Se renouveler pour conserver la passion d’enseigner

Caroline Rodgers
Collaboration spéciale
Debby Beaulieu avec quatre de ses élèves — Noah, Alexandrine, Laurence, Xavier — dans sa classe de l'école Saint-Émile
Photo: Claude Lapointe Debby Beaulieu avec quatre de ses élèves — Noah, Alexandrine, Laurence, Xavier — dans sa classe de l'école Saint-Émile

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des enseignants

Même après 25 ans d’enseignement au primaire, on peut encore se renouveler. C’est le cas de Debby Beaulieu, dont la carrière en est à son quart de siècle. Tout en continuant de renouveler ses approches pédagogiques, elle demeure à l’affût des technologies de l’information, dont elle a fait sa spécialité. Un atout bien utile durant la pandémie.

Native de la région de Chibougamau, elle a passé la majeure partie de sa carrière à Montréal, toujours avec des classes de première et de deuxième année. Elle enseigne aujourd’hui à l’école Saint-Émile, dans le quartier Rosemont.

« J’aime l’enseignement et je suis encore très motivée, mais je ne crois pas au concept de “vocation”, dit Debby Beaulieu. Pour demeurer stimulée par mon métier, j’ai besoin d’avoir des activités connexes, car en passant nos journées avec des enfants de six ans, on n’a pas de grandes conversations. J’ai besoin de parler de pédagogie et d’enseignement, c’est pour cela que je me suis tournée vers l’encadrement des stagiaires. »

En plus d’enseigner, elle forme donc d’autres enseignants qui vont recevoir des stagiaires, et encadre aussi elle-même de futurs enseignants et stagiaires de l’Université de Montréal.

« J’aime innover, essayer de nouvelles choses, être au goût du jour, mais pour faire cela, il faut échanger avec les autres. On ne peut pas faire cela seul. Pour garder mon feu sacré, j’ai besoin de parler avec d’autres enseignants ou des stagiaires. Quand j’encadre des stagiaires, en revenant dans ma classe, j’ai plein d’idées. »

La technologie

 

Avant même que la pandémie ne frappe le monde, Debby Beaulieu avait une longueur d’avance dans l’utilisation des technologies pour l’enseignement.

« Je m’y intéresse depuis le début de ma carrière. Avec la réforme en éducation survenue au début des années 2000, il y avait un volet informatique. À ce moment-là, j’avais été nommée comme enseignante ressource en informatique dans une école, et depuis ce temps, je participe à des colloques et j’anime des ateliers pour montrer aux enseignants comment utiliser les technologies avec les petits. »

La fermeture des écoles, en 2020, a obligé les professeurs du Québec à s’adapter rapidement pour enseigner à distance.

« Je n’ai pas fait partie de ceux qui ont été bousculés. Même si on n’avait jamais enseigné à distance avec des petits, on a été capables de transférer les connaissances qu’on avait en informatique pour les appliquer avec nos élèves. Mais j’étais là pour aider mes collègues qui en avaient besoin. »

Il va de soi qu’un enfant de six ans a besoin de l’aide de ses parents pour s’adapter à l’école à distance.

« Au début du premier confinement, il n’y avait pas vraiment d’enseignement à distance de prévu. Mon conjoint est également enseignant en première année, et nous avons décidé que nous ne laisserions pas tomber nos élèves. Nous avons tout de suite mis en place des façons de rester en contact avec eux, grâce à la plateforme Zoom. On a envoyé des courriels aux parents et créé des vidéos pour leur expliquer comment ça fonctionne. »

« Au début, on n’enseignait pas puisque ce n’était pas exigé, mais on a organisé des jeux pour tenir les enfants occupés, et on leur lisait des histoires, pour garder le contact. Je pense que ça les a initiés aux technologies, et quand on a reçu la consigne d’enseigner, ils étaient déjà habitués à se connecter, à utiliser les fonctions de base et à respecter la nétiquette. Quand on est en classe virtuelle, on n’a pas de toutou à côté de soi, et on ne mange pas devant l’écran. Quand les cours à distance ont commencé, nous étions prêts », mentionne l’enseignante.

Approches pédagogiques

 

Debby Beaulieu se passionne pour les nouvelles approches pédagogiques, notamment en français.

« On intègre beaucoup de littérature jeunesse dans l’enseignement du français à notre école. De plus, je donne des formations sur une méthode pédagogique appelée les 5 au quotidien. C’est une méthode de gestion de classe qui permet aux élèves de développer une autonomie et qui favorise la responsabilité. On l’utilise pour le français. Dans une journée, ils ont du temps pour travailler sur des activités d’apprentissage qu’ils choisissent, comme la lecture seul ou à deux avec une technique où ils s’aident mutuellement, l’étude des mots, l’écoute d’histoire et l’écriture. J’y ai ajouté une sixième composante, soit l’iPad. »

Cette méthode motive énormément les élèves, car ils ont des choix et avancent à leur rythme.

« C’est vraiment basé sur la responsabilisation des enfants. Même si les élèves sont petits, ils sont capables d’être autonomes. Il faut leur faire confiance et leur montrer qu’ils peuvent apprendre des choses par eux-mêmes. », dit Debby Beaulieu.

À voir en vidéo