Éducation populaire - La CSDM se défend de vouloir fermer les CEP

Il y a de l'inquiétude dans l'air des locaux des six Centres d'éducation populaire (CEP) de Montréal. La visite récente de représentants de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui possède les écoles où logent gratuitement les CEP depuis parfois près de 30 ans, a sonné une clochette d'alarme chez les responsables des centres, qui craignent que la CSDM ne songe à reprendre une partie de l'espace prêté pour combler d'autres besoins.

«Nous avons posé des questions, mais n'avons pas eu de réponses claires, affirme Donald Nolet, coordonnateur au Centre d'éducation populaire Pointe-Saint-Charles. Ça fait qu'on est sur les dents. S'il fallait qu'on ait à se reloger ailleurs, ça deviendrait impossible de survivre.»

Carole Boucher, responsable au Centre d'éducation aux adultes (CEDA) de Petite-Bourgogne et de Saint-Henri, dit souhaiter qu'aucun pied carré ne soit repris, puisque «une diminution de l'espace impliquerait nécessairement une diminution des services offerts». Or, ces services sont destinés à une population très défavorisée, qui en a le plus grand besoin, estiment les responsables. Les CEP offrent notamment du soutien à l'alphabétisation, des ateliers de loisirs et de sensibilisation en santé. «Nous sommes complémentaires à la mission d'éducation de la CSDM», rappelle Mme Boucher.

La CSDM tient ce soir un conseil des commissaires, où les responsables des CEP entendent aller exprimer leurs craintes, amplifiées du fait que le conseil doit alors voter le plan triennal 2005-2008 de répartition et de destination des immeubles.

Mais à la CSDM, on jure qu'il n'y a aucune raison de paniquer. «Les CEP ont été, sont et seront encore soutenus par la CSDM, assure Claudette Lechasseur, porte-parole. Leur présence dans la communauté est nécessaire, ils offrent des services alternatifs très importants.»

La commission scolaire a effectivement effectué des visites dans les centres au cours des derniers jours. Cette opération est prévue dans les baux de «location»: tous les cinq ans, la CSDM doit mentionner aux CEP si elle a besoin d'un peu de l'espace prêté pour ses propres services. Ce qui est le cas cette année. «Il manque d'espace pour les élèves adultes du centre Saint-Louis, explique Mme Lechasseur. Ils cohabitent avec les élèves du secondaire, ce qui n'est pas idéal. On voudrait donc les déménager dans une partie des locaux qu'utilisent actuellement les Ateliers d'éducation populaire Le Plateau. Il faudra se serrer un peu, mais il y a un besoin concret.» Mais là s'arrêtent les demandes de la CSDM: aucune fermeture n'est envisagée, et les ententes sur les bâtiments (un prêt qui vaut près de un million de dollars) et le financement (350 000 $ sont versés annuellement par la CSDM aux CEP ) seront maintenues, promet Claudette Lechasseur.
1 commentaire
  • paulbel@videotron.ca - Abonné 22 décembre 2004 05 h 16

    ce serait une perte imprtante pour la démocratisation de l'éducation

    Ces six centres, je l'ai constaté directement au cours des deux dernières années, permettent à quelque 10 000 personnes par années de se reconcilier avec l'éducation, de retrouver le goût d'apprendre que leur difficile expérience scolaire antérieure avait fait perdre. Ils donnent la possibilité à ces hommes et ces femmes de se réunir et se donner les moyens d'améliorer leur qualité de vie en apprennant à cuisiner aurement et en connaissant mieux leurs droits, de maitriser davantage un budget familial trop serré,en discutant ensemble des problèmes non seulement du quartier mais du village qu'est devenue notre planète globalisée. Ils transforment ainsi leur milieu familiale et créent un effet d'entrainement décisif pour la réussite scolaire de leurs enfants.

    Ces six centres font partie du prototype de ce que Montréal pourra devenir: une cité apprenante, une société éducative où les possibilités d'apprendre professionnelle et non professionnelle, ouvertes à toutes et tous, créent une synergie gagnante pour l'avenir économique, que sociale et culturelle.


    Paul Bélanger
    Prof. UQAM