Deux syndicats sonnent l’alarme sur des conditions d’enseignement «ridicules»

Selon des données préliminaires publiées par le ministère, plus de 2 % des élèves sont absents du réseau en raison de la COVID-19.
Jacques Nadeau Le Devoir Selon des données préliminaires publiées par le ministère, plus de 2 % des élèves sont absents du réseau en raison de la COVID-19.

Craignant de voir toujours plus de professeurs jeter la serviette, deux syndicats interpellent leurs supérieurs pour dénoncer des conditions d’enseignement « ridicules » qui « mènent tout droit à l’épuisement ».

Le capharnaüm de la gestion de la pandémie dans les écoles ne s’arrête pas à la ventilation déficiente. « Les professeurs ne se sentent tout simplement pas en sécurité, assure Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal. Dans les consignes sanitaires, on retrouve encore la distanciation comme étant un élément de sécurité. C’en est insultant. […] Qu’on nous dise que par exemple, quand un élève [infecté] revient après 5 jours [à la maison], il doit essayer pendant 5 jours de maintenir une distanciation, c’est un peu ridicule. »

Son syndicat qui représente près de 10 000 employés a fait parvenir mardi une lettre au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Dans celle-ci, les représentants syndicaux exigent notamment des banques « congés COVID » pour les enseignants malades et des masques N95 pour ceux qui en demandent. Ils souhaiteraient aussi que Québec revoie « à la baisse le pourcentage d’élèves absents qui engendre le basculement des groupes en enseignement virtuel ».

La règle ministérielle stipule qu’une classe peut basculer en enseignement à distance si 60 % des élèves du groupe sont en isolement à la maison en raison de la COVID-19.

« Avec un chiffre comme ça, les enseignants ne pourront pas donner de la nouvelle matière parce que la majorité est absente, plaide Mme. Beauvais-St-Pierre. Les écoles ressemblent plus à des garderies finalement. On se retrouve à faire l’occupationnel, parce qu’il manque trop d’élèves. »

Selon des données préliminaires publiées par le ministère, plus de 2 % des élèves sont absents du réseau en raison de la COVID-19.

L’insoluble mélange du virtuel et du présentiel

Le Devoir révélait récemment que les congés d’invalidité chez les enseignants avaient bondi de 50 % en un an dans les écoles privées.

Aux dires de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP), « l’enseignement en comodalité » est une des pratiques qui mine le moral des troupes. Ce dédoublement de la classe – à la fois en présentiel et en virtuel – est un casse-tête surtout réservé aux écoles privées.

La FPEP a envoyé mardi une lettre à leurs vis-à-vis patronaux, la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « bombe à retardement ».

« Enseigner à la fois à une classe en présentiel et à une autre à distance, ça prend une acrobatie intellectuelle, illustre Stéphane Lapointe, président de la FPEP. Faire les deux en même temps, c’est exigeant et ça mène à l’épuisement. »

Les perpétuels va-et-vient dans les façons d’enseigner empêchent les professeurs « de valider leur pédagogie », pointe-t-il.

« Il est urgent que l’on prenne soin du personnel de l’éducation en arrêtant d’en demander toujours plus et en se concentrant sur l’enseignement en présentiel », conclut-il dans sa lettre en forme de cri du cœur.

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