Des recommandations sur l’internationalisation ne sont pas suivies à l’UOF

Certaines des recommandations étaient néanmoins décrites comme «fondamentales» à la mission internationale de l’UOF.
Photo: Geoff Robins Agence France-Presse Certaines des recommandations étaient néanmoins décrites comme «fondamentales» à la mission internationale de l’UOF.

Plusieurs recommandations à court terme se trouvant dans un plan d’action stratégique pour l’internationalisation préparé pour l’Université de l’Ontario français (UOF) il y a plus de trois ans n’ont toujours pas été suivies, a constaté Le Devoir.

Le rapport, obtenu en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, recense des dizaines d’objectifs et d’indicateurs de performance, notamment pour l’accueil des étudiants étrangers. Ceux-ci composent près des trois quarts de la première cohorte de l’établissement, qui a ouvert ses portes en septembre, à Toronto.

Selon Brigitte Martin, l’une des cinq membres du Comité pour l’internationalisation — qui a rédigé le plan d’action —, le mandat était de produire dans un délai de trois mois « un rapport et des recommandations précises pour développer une stratégie d’internationalisation pour l’UOF ». Claire Francoeur, la directrice des communications de l’université, affirme que les recommandations n’étaient pas « obligatoires ». « Ce qui est obligatoire, c’est dans la loi de 2017 sur l’Université de l’Ontario français », dit-elle.

Certaines des recommandations étaient néanmoins décrites comme « fondamentales » à la mission internationale de l’UOF. C’est le cas de la création, dans un horizon d’un an, d’un « service spécialisé en immigration en lien avec le service du recrutement et le service de la vie étudiante » qui emploierait un conseiller accrédité en immigration. L’UOF n’en emploie toujours pas. Un employé à l’interne serait en voie d’obtenir son accréditation, dit l’administration.

Le projet de loi C-35 modifiant la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés interdit toute personne autre qu’un représentant accrédité de donner des conseils relatifs à l’immigration. « La transition des étudiants étrangers vers la résidence permanente est un enjeu crucial des politiques d’immigration au Canada », indique le plan stratégique. Les services d’accueil aux étudiants seraient rendus par le Bureau du registraire, dit l’université.

Aide au logement

D’après l’administration, le registraire de l’université et son partenaire, le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), seraient aussi en mesure d’aider les étudiants dans leur recherche de logement. Le plan stratégique pour l’internationalisation recommandait plutôt un « service d’aide sociale » réservé dans un horizon d’un an.

« L’université devra accompagner les étudiants par une politique d’aide au logement, soit par la mise à disposition de chambres en résidences étudiantes et/ou par un service [voué] à soutenir l’étudiant dans ses recherches », lit-on dans le rapport. Une entente touchant entre autres l’accès au logement n’a pas encore été signée entre l’UOF et le CFGT, a fait savoir Aline Nizigama, directrice des projets stratégiques, partenariats et communications du CFGT.

L’université n’exploite pas ses propres résidences sur le campus en ce moment. En septembre, l’université a déclaré au Devoir que plusieurs projets immobiliers prévus à proximité étaient à l’étude et qu’un partenariat avec l’un d’eux pourrait s’actualiser « dans un horizon de six à huit ans ». L’université détient un partenariat avec la Parkside Student Residence, sur le campus de l’Université Ryerson, à 2,5 kilomètres de l’UOF. Mais aucun étudiant n’y est logé en ce moment, d’après la gérante du site. Deux étudiants arriveraient bientôt.

Le rapport du comité recommandait aussi la création d’un système de parrainage des étudiants étrangers par la communauté francophone de l’Ontario. Dans un horizon d’un an, le plan stratégique suggérait la promotion du programme auprès des communautés francophones pour recruter les parrains et les familles marraines. Ces personnes « s’engageraient à rencontrer [l’étudiant] régulièrement, [à] lui faire découvrir l’Ontario et serviraient de référents en cas de difficulté pour les étudiants », propose le rapport.

Claire Francoeur affirme que ces programmes couplent habituellement des étudiants de première année à ceux de troisième ou quatrième année.

Gouvernance

Le plan stratégique recommandait aussi le recrutement d’un responsable de la communication internationale et du marketing international, de sorte que l’établissement dispose d’une politique efficace pour ces activités. L’établissement affirme que son équipe possède « une vaste expérience en recrutement local et international ». Lors d’un entretien avec le directeur général de l’Assemblée de la francophonie, mardi, le recteur de l’UOF, Pierre Ouellette, a souligné que l’université avait reçu un nombre élevé de demandes d’inscription d’étudiants étrangers bien qu’elle ait fait « très, très peu de recrutement [international] ».

En janvier 2020, l’université a aussi embauché Édith Dumont, ancienne directrice de l’éducation et secrétaire-trésorière du Conseil scolaire des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, en tant que vice-rectrice aux partenariats, aux collectivités et à l’international. Le plan stratégique recommandait l’embauche d’un vice-président ou d’une vice-présidente aux affaires internationales et aux partenariats dans un horizon d’un an.

Des obstacles en cours de route

Le parcours qui a mené à la naissance de l’UOF a été parsemé d’embûches, dont la pandémie, ce qui a ralenti la mise en œuvre des suggestions qui se trouve dans le rapport, soutient l’université. Le Plan d’action stratégique pour l’internationalisation a été publié le 28 mars 2018. Sept mois plus tard, le 15 novembre, le gouvernement ontarien annonçait qu’il mettait fin au financement de l’UOF, ce qui a suspendu « la presque totalité des chantiers », avance l’administration. Ils n’auraient repris qu’en 2020, lorsque la province s’est entendue avec Ottawa sur une entente de financement.

« Le jeudi noir [du 15 novembre], ça a causé une grande incertitude. Établir des partenariats internationaux quand on n’est pas financé, c’est difficile », a remarqué le professeur de l’Université de Montréal Olivier Bégin-Caouette, un collègue de Brigitte Martin sur le comité pour l’internationalisation. Seize autres rapports ont été publiés en plus de celui pour l’internationalisation, mais ce dernier était « l’un des plus gros », d’après M. Bégin-Caouette.

Ce reportage bénéficie du soutien de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

À voir en vidéo