Le Collège Dawson veut «tout faire» pour que Québec change d’idée sur son agrandissement

«Nos besoins sont reconnus depuis de nombreuses années. Nous avons un déficit d’espace depuis 25 ans. C’est refusé maintenant, et c’est sur la base de la langue», argue la directrice générale du Collège Dawson.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne «Nos besoins sont reconnus depuis de nombreuses années. Nous avons un déficit d’espace depuis 25 ans. C’est refusé maintenant, et c’est sur la base de la langue», argue la directrice générale du Collège Dawson.

Le Collège Dawson estime être victime de discrimination à la suite de la décision du gouvernement Legault d’annuler une subvention de 189 millions de dollars destinée à l’agrandissement de ses locaux. Ses représentants veulent rencontrer le premier ministre et promettent de « tout faire » pour que le gouvernement change d’idée.

« Je crois que c’est un traitement inéquitable de tous nos étudiants. Nous ne faisons pas de distinction entre anglophones, francophones et allophones. Notre environnement est très multiculturel, et c’est de la discrimination envers tous les étudiants de Dawson [d’annuler cette subvention] », a lancé la directrice générale, Diane Gauvin, lors d’une conférence de presse jeudi avant-midi. C’était la première fois que cette dernière s’exprimait publiquement depuis l’abandon du projet. « Vraiment, cela ressemble à une décision politique », a-t-elle affirmé.

Le premier ministre François Legault a expliqué la semaine dernière qu’« il vaut mieux agrandir les collèges francophones avant d’accroître la capacité » du cégep de langue anglaise. L’agrandissement était pourtant considéré comme prioritaire par le gouvernement à la suite de l’adoption du projet de loi 66, en décembre 2020.

« Le Collège Dawson subit de la discrimination sur la base de la langue d’enseignement, a mentionné Diane Gauvin. Nous avons un déficit d’espace depuis 25 ans. C’est maintenant refusé, et c’est sur la base de la langue. »

Le conseil d’administration du Collège a adopté une résolution mercredi soir pour exprimer sa « vive déception et sa désapprobation » au premier ministre du Québec. « Le Collège Dawson signifie l’importance et la nécessité que le dossier soit traité de façon juste et équitable en vertu des normes ministérielles en vigueur », a dit Michael Goldwax, président du conseil d’administration du Collège Dawson, en récitant le contenu de la résolution devant les journalistes.

« Nous ne changerons pas d’idée »

Pour l’instant, c’est en demandant une rencontre avec François Legault que le Collège espère faire changer les choses. « [J’ai bon espoir] que nous allons rencontrer M. Legault, et nous allons tout faire en notre pouvoir pour [modifier] cette décision », a dit Mme Gauvin.

Quand Le Devoir lui a demandé si M. Legault accepterait de rencontrer les représentants du Collège et ce qu’on pouvait envisager d’une rencontre, le bureau du premier ministre s’en est tenu à cette affirmation : « Nous ne changerons pas d’idée. » « Nous avons fait le choix de privilégier les projets d’agrandissement dans les cégeps et universités francophones du Grand Montréal, en raison de la forte demande et des grands besoins anticipés, a indiqué par courriel l’attaché de presse du premier ministre, Ewan Sauves. La ministre [de l’Enseignement supérieur, Danielle] McCann, regarde toutefois avec Dawson pour trouver d’autres solutions, mais le projet d’agrandissement tel qu’on le connaît n’ira pas de l’avant. »

Sans aller jusqu’à « s’installer devant le parlement avec des klaxons », le Collège n’exclut pas une action judiciaire pour contester la décision du gouvernement. « Pour l’instant, on essaie de modifier la décision. Après, on verra s’il y a des options supplémentaires », a expliqué Diane Gauvin, précisant que le Collège n’est « pas du tout là » pour l’instant.

Pas trop d’étudiants

Si l’espace manque et que la population étudiante se marche sur les pieds, la réduction du nombre d’admissions n’est présentement pas dans les cartons de la direction, a-t-elle réitéré à quelques reprises lorsque questionnée par les journalistes. « Nous prendrons des décisions au fur et à mesure que le dossier progressera. Mais, pour l’instant, nous demandons d’être traités équitablement », a-t-elle dit.

Elle insiste néanmoins sur le fait qu’il « n’y a pas d’étudiants de trop à Dawson ». « Ce n’est pas que nous avons trop d’étudiants, c’est que nous n’avons pas assez d’espace », lance-t-elle. Québec a fixé à 7915 le nombre limite d’étudiants permis. Le Collège a précisé au Devoir que 7700 étudiants sont présentement inscrits et qu’ils étaient près de 8000 cet automne. Près de 300 élèves ont reçu leur diplôme en décembre.

« C’est une exagération de dire que les cégeps anglophones participent à l’anglicisation », a soutenu Diane Gauvin, qui estime que c’est un problème qui concerne les milieux de travail.

Michael Goldwax, de son côté, a répété que l’agrandissement ne visait pas à accueillir plus d’étudiants, mais à corriger le déficit d’espace.

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