Il faut écouter davantage les jeunes, plaide l’IBCR

Martine Letarte
Collaboration spéciale
Alors que les cas de sextorsion explosent, l’IBCR souhaite amener les décideurs  à écouter davantage les adolescentes et les adolescents sur les diverses problématiques qui les concernent.
Photo: iStock Alors que les cas de sextorsion explosent, l’IBCR souhaite amener les décideurs  à écouter davantage les adolescentes et les adolescents sur les diverses problématiques qui les concernent.

Dans le même courant d’idées que les femmes et les Autochtones qui revendiquent qu’on cesse de parler et de réaliser des initiatives pour eux, mais sans eux, le Bureau international des droits des enfants (IBCR) travaille à ce que les jeunes puissent participer à la prise de décisions sur les enjeux qui les concernent.

En février 2021, cyberaide.ca, la centrale canadienne de signalement de cas d’exploitation sexuelle d’enfants sur Internet a enregistré une hausse de 88 % des signalements de cas de sextorsion. Alors que les enfants étaient rivés à leurs écrans pour pratiquement tout pendant la pandémie, souvent même l’école, l’IBCR a lancé l’été dernier le projet Parole aux jeunes ! pour mieux prévenir et agir contre l’exploitation sexuelle. Cinq groupes d’une dizaine de jeunes de 14 à 17 ans ont été créés : trois à Montréal (au Collège Notre-Dame, à la Maison des jeunes MAGI de Mercier-Ouest et chez Motivation jeunesse, qui aide les jeunes décrocheurs à retourner aux études et à se préparer au marché du travail) et deux sur la Rive-Nord, à l’École secondaire des Patriotes de Saint-Eustache et à l’Externat Sacré-Cœur de Rosemère.

Lors des ateliers mensuels, ils ont notamment été invités à créer leur propre définition de l’exploitation sexuelle.

« Puis, ils ont discuté de plusieurs enjeux qu’ils ont identifiés comme importants, comme les relations saines, la manipulation, le consentement libre et éclairé, les relations de pouvoir adulte-enfant, garçon-fille, fille-fille et garçon-garçon », illustre Geneviève Trépanier, chargée du projet Parole aux jeunes !

88 %
C'est la hausse des signalements de cas de sextorsion enregistrée par Cyberaide.ca en février 2021.

Il est aussi question de partage non consensuel de photos intimes. « On a discuté de ce qu’ils ont le droit de faire ou pas, précise-t-elle. On les amène aussi à se questionner sur ce qu’ils doivent faire si cela leur arrive ou arrive à une amie. On veut que les jeunes soient outillés pour s’aider entre eux. Nous discutons aussi de l’importance d’impliquer un adulte de confiance parce que parfois, il faut enclencher des démarches judiciaires. »

Des campagnes de prévention créées dans les dernières années ont aussi été montrées aux jeunes pour savoir ce qu’ils en pensaient.

Consultations et recommandations

 

Les ateliers réalisés au cours de l’année ont suscité beaucoup de réflexions et de questionnements ; alors cet été, les jeunes collecteront des données. « Ils consulteront d’autres jeunes qui ne sont pas impliqués dans le projet et qui ont des réalités différentes d’eux, explique Geneviève Trépanier. Ils consulteront aussi des adultes et des experts. »

Ensuite, les jeunes énonceront des recommandations. Un comité conseiller, composé de personnes responsables de campagnes de prévention et de lutte contre l’exploitation sexuelle, a le mandat d’éclairer les jeunes par rapport aux enjeux à prendre en considération lorsqu’on établit de nouvelles politiques.

« Les membres du comité conseiller voient aussi la valeur ajoutée de la participation des jeunes : il y a des choses qui ressortent qui sont évidentes, mais d’autres auxquelles on n’aurait pas pensé », affirme Geneviève Trépanier.

Changer les façons de faire

 

Pour l’IBCR, Paroles aux jeunes ! est l’une des voies utilisées pour amener les décideurs à écouter davantage les adolescentes et les adolescents pour créer des politiques plus adaptées à leurs besoins et à leur réalité. L’organisme de coopération internationale, présent au Québec mais aussi en Afrique et en Amérique latine, met ainsi de l’avant le droit à la participation de l’enfant, l’article 12 de la Convention relative aux droits de l’enfant.

« Si, au Québec, des progrès ont été réalisés dans les familles, où on écoute généralement les enfants, et dans les écoles, où on retrouve maintenant souvent des conseils d’enfants, il reste beaucoup de travail à faire pour intégrer davantage la parole des jeunes sur la place publique à propos des enjeux qui les concernent », affirme Julie Dénommée, directrice adjointe aux expertises et aux apprentissages à l’IBCR.

C’est un changement de regard sur les enfants que l’organisme tente d’amener.

« On veut que les enfants ne soient pas vus seulement comme des êtres vulnérables qu’il faut protéger, mais comme des êtres qui ont des choses à dire », indique Julie Dénommée.

Pour atteindre cet objectif, l’organisme a aussi d’autres initiatives comme la formation REPERE (Rendre effective la participation de l’enfant pour renforcer son expérience) afin de mieux accompagner les enfants victimes ou témoins d’infractions criminelles au Québec.

« On travaille par exemple avec des travailleurs sociaux, des juges, des policiers et d’autres professionnels pour les amener à susciter une meilleure participation chez les enfants », ajoute Julie Dénommée.

L’IBCR a été fondé en 1992 par Andrée Ruffo, ancienne juge à la Chambre de la jeunesse de la Cour du Québec et le Dr Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères de la France.

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