École Vision School - Un enseignement en anglais pour des enfants francophones

Yvon Courcy et Caroline Melançon tenaient absolument à ce que leurs deux enfants soient bilingues et même trilingues. Étant incapables de trouver une école qui remplisse cette exigence, ils ont fondé leur propre établissement d'enseignement. À l'École Vision School, tous les élèves, même francophones, y suivent leurs cours en anglais et en espagnol, du primaire au secondaire.

Yvon Courcy a trouvé l'astuce pour que des enfants francophones puissent avoir accès à une école qui enseigne en anglais. Il suffit que cet établissement scolaire ne soit pas subventionné par le gouvernement pour qu'il échappe à la loi sur la langue de l'enseignement. La formule séduit de plus en plus de parents frustrés par les contraintes de la loi 101.

Yvon Courcy et sa femme, Caroline Melançon, ont créé ensemble la première École Vision School, à Drummondville, en 1995. Dès la maternelle, les enfants y apprennent à lire et à écrire en français, en plus de se familiariser avec l'anglais et l'espagnol. Au primaire, les élèves perfectionnent leurs langues secondes grâce à un enseignement général donné en trois langues. Un programme enrichi, de 30 heures par semaines, leur permet de voir toute la matière normalement prévue par le ministère de l'Éducation, en plus de leur formation linguistique.

Langue française menacée?

Pour certains, ce système d'apprentissage représente une menace pour la pérennité de la langue française. Cela correspond à une forme d'«assimilation» ou «d'anglicisation graduelle» des jeunes francophones, estime Jean Dorion, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, un organisme voué à l'indépendance économique, politique, culturelle et sociale du Québec. «On va détacher ces enfants de la culture française», ajoute-t-il.

«Ce n'est pas une école d'assimilation, mais d'immersion», réplique Yvon Courcy. Le fondateur de l'École Vision se dit d'ailleurs tout à fait favorable à la Charte québécoise de la langue française. «Le problème au Québec, ce n'est pas la loi 101, c'est que les langues sont mal enseignées, explique-t-il. Les Suédois, par exemple, sont les seuls au monde à parler suédois. Est-ce que leur langue est en danger? Pas du tout. Ils font pourtant de l'immersion anglaise dès la petite école. Est-ce qu'ils ont envie de devenir anglophones? Non plus.»

Le ministère de l'Éducation ne semble pas davantage voir la langue française menacée par l'École Vision, comme le confirme son attachée de presse, Caroline Richard. «Tant que la loi, telle qu'elle est écrite, est respectée, on n'y voit pas de problème. Pour nous, c'est un choix des parents et il faut le respecter.»

Le bilinguisme ne menace pas la langue française au Québec, mais permettrait au contraire de la protéger, croit Yvon Courcy. Son raisonnement est simple: «Si nos francophones sont bilingues avec une bonne formation académique, ils peuvent avoir accès à un meilleur emploi et à un meilleur salaire. Et, avec cet argent, on va être capable de subventionner nos institutions culturelles.»

Le coût du privé

Choisir de se soustraire à la loi sur l'enseignement de la langue, c'est faire une croix sur le financement gouvernemental. Les parents doivent à eux seuls en payer le prix. Le coût d'une année scolaire varie selon les différents établissements de l'École Vision. En moyenne, les frais représentent autour de 6000 $ par enfant.

Plusieurs parents font des sacrifices pour payer ces frais de scolarité. «C'est ce qui me fait le plus de peine, admet Yvon Courcy. Mais, en réalité, mon programme ne coûte pas si cher. Quand je compare combien ça coûte pour donner une éducation à un enfant, j'arrive à faire moins cher que le ministère.»

Les trois enfants de Daniel Leclerc ont fréquenté l'École Vision de Drummondville. Pour chacun d'eux, leur père a dû payer 300 $ par mois pour leurs études. Il considère cette facture élevée, comme un investissement et non comme un fardeau économique. «Je vois ça comme un paiement d'auto, illustre-t-il. Au lieu d'avoir la grosse voiture, on a la grosse école!»

Pour alléger les frais, l'École Vision développe des programmes de partenariat avec d'autres entreprises privées. Les établissements de Victoriaville, de Drummondville et de Trois-Rivières se sont déjà associés aux supermarchés IGA. Les parents qui y font leur épicerie bénéficient d'une ristourne sur leur facture. Cet argent sert exclusivement à financer l'éducation ou les sorties pédagogiques de leurs enfants. D'autres partenariats sont à prévoir, mais ils suivront certaines restrictions éthiques. «On n'acceptera jamais de faire affaire avec McDonald's», prévient Yvon Courcy.

La vision du fondateur

Yvon Courcy tient absolument à ce que les établissements conservent leur petite taille, quitte à limiter les économies d'échelle. Chaque École Vision ne comprend pas plus d'une classe par niveau et les classes ne comptent qu'un nombre réduit d'élèves. «À Sillery, on a eu beaucoup de succès. Au point où j'ai trop d'inscriptions. J'ai préféré ouvrir deux autres petites écoles à Québec, plutôt que d'en avoir une seule grosse», explique-t-il.

Afin de sensibiliser les enfants aux nouvelles réalités de la mondialisation, le fondateur souhaite aussi que les élèves de 6e année entreprennent à la fin du primaire un grand voyage au Mexique ou à Cuba. Ils préparent cette expédition pendant un an. Une fois sur place, ils redécouvrent en espagnol — ça va de soi — les différents aspects sociaux et historiques du pays qu'ils ont étudié. À environ 1200 $ la sortie pédagogique, pas étonnant que plusieurs parents passent leur tour, mais le projet demeure très apprécié.

De plus en plus de parents partagent la vision d'Yvon Courcy. Depuis dix ans, ce concept connaît une telle popularité que les promoteurs de l'École Vision peinent à répondre à la demande. Chaque jour, ils reçoivent au moins deux nouvelles sollicitations de parents qui souhaitent que leurs enfants profitent de ce système d'éducation. Dix établissements scolaires de ce type existent actuellement au Québec. Huit autres ouvriront leurs portes d'ici l'automne prochain.