Un système de surveillance de la COVID-19 dans les écoles

Québec met en place un système de « surveillance syndromique » pour mesurer le taux d’absentéisme des élèves et du personnel dans les écoles. Les établissements scolaires devront présenter deux fois par semaine un état de la situation indiquant le nombre de personnes qui sont isolées, qui ont contracté la COVID-19 ou qui présentent des symptômes compatibles avec la maladie. Les directions d’école dénoncent cette tâche supplémentaire, au pire de la tempête.

« Nous, on est sur la ligne de feu, on combat un incendie, et deux fois par semaine, il va falloir qu’on s’arrête pour communiquer au ministère la couleur du feu, dénonce la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, Kathleen Legault. Il me semble qu’il y a une déconnexion avec ce qu’on vit vraiment dans les écoles et l’ampleur de la tâche actuelle. »

Les directions d’école font déjà état à leur centre de services scolaire des absences liées à la COVID-19 chez les élèves. Mais elles ne le faisaient pas pour les employés, tels que les enseignants, les secrétaires, les concierges, les orthopédagogues, etc. « On va devoir saisir les absences dans notre logiciel qui permet de payer le personnel et on va devoir les saisir une deuxième fois dans un document qui peut varier d’un centre de services scolaire à l’autre. »

Pour Kathleen Legault, c’est une autre preuve que le gouvernement « n’était pas prêt » à rouvrir les écoles. « On le savait qu’il manquerait de personnel, dit-elle. Ils vont créer des logiciels qui vont faire qu’on n’aura plus à le faire [indiquer les absences dans un document] dans un mois, deux mois, je ne sais trop. Donc, on doit pallier leur manque de préparation. »

À la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, c’est la goutte qui fait déborder le vase. « La cour des directions d’école est pleine, dit son président, Nicolas Prévost. Les gens sont en surcharge de travail depuis déjà deux ans. On travaille déjà en heures supplémentaires, juste pour la gestion du personnel. »

Nicolas Prévost reconnaît que les directions d’école n’ont plus à participer aux enquêtes épidémiologiques de la Santé publique, ce qui nécessitait beaucoup de temps. « Mais juste la logistique à organiser pour trouver le personnel, présentement, ça remplace les enquêtes pas à peu près, soutient-il. Le directeur est pratiquement sur son téléphone à longueur de journée, en communication avec les ressources humaines de son service. Tout le monde court après des suppléants actuellement. »

Nicolas Prévost signale que des orthopédagogues sont actuellement réaffectés dans des classes ou des services de garde. Selon lui, le nombre d’employés absents des écoles varie entre 0 et 10 actuellement. Aucune rupture de service ne lui a toutefois été rapportée.

Un portrait de la situation

 

Le ministère de l’Éducation implante ce nouveau système de collecte parce que la population générale doit maintenant recourir aux tests de dépistage rapide, dont les résultats ne sont pas colligés par la Santé publique. Les cas dans les écoles ne sont donc pas comptabilisés.

« Comme on n’a plus de tests PCR et plus de données par rapport à tout ça, le taux d’absentéisme relié à la COVID va nous permettre d’avoir un portrait », dit Florent Tanlet, attaché de presse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

De plus, les classes basculeront en enseignement à distance si 60 % des élèves du groupe sont en isolement à la maison en raison de la COVID-19.

Le Dr Alain Poirier, directeur régional de santé publique de l’Estrie, a « bien hâte » d’obtenir ces données du ministère de l’Éducation, qui seront communiquées à la Santé publique. « On a réclamé ce système de surveillance syndromique », dit-il. Cet outil permettra à la Santé publique de mieux suivre la situation sanitaire dans les écoles.

Le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), croit que ces données peuvent être utiles. Il rappelle toutefois que la mise en branle d’un tel système prend du temps et que celui-ci ne sera « fonctionnel » que dans « quelques semaines ». « Ce sont des systèmes qui sont lourds, dit-il. Souvent la participation est progressive, alors que maintenant, c’est le temps où on a besoin d’avoir une bonne ligne de départ pour être sûrs qu’on a une bonne idée de ce qui se passe. »

Un tel système de « surveillance syndromique » existe depuis la fin août 2020 dans les services de garde éducatifs à l’enfance, selon Juliana Ayres Hutter, conseillère scientifique à l’INSPQ.

Jusqu’à la fin novembre, les CPE, les garderies privées subventionnées et non subventionnées ainsi que les services de garde en milieu familial devaient acheminer chaque jour les absences des enfants et du personnel. « On avait un taux de participation qui était moyen, indique Juliana Ayres Hutter. Il était entre 30 et 50 % pour les services en installations, et de 15 % en milieu familial. » La collecte se fait maintenant de façon hebdomadaire auprès de 400 services de garde ciblés.

Le Dr De Serres souligne qu’il existe d’autres données servant à l’évaluation de la situation sanitaire, comme les résultats des tests PCR effectués auprès de clientèles ciblées (travailleurs de la santé, patients aux urgences, etc.). Mercredi, 6123 nouvelles infections ont été dénombrées sur 41 202 prélèvements, ce qui correspond à un taux de positivité de 15 %.

Divers avis scientifiques sont aussi demandés à l’INSPQ afin de guider la Santé publique, rappelle le Dr Poirier. « Il y a des questions qui sont posées à l’Institut en ce moment. Qu’est-ce qu’on priorise ? On retourne dans les classes primaires [pour les première et deuxième doses de vaccin] ou on travaille fort pour la troisième dose des aînés ? »

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