Créer de la magie malgré la pandémie à l'école Rose-des-Vents

Martine Letarte
Collaboration spéciale
En mai dernier, les élèves se sont visiblement bien amusés lors d’une fête organisée par l’enseignante Caroline Tardif avec le soutien de ses collègues, de la direction et des parents.
Photo: Anne-Cécile Roy En mai dernier, les élèves se sont visiblement bien amusés lors d’une fête organisée par l’enseignante Caroline Tardif avec le soutien de ses collègues, de la direction et des parents.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des enseignants

Projets choisis par les élèves, travail en équipe parfois interclasses, coéducation grâce à l’implication des parents à l’école, organisation d’activités festives : la proposition de l’école alternative primaire Rose-des-Vents, du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), peut faire rêver. Or, la pandémie est venue compliquer sérieusement les choses. Mais elle n’a pas freiné les enseignants dans leur élan pour motiver les élèves et créer un peu de magie au passage !

« Les enfants sont confinés par bulle-classe et dans un seul local, et les parents ne peuvent plus venir en classe pour donner un coup de main dans la réalisation des projets : il y a beaucoup de contraintes avec la pandémie et, au printemps dernier, nous trouvions que les enfants méritaient quelque chose de spécial, quelque chose qui leur ferait plaisir », raconte Caroline Tardif, enseignante pour les niveaux 4, 5 et 6 à l’école alternative primaire Rose-des-Vents.

C’est ainsi qu’elle a décidé d’organiser une fête grâce à une mesure présente dans le budget gouvernemental pour rehausser le bien-être dans les écoles. « C’est certain qu’il y avait beaucoup de contraintes, alors l’organisation a nécessité du temps et beaucoup d’adaptation, mais nous avons relevé le défi en regardant ce qu’il était possible de faire dans le contexte », raconte l’enseignante.

Ses collègues du corps enseignant, la direction, la technicienne en éducation spécialisée, les parents : plusieurs personnes ont poussé à la roue pour créer une fête dans la cour d’école, où les élèves étaient tous ensemble en respectant leur bulle-classe.

Une structure de jeux gonflables a été louée, un papa s’est occupé de la machine à barbe à papa et le directeur de l’école s’est même prêté au jeu du lancer de la tarte à la crème. Bien sûr, il y avait des masques et une tonne de désinfectant, mais aussi, beaucoup de plaisir. « C’était vraiment une journée magique, raconte Caroline Tardif. Lorsqu’on permet aux enfants d’avoir du plaisir, les affaires moins le fun passent mieux après. »

Des projets salutaires

 

C’est un peu le concept de cette école alternative, où les élèves réalisent six projets par année. « Si les enfants n’aiment pas écrire, ils aiment écrire lorsqu’ils réalisent un projet qu’ils ont choisi », remarque l’enseignante.

Par exemple, avant les vacances des Fêtes cette année, les élèves ont décidé de faire un marché de Noël dans la cour de l’école, pour que les parents puissent participer.

« Nous avons fait des recherches sur les marchés de Noël dans le monde, et les élèves ont dû apprendre à travailler ensemble, à aller chercher des consensus », raconte l’enseignante.

Ils ont fabriqué toutes sortes de choses pour vendre au marché : de la nourriture traditionnelle, des décorations, des produits corporels. Ils ont dû fixer les prix de vente. Les élèves ont également effectué des recherches pour trouver une organisation à qui donner la somme d’argent amassée, et leur choix s’est arrêté sur l’hôpital de Montréal pour enfants grâce à sa campagne Longue vie aux tannants. « Entre 15 h et 18 h, nous avons amassé 950 $ grâce à la vente de nos produits », indique fièrement Mme Tardif, qui enseigne à cette école depuis 32 ans.

Avant l’ouverture du marché de Noël, l’enseignant de musique est aussi sorti avec son clavier et a fait chanter tous les élèves de l’école.

« Nous avions besoin de nous retrouver tous ensemble, ajoute Mme Tardif. Ce projet était stimulant et il a renforcé le sentiment d’appartenance à l’école. »

« J’ai vraiment une équipe extraordinaire, qui ne compte pas ses heures pour donner le maximum aux élèves », souligne Isabelle Di Torre Filion qui, après avoir été longtemps enseignante à l’école alternative primaire Rose-des-Vents, en est maintenant la directrice.

Une équipe soudée

 

De beaux projets et de belles fêtes n’empêchent pas toutefois que les enseignants, à qui on demande des changements constants depuis mars 2020, soient fatigués. « Avant la pandémie, il y avait toujours quelques parents en classe pour aider pendant la période consacrée au projet, raconte la directrice. Maintenant, les enseignants sont seuls avec cette charge immense. Mais on s’est adaptés. On demande maintenant plus de travail à faire à la maison, et les parents sont très compréhensifs. Certains aident même parfois par Zoom. »

Même si on entend souvent parler de pénurie de professionnels dans les écoles, la directrice précise que l’aide est tout de même au rendez-vous. « Le CSSDM nous a offert des ressources pour aider nos enseignants en classe, comme des conseillères pédagogiques, des orthopédagogues et des ergothérapeutes. »

Et surtout, l’équipe enseignante est tissée serrée. « Nous nous rencontrons souvent, il y a beaucoup d’échanges, affirme la directrice. Nous essayons de souligner les bons coups et, si un enseignant a plus de difficulté à un certain moment, nous le soutenons davantage. L’équipe est vraiment soudée, très solidaire. C’est comme si, parce qu’on est ensemble, on sent moins la fatigue. »

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