Un répit en somme, qui laissait aussi croire que serait fini le temps des révolutions instantanées: qu'on se souvienne des jours qui avaient suivi l'annonce de l'émission par les écoles d'un nouveau «bulletin», avec ou sans gradation, avec des lettres au lieu des chiffres, présentant un classement qui n'en serait plus un, le tout étant finalement remis en question pour être nié plus tard par la pratique.

Deux mots donc, et un nouveau climat s'installe. Ce qui ne veut pas dire que le monde de l'éducation est désormais sans problèmes.

Défis

La prochaine année verra se dérouler des négociations lourdes dont les conclusions déborderont le monde scolaire pour toucher les assises mêmes de la société québécoise. Qu'il s'agisse des cégeps ou des universités en régions, la dénatalité, tout comme l'exode des populations locales vers les grands centres, amène une baisse dramatique des clientèles scolaires. Et des questionnements alors s'imposent. Sera-t-il possible de garder intégral le réseau en place? Sous quelle forme, avec quelle diversité de contenu les enseignements seront-ils prodigués? Faudra-t-il spécialiser les institutions, parfois pour une région donnée, et ce, au détriment d'une autre? Et cette question serait-elle solutionnée qu'il faudrait alors constater que le problème se pose aussi, de la même façon, pour les écoles primaires et les polyvalentes (et, dans ce dernier cas, certains vont jusqu'à remettre en question l'existence et le concept même qui a permis leur établissement).

À ces interrogations, il y a des éléments de réponse. Pour les régions éloignées, il y aurait l'Intranet, qui permet un enseignement à distance et dont on fera en cours d'année l'implantation de manière expérimentale. Pour ce qui touche le secteur de l'enseignement secondaire, la réforme passera par l'étape du banc d'essai avant d'être à «imposée» tout le réseau (et il reste à voir si un tel mot figurera alors toujours au vocabulaire ministériel).

Une chose toutefois demeure. Les sociétés contemporaines demeurent en profonde mutation. Malgré les soubresauts qu'elles vivent. Et cela ne va pas sans un inévitable questionnement sur le rôle même que doivent jouer les établissements d'enseignement. Ainsi, l'université et, par la suite, tout le réseau scolaire doivent-ils nécessairement être soumis ou mis au service de l'institution économique? La priorité en éducation doit-elle être établie en regard du marché réel ou potentiel de l'emploi, toute autre formation relevant alors du monde de l'art ou de la culture, voire du loisir? Les nouvelles technologies laissent-elles envisager un monde où l'arithmétique et l'écriture seront des activités spécialisées?

Le monde de l'éducation, tel qu'on le connaît au Québec, est né d'une révolution locale. Il en est toutefois une autre qui est en cours, plus vaste, plus universelle. Avant que cette cloche ne sonne, qui appelle à une transformation radicale des façons de faire, le temps est toutefois encore donné pour une dernière préparation de la salle de cours.