Importantes lacunes dans l’offre de services aux élèves en difficulté

Même si elle oblige le ministère de l’Éducation du Québec à fournir gratuitement des services aux élèves en difficulté, la loi ne fixe aucun délai pour les obtenir.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Même si elle oblige le ministère de l’Éducation du Québec à fournir gratuitement des services aux élèves en difficulté, la loi ne fixe aucun délai pour les obtenir.

Incapables d’offrir rapidement des services de soutien aux élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, des écoles primaires québécoises dirigent leurs parents vers le secteur privé, constate le Protecteur du citoyen.

Le manque de financement et de ressources humaines compromet l’offre de service, indique-t-il dans un rapport spécial rendu public lundi.

L’enquête du protecteur du citoyen, Marc-André Dowd, et de son équipe a été entamée en 2019. Elle s’appuie sur des entretiens avec 830 parents d’élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage et 827 membres du personnel éducatif qui offrent des services à leurs enfants, tels que des orthopédagogues et des éducateurs spécialisés.

Dans son rapport, le protecteur dresse le constat « troublant » que 39 % des parents ont été invités par des directions d’école à faire évaluer leur enfant au privé, compte tenu des longs délais dans le réseau public. Au total, a constaté l’enquête, 42 % ont dû payer pour des services privés, ce qui est présenté comme un fait « préoccupant ».

« Il y a un enjeu d’équité parce qu’avoir recours aux services du privé, il y a des gens qui n’ont pas les moyens », a dit M. Dowd lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale.

Le recours au privé a également des limites puisque l’évaluation se fait hors du contexte scolaire.

« Les recommandations qui pourraient être faites [dans une évaluation au privé] ne sont pas nécessairement en phase avec ce que le milieu scolaire pourrait ou devrait mettre en œuvre pour aider l’enfant à réussir », a-t-il dit.

Huit mois et plus d’attente

Les délais mesurés par l’enquête montrent que la plupart des élèves en difficulté doivent attendre huit mois et plus, dans 38 % des cas, avant d’obtenir une évaluation de leurs besoins. À cela s’ajoutent des délais pour obtenir les services, qui sont de plus de cinq mois dans 36 % des cas.

Même si elle oblige le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) à fournir gratuitement ces services, la Loi sur l’instruction publique ne fixe aucun délai pour les obtenir. Et une fois qu’ils ont été obtenus, rien ne garantit qu’ils seront suffisants, a déclaré M. Dowd.

« Il arrive aussi que les services ne soient pas donnés selon la fréquence et l’intensité nécessaires », a-t-il dit.

Le manque de ressources et de financement fait également en sorte que les services sont offerts en priorité aux enfants en situation d’échec scolaire.

« L’atteinte de la note de passage n’est pas un barème pour conclure qu’un enfant n’a pas ou n’a plus de difficultés d’adaptation ou d’apprentissage, a précisé M. Dowd. Dans certains cas, les services ont simplement cessé au moment où l’enfant a obtenu la note de passage, alors que les besoins étaient encore là. »

Modèle de financement déficient

 

Selon le rapport, le MEQ ignore combien de postes d’orthopédagogues et d’éducateurs spécialisés doivent être précisément pourvus dans les écoles québécoises. La dernière évaluation faite par le ministère à l’automne 2020 situait à 493 les postes vacants dans les centres de services et commissions scolaires.

Les postes les plus demandés étaient ceux de psychologue, de psychoéducateur et d’orthophoniste.

Le Protecteur du citoyen observe également que les professionnels offrant des services aux élèves en difficulté continuent de crouler sous la paperasse, malgré un engagement du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. En 2020, M. Roberge avait promis de les soulager de ce fardeau.

Selon le rapport, le processus « d’assurance qualité » imposé par le MEQ pour justifier les budgets versés pour les élèves en difficulté continue de reposer sur les épaules du personnel qui les dispense.

« Quand on est en reddition de comptes, on n’est pas en train de donner des services, on n’est pas en train d’évaluer des enfants, on n’est pas en train de donner des services », a relevé M. Dowd.

Le cabinet du ministre Roberge a déclaré lundi que le modèle actuel de financement des services aux élèves en difficulté est déficient. Dès 2020, le ministre a suspendu le processus d’assurance qualité et l’a retiré définitivement en 2021.

Un nouveau modèle doit être instauré en 2023, a déclaré l’attaché de presse Florent Tanlet.

« On estime que le nouveau modèle pourra libérer 375 000 heures de bureaucratie en faveur des services directs aux élèves », a-t-il dit dans une déclaration écrite.

À voir en vidéo