Un 1er mai marqué du sceau de la pandémie

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
Au début de la pandémie, les écoles n'ont eu d'autre choix que de se tourner vers l’enseignement à distance. Par contre, l’essence même du travail des enseignants est d’être en contact avec leurs élèves, souligne le président de la FAE.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Au début de la pandémie, les écoles n'ont eu d'autre choix que de se tourner vers l’enseignement à distance. Par contre, l’essence même du travail des enseignants est d’être en contact avec leurs élèves, souligne le président de la FAE.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Après ces deux années de pandémie se pose la question du message à porter pour le 1er mai. Le gouvernement nous annonce que le plus gros de la crise sanitaire est derrière nous. Nous devons donc établir un état des lieux général sur les conséquences et les modifications que cette crise a engendrées sur les conditions de travail, souligne Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Il va y avoir un avant et un après, notamment sur les conditions de travail qui sont durablement modifiées. »

« Par exemple, le télétravail, qui s’est généralisé, doit être analysé sous le prisme des conditions de travail. On assiste à une atomisation du travail, à un contrôle accru de la part des employeurs, ainsi qu’à un isolement les uns des autres. Ce système présente des avantages et des désavantages. Nous prenons acte de ces changements et nous allons les analyser pour permettre aux travailleurs de trouver la meilleure solution pour eux », poursuit-il.

Coronadéclic

La pandémie mondiale a mis en exergue les principaux défauts du système productiviste à outrance. La logique de surproduction atteint un point de non-retour sur le plan social, de même qu’en ce qui concerne son impact sur la crise climatique.

Malgré certaines actions et une prise de conscience individuelle et collective sur l’ensemble de la planète, nous observons les premières migrations climatiques, une instabilité mondiale et une montée d’intolérance généralisée. Et la solidarité, qui est l’une des valeurs fondamentales portées par les syndicats, se trouve mise à mal pour tous.

« Cette pandémie doit servir de déclic collectif au sujet de la répartition des richesses et du rapport au monde qui nous entoure. Les disparités sont de plus en plus fortes et se sont accrues. Comment le Québec, qui est une province riche, peut-il accepter de voir un nombre croissant de travailleurs dépendre de l’aide alimentaire pour se nourrir ? La redistribution des richesses doit être le sujet principal de la lutte, et il faut regarder ce sujet au travers du prisme du réchauffement climatique, c’est essentiel ! témoigne M. Mallette. L’un nourrit l’autre dorénavant. Les travailleurs sont des consommateurs au fait de leur société et veulent de plus en plus consommer local et en circuit court. »

Nombreux sont les syndicats québécois qui sont maintenant prêts à mener une lutte commune sur l’évolution de la société actuelle. Plusieurs manifestations sont d’ailleurs prévues le 1er mai par différentes organisations. Le combat syndical ne se résume cependant pas à une seule journée; il est permanent, mené tout au long de la vie professionnelle, pour défendre de meilleures conditions de travail et poser des gestes de solidarité envers ceux et celles ayant peu de moyens.

Le télétravail, à prendre avec des pincettes

Outre ces nouvelles tendances sociales, la pandémie a vu se développer de façon exponentielle un nouveau mode de travail, le télétravail. Le président de la FAE se montre méfiant sur ce sujet.

« La pandémie a généralisé le télétravail. L’attrait de la nouveauté et l’obligation de mettre cela en place ont laissé la place à un essoufflement collectif, surtout dans le monde de l’éducation. Les gens expriment le besoin de se revoir, de partager les difficultés en présentiel », note-t-il.

« Pour les professeurs, quand nous avons basculé en virtuel, nous avons remarqué que l’enseignement se déroulait de façon totalement différente. L’enseignement à distance fonctionne pour certaines populations scolaires, mais pour d’autres, cela fonctionne très peu, comme dans les milieux plus défavorisés qui ont besoin de soutien, d’appareils électroniques pour les cours et qui n’en ont pas forcément les moyens. L’essence même du travail des enseignants est d’être en contact avec leurs élèves. Il faut donc rester très prudent avec le discours politique sur le télétravail, car il y a un vrai danger d’atomisation du travail et d’isolement des travailleurs. Spécialement pour les enseignants, il faut garder à l’esprit que la relation avec les élèves ne peut pas être virtuelle », conclut le président.

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