La FEESP s'efforce de faire briller les travailleurs de l’ombre

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Le personnel de soutien, qui travaille du primaire jusqu'au cégep, reçoit peu de visibilité autant auprès des parents, de la direction, des centres de services scolaires que du gouvernement.
Photo: Delphine Meier Le personnel de soutien, qui travaille du primaire jusqu'au cégep, reçoit peu de visibilité autant auprès des parents, de la direction, des centres de services scolaires que du gouvernement.

Ce texte fait partie du cahier spécial 75 ans de la FEESP

Avec plus de 40 000 membres dans le secteur éducatif, la FEESP représente la majorité des employés de soutien au primaire, au secondaire, à la formation professionnelle et aux adultes, ainsi qu’au cégep. Depuis bientôt 50 ans, la Fédération travaille d’arrache-pied pour faire reconnaître le rôle essentiel de ses membres dans ce secteur.

La FEESP travaille depuis longtemps à améliorer les conditions de travail de ces travailleurs. La première négociation autour de l’intégration des surveillants d’élèves sur l’heure du midi à la convention collective par la FEESP a eu lieu au début des années 1980. Dans les années 2000, le personnel des services de garde a été ajouté aux conventions collectives.

Pourtant, « la reconnaissance du personnel de soutien n’est pas évidente. Ils sont souvent dans l’ombre des enseignants », constate Linda Tavolaro, secrétaire générale de la FEESP. Techniciens en éducation spécialisée, personnel des services de garde, personnel administratif (agent de bureau, secrétariat), emplois manuels (concierges, ouvriers certifiés, plombiers), techniciens en travaux pratiques : la FEESP représente au-delà de 80 classes d’emplois. Présente dans 31 centres de services scolaires, 2 commissions scolaires anglophones, et regroupant 39 syndicats dans les cégeps, elle offre la plus grande représentation syndicale de personnel de soutien dans le milieu scolaire. La FEESP représente aussi 70 % des employés de soutien des cégeps.

Reconnaître leur rôle essentiel

Ces employés, qui travaillent au primaire, au secondaire et au cégep (la FEESP représente également les employés de soutien de l’Université Concordia), assurent le bon fonctionnement des établissements dans les coulisses. « Ça prend quelqu’un pour répondre aux appels, organiser le système de transport scolaire, entretenir les bâtiments », fait remarquer Mme Tavolaro. D’autres travaillent en appui à l’enseignant, en accompagnant par exemple les élèves avec handicap ou avec des difficultés de comportement.

Ce personnel a pourtant peu de visibilité autant auprès des parents, de la direction, des centres de services scolaires que du gouvernement. « Les négociations salariales avec le gouvernement ne sont pas à la hauteur de ce qu’elles devraient être », donne comme exemple Mme Tavolaro. La moyenne salariale du secteur scolaire se chiffre à 25 000 $ par année, ce qui signifie qu’une partie des employés de soutien gagne davantage, mais que d’autres gagnent un revenu en deçà du seuil de pauvreté.

Lumière sur leur travail

Or, la pandémie a bien démontré leur rôle essentiel : la mise sur pied de services de garde d’urgence en une fin de semaine n’aurait jamais été possible sans la mobilisation des techniciens en éducation spécialisée, préposés aux élèves handicapés, concierges, secrétaires et autres employés de soutien. « Ils ont été capables de se virer sur un 10 sous. Ça montre comment ces gens sont dévoués », insiste Linda Tavolaro. Alors que la majorité des Québécois étaient à la maison, ces employés ont relevé leurs manches, malgré la peur du virus et le manque d’équipement de protection. « Ils ont offert des services de qualité. Ce n’était pas seulement laisser les enfants courir dans le gymnase ! » remarque-t-elle.

Pour souligner leur travail essentiel, le secteur soutien cégeps de la FEESP a d’ailleurs instauré la Journée nationale du personnel de soutien dans les collèges le 21 avril 1999. Et depuis 2004, cette journée a été élargie pour devenir la Journée nationale du personnel de soutien en éducation à la CSN, qui a lieu le dernier jeudi de septembre.

Continuer à s’améliorer

La FEESP continuera d’être à l’affût dans les prochaines années pour soutenir ses membres dans le secteur de l’éducation. L’encadrement du télétravail et de l’enseignement à distance devra faire l’objet de réflexions approfondies. Le projet pilote d’aide-enseignant sera aussi à surveiller. « Le gouvernement aimerait que les enseignants aient de l’aide pour leurs tâches, mais on ne sait pas encore quelle classe d’emploi ça va toucher », note Mme Tavolaro.

La pénurie de main-d’œuvre frappe par ailleurs de plein fouet ce secteur : en raison des horaires souvent atypiques et de la précarité des postes, l’embauche et la rétention du personnel sont de plus en plus difficiles.

La FEESP souhaiterait donc entamer une discussion pour diminuer la précarité. « Il n’y a pas de solution magique, mais le gouvernement doit s’y pencher. Nous, on demande qu’il s’assoie avec nous et y réfléchisse », souligne Linda Tavolaro. Est-ce que les mesures d’urgence testées durant la pandémie pourraient être élargies et régularisées ? Est-ce que certains postes pourraient être jumelés ? « Plus on offre des postes réguliers et des heures, plus on va garder nos gens. Il faut trouver une façon de faire comme durant la pandémie, mais de façon permanente », conclut Mme Tavolaro.

Surcharge de travail et pénurie de main-d'œuvre au sein des cégeps 

« On a déjà amorcé les prochaines négociations du secteur public et sectoriel, et nos demandes seront déposées au mois d’octobre. Celles-ci concernent l’embauche de personnel, les priorités d’emploi, l’ancienneté. Le télétravail est un autre cheval de bataille. C’est un sujet très délicat, parce qu’il n’y a en ce moment aucune disposition dans notre convention collective à ce sujet. Le financement reste le nerf de la guerre. On est dans des enveloppes qui ne sont pas fermées, donc l’argent peut être utilisé ailleurs, et on est le premier endroit où on va couper. Comme on embauche très peu, les employés se retrouvent en surcharge de travail. Les cégeps vont surtout créer des postes précaires et occasionnels. Ce qu’on demande, c’est d’ouvrir des postes pour contrer la précarité. D’un autre côté, quand on le fait, on est affecté par la pénurie de main-d’oeuvre. Et avec les salaires du secteur public, c’est de plus en plus difficile d’attirer et de retenir les gens dans les cégeps. » Martine Moreau, présidente du secteur soutien cégeps

Trop peu de reconnaissance dans le milieu scolaire

« Les prochaines négociations de convention collective pour nos deux tables, francophone et anglophone, porteront sur la reconnaissance de nos membres et sur l’augmentation des heures du personnel de soutien, parce que les postes ne sont pas attractifs. Plus de la moitié de notre personnel travaille moins de 26 heures par semaine. Or, durant la pandémie, qui était au front ? C’était le personnel scolaire : le service de garde qui a monté un service d’urgence, les concierges qui devaient désinfecter, l’informatique qui a travaillé d’arrache-pied pour équiper les élèves, l’administration… Pourtant, on n’a jamais été reconnu. On a réussi à établir des rencontres avec le ministère de l’Éducation, mais il y a encore beaucoup à faire pour sortir de l’ombre. Le projet de loi 40 (la transformation des centres de services scolaires) a aussi eu beaucoup d’impacts. Il n’y a plus de stabilité, et chaque direction peut faire comme bon lui semble, ce qui cause de l’iniquité. Nos commissaires étaient nos chiens de garde pour notre population, et ça, on ne l’a plus. C’est difficile pour la population de savoir ce qui se passe dans les écoles. » Annie Charland, présidente du secteur scolaire

 

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