Les élèves du secondaire seront formés à réagir à une surdose d’opioïdes

Face à un autre jeune en arrêt cardiorespiratoire, explique le Dr Barriault, «le jeune va faire ce qu’il sait faire. Il va le masser, mais il va lui donner aussi du narcan (la naloxone) et on espère que ça va marcher. Mais si on ne fait rien, c’est sûr que ça ne marchera pas».
Mary Altaffer Associated Press Face à un autre jeune en arrêt cardiorespiratoire, explique le Dr Barriault, «le jeune va faire ce qu’il sait faire. Il va le masser, mais il va lui donner aussi du narcan (la naloxone) et on espère que ça va marcher. Mais si on ne fait rien, c’est sûr que ça ne marchera pas».

Les élèves des écoles secondaires publiques du Canada seront formés à prodiguer les premiers soins nécessaires en cas de surdose d’opioïdes, a appris en primeur La Presse canadienne.

La formation, qui inclut notamment l’administration de l’antidote naloxone, sera greffée au programme de réanimation cardiorespiratoire (RCR) et de défibrillation externe automatisée (DEA) que la Fondation ACT des soins avancés en urgence coronarienne offre déjà gratuitement aux écoles secondaires de tout le pays.

Au Canada, les jeunes peuvent légalement se procurer une dose de naloxone à la pharmacie dès l’âge de 14 ans. La formation sera donc offerte aux jeunes de la troisième année du secondaire au Québec et du niveau scolaire approprié ailleurs au pays.

Quelque 400 écoles secondaires publiques du Québec participent déjà au programme RCR / DEA de la Fondation ACT, ce qui a permis de former des dizaines de milliers de jeunes au fil des ans. La Fondation profite donc de l’infrastructure mise en place dans la province depuis 1997 pour proposer ce nouveau programme.

En plus d’être formés à l’administration nasale de la naloxone, les jeunes apprendront ce que sont les opioïdes et comment surviennent les surdoses ; à reconnaître une surdose présumée d’opioïdes ; et à intervenir dans une telle situation en appelant le 911, en effectuant au besoin la RCR et en offrant de la naloxone nasale.

« La crise [des opioïdes] est bien réelle », insiste le directeur médical de la Fondation ACT, le Dr Jocelyn Barriault, qui est aussi le directeur médical régional de la Corporation d’Urgences-santé et médecin d’urgence à l’hôpital de Verdun.

Quatre fois plus de surdoses

 

L’incidence de surdoses d’opioïdes a quadruplé pendant les deux années de pandémie, a-t-il ajouté, et le nombre de décès a augmenté de 25 % pendant la période 2020-2021. Les jeunes âgés de 15 à 24 ans affichent le taux de croissance le plus élevé parmi la population requérant des soins hospitaliers à cause d’une surdose d’opioïdes.

Puisque « ce fléau » touche en forte majorité les jeunes de 15 à 24 ans, a indiqué le Dr Barriault, les adolescents constituent le groupe tout indiqué à former à intervenir en cas de surdose d’opioïdes, étant donné qu’ils sont les plus susceptibles d’être témoins d’une surdose dans leur entourage immédiat.

« Les arrêts cardiorespiratoires d’origine cardiaque, ça ne touche pas les jeunes tant que ça, a-t-il dit. Mais les opioïdes, par contre, il y a beaucoup plus de chances que ça soit un collègue, un étudiant contemporain de la personne qui est là, que ça arrive en milieu scolaire ou dans un party. »

Face à un autre jeune en arrêt cardiorespiratoire, explique le Dr Barriault, « le jeune va faire ce qu’il sait faire. Il va le masser, mais il va lui donner aussi du narcan (la naloxone) et on espère que ça va marcher. Mais si on ne fait rien, c’est sûr que ça ne marchera pas ».

Formation des enseignants commencée

 

La formation des enseignants qui auront ensuite la responsabilité de former les jeunes est déjà commencée, a précisé la gestionnaire du programme au Québec, Carole Nadeau.

« On a fait des formations pour 141 écoles et ça représente 405 enseignants qui sont maintenant prêts à offrir le volet sur les opioïdes à tous leurs élèves, a-t-elle dit. Donc, ça fait énormément de gens. »

À terme, au Québec, ce sont entre 1000 et 1500 enseignants qui auront été formés et qui seront en mesure d’offrir la formation à 70 000 jeunes par année, a dit Mme Nadeau. L’implantation de base dans la province devrait s’étaler sur trois ans.

Le programme est tout d’abord déployé au Québec, en Alberta, en Ontario et en Colombie-Britannique. Les autres provinces du pays, qui totalisent 1800 écoles secondaires publiques où les formations de la Fondation ACT sont disponibles, suivront.

Ce nouveau module a été élaboré à la suite du succès d’un projet pilote mené à Ottawa en 2019, avec la participation de 186 élèves et 15 enseignants de quatre écoles secondaires du Conseil des écoles catholiques d’Ottawa.

Une fois que le module sera déployé, ce sont 350 000 élèves qui, chaque année, se verront offrir une sensibilisation aux opioïdes et la formation sur les interventions lors d’urgences associées aux opioïdes, en plus de l’enseignement de la RCR et du DEA.

L’Agence de la santé publique du Canada a rapporté plus de 5386 décès apparents liés à la toxicité des opioïdes, de janvier à septembre 2021, dont 339 au Québec. La majorité des décès (94 %) à la suite de surdoses d’opioïdes surviennent accidentellement.

« Ce n’est pas toujours le toxicomane habitué auquel les gens pensent, explique le Dr Barriault. Souvent, ce sont des jeunes à qui on a offert quelque chose, qui sont naïfs aux opioïdes, et donc l’effet est encore beaucoup plus marqué chez eux. »

La formation qui sera offerte dans les écoles ne visera donc pas seulement à enseigner aux jeunes à réagir en cas d’urgence, mais sera aussi l’occasion de les sensibiliser aux risques, a-t-il ajouté.

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