Sursis d’un an pour six centres d’éducation populaire de Montréal

Organismes de quartier, les centres d’éducation populaire jouent un rôle de premier plan auprès de populations démunies.
Patrick Hertzog Archives Agence France-Presse Organismes de quartier, les centres d’éducation populaire jouent un rôle de premier plan auprès de populations démunies.

Les six centres d’éducation populaire (CEP) de Montréal qui étaient menacés de fermeture en raison de hausses de loyer draconiennes obtiennent un sursis d’un an. Le ministère de l’Éducation leur a accordé in extremis une subvention de 620 000 $ correspondant à l’augmentation du coût annuel des locaux de ces groupes communautaires.

Ces organismes de quartier, qui jouent un rôle d’éducation de premier plan, ont poussé un soupir de soulagement. « Il était minuit moins une », souligne la coordonnatrice du Comité social du Centre-Sud, Marie-Josée Desrosiers.

Pour ce CEP, ce rehaussement de loyer, auquel s’ajoutent des frais d’exploitation du bâtiment, représentait une augmentation de 120 % de ses dépenses annuelles. Mme Desrosiers indique que ce fardeau financier, « insoutenable à long terme », aurait mené l’organisme à sa perte et aurait entraîné dans sa chute plusieurs de ses membres.

Le Centre de services scolaire de Montréal, qui est propriétaire des bâtiments, leur a loué les locaux durant des années pour la somme symbolique d’un dollar. Soumis à des pressions financières, il leur a ensuite imposé des loyers plus près de la valeur du marché dès 2017. Ces baux d’une durée de 15 ans, agrémentés d’un sursis de paiement pour les cinq premières années, entraient pleinement en vigueur le vendredi 1er juillet 2022.

Rencontrés lors d’une manifestation tenue le 30 juin, des membres du Comité social parlaient du CEP comme d’un « lieu familial » qui « brise l’isolement ». Les voix de Lucien, de Maria et des deux Sylvie, qui fréquentent le centre depuis des années, voire des décennies, s’accordent toutes : « on s’épanouit au centre », « ça permet aux gens peu fortunés d’avoir accès à des services et à des ateliers éducatifs ».

Un bail imposé

 

Dans la salle commune du Carrefour d’éducation populaire de Pointe-Saint-Charles, une vingtaine de personnes se concertent. Une question est sur toutes les lèvres : qu’en est-il de la pérennité du financement pour le loyer ? L’inquiétude est partagée, car c’est la survie même du CEP qui sera en jeu l’an prochain. Et même s’ils sont financés cette année, les frais de logement représentent 21 % du budget de l’organisme.

« On a déjà de la misère à atteindre des gens du quartier qui vivent dans la dèche. Les employés du Carrefour sont payés 20 $ l’heure. Nos ordis sont vieux… Ce n’est pas notre priorité de payer pour un building », explique Nicolas Delisle-L’Heureux.

Le coordonnateur du Carrefour dénonce le fait que ce bail a été imposé aux CEP. « On s’est fait dire : “Si vous ne signez pas ce bail avant janvier 2018, vous allez être évincés en mai” », décrie-t-il. Les six centres ont tout de même joui d’un sursis jusqu’au 1er juillet de cette année.

Mme Desrosiers estime pour sa part que la nouvelle subvention gouvernementale est un serpent qui se mord la queue. « Le budget du CSSDM dépend du ministère de l’Éducation, et c’est ce même ministère qui subventionne nos loyers », explique-t-elle. Puis d’ironiser : « Oui, c’est de l’économie circulaire ! »

À voir en vidéo