Des bénévoles québécois participent à la consolidation du système scolaire haïtien

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Les interventions des volontaires se situent beaucoup au niveau de l’école fondamentale, qui va de la première à la neuvième année.
Photo: Chandan Khanna Agence France-Presse Les interventions des volontaires se situent beaucoup au niveau de l’école fondamentale, qui va de la première à la neuvième année.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

Depuis vingt ans, des bénévoles d’Éducateurs sans frontières (ESF) contribuent au système d’éducation haïtien. Ils s’efforcent de poursuivre leur mission, malgré la pandémie de COVID-19 et la forte insécurité qui mine cet État caribéen.

L'idée du réseau ESF a d’abord germé dans le cerveau de François Gérin-Lajoie, président de la Fondation Paul-Gérin-Lajoie. « Il souhaitait que les volontaires de la Fondation et d’autres organismes partenaires qui partaient réaliser des mandats dans des pays étrangers puissent garder contact à leur retour ; il a donc formé un comité qui constitue le point d’origine du réseau ESF. Ce comité est devenu le conseil d’administration du réseau en 2019 », raconte Monique Charbonneau, qui préside ce conseil.

Des réalisations qui durent

 

Les bénévoles d’ESF ont réalisé plusieurs missions en Haïti au fil des ans. Ils l’ont fait jusqu’en 2016 dans le cadre du Programme de coopération volontaire (PCV), financé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI), et, depuis 2020, par l’entremise du programme Compétences, leadership, éducation (CLE), financé par Affaires mondiales Canada. Un certain retrait des bailleurs de fonds entre 2017 et 2020 n’a pas arrêté les membres d’ESF, qui ont développé un programme de missions autofinancées (PMA).

Ces projets PMA ont permis à des volontaires de se rendre dans plusieurs localités, notamment à Trouin, à Jacmel, à Kenscoff et à l’île à Vache.« L’objectif consiste toujours à répondre aux besoins de la communauté, explique Monique Charbonneau, qui a elle-même effectué 14 mandats dans ce pays. Nous accompagnons les gens sur place ; il ne s’agit pas de réaliser les choses pour eux. »

Les interventions se situent beaucoup au niveau de l’école fondamentale, qui va de la première à la neuvième année. Elles visent à améliorer certaines pratiques professionnelles, ainsi que la gestion pédagogique et administrative des écoles, toujours avec la volonté de renforcer l’autonomie des partenaires. Les projets qui laissent des legs durables comptent parmi ceux qui font la fierté de Monique Charbonneau.

« Nous avons rédigé, avec des représentants du ministère de l’Éducation haïtien, un guide pratique d’administration scolaire maintenant utilisé partout dans le pays, souligne-t-elle. ESF et des partenaires locaux ont aussi mis en place des bibliothèques scolaires ouvertes aux élèves et aux parents, qui restent accessibles aujourd’hui. »

Hausse de l’insécurité

La pandémie de COVID-19 a cependant compliqué le travail d’ESF. Devant l’impossibilité de se rendre sur place, les volontaires ont poursuivi des projets à distance. Cette approche pose toutefois son lot de défis en Haïti, où l’électricité reste peu disponible. Un grand nombre d’Haïtiens utilisent des génératrices pour produire un peu d’électricité, mais manquent de combustible pour les alimenter. Dans un tel contexte, les rencontres en visioconférence doivent demeurer relativement courtes.

La volonté de retourner dans le pays se heurte aussi à la hausse de l’insécurité. Selon le Centre d’analyse et de recherche en droits humains, Haïti affiche le plus haut taux d’enlèvements au monde. En 2021, au moins 55 étrangers, dont 17 missionnaires américains et leur famille, ont été kidnappés. « La Fondation doit toujours protéger ses volontaires, et ce n’est pas possible actuellement en Haïti, mais nos bénévoles ont tous bien hâte de retrouver leurs partenaires sur place », reconnaît Monique Charbonneau.

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