Retour en classe: Omicron ouvre la voie à l’école «sécuritaire»

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a minimisé les risques de délestage. «Ça ne sera pas parfait, les prochaines semaines vont nécessiter des ajustements, mais on n’est pas à un moment où on va se tourner vers des bris de service», a-t-il dit jeudi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a minimisé les risques de délestage. «Ça ne sera pas parfait, les prochaines semaines vont nécessiter des ajustements, mais on n’est pas à un moment où on va se tourner vers des bris de service», a-t-il dit jeudi.

Le variant Omicron pose peu de risques pour les enfants et le personnel scolaire, fait valoir le gouvernement Legault. Même si la moitié des éclosions signalées au Québec survenaient dans les écoles avant la pause du temps des Fêtes, le retour en classe est « sécuritaire », affirme le directeur national de santé publique intérimaire, le Dr Luc Boileau.

Les acteurs du milieu scolaire ne sont pas rassurés par les explications données par le gouvernement et le nouveau chef de la Santé publique en vue du retour en présence, qui se fera lundi prochain. D’autant plus que l’improbable est en train de se produire : craignant un manque de personnel, le ministère de l’Éducation est prêt à appeler des parents volontaires pour leur faire surveiller des classes en cas d’absences massives dues à la flambée des cas liés au variant Omicron.

Malgré la hausse des hospitalisations, le variant pose peu de risque dans les écoles, a affirmé le Dr Boileau. « Il n’est pas démontré actuellement, que ce soit ici ou ailleurs, que le milieu scolaire dans le contexte de la COVID, c’est un milieu qui va accentuer la progression des éclosions et de la contamination dans la communauté », a expliqué le successeur d’Horacio Arruda lors d’un point de presse, jeudi.

« Omicron, ce n’est pas la même maladie qu’on a connue avant. C’est le même virus, mais qui est transformé. […] Les enfants ne courent pas un grand risque de développer des infections graves susceptibles de les amener à l’hospitalisation », a souligné le directeur de santé publique.

Quant aux enseignants et aux autres membres du personnel scolaire, ils sont protégés par le vaccin, a fait valoir Luc Boileau. La vaste majorité est doublement vaccinée, bon nombre ont reçu une troisième dose, et le personnel scolaire est prioritaire pour la vaccination.

 

Les syndicats de l’éducation, les parents et les directions d’école sont peu rassurés par ce retour en classe en pleine cinquième vague pandémique. La Fédération autonome de l’enseignement déplore ainsi que Québec ait renoncé à dépister systématiquement les infections dans les écoles à l’aide de tests PCR.

En cas de symptômes, les élèves du primaire devront se faire tester à la maison à l’aide des 7,2 millions de tests rapides qui seront distribués en deux étapes, soit à la fin du mois de janvier et au début de février. Mais les écoles n’auront aucun moyen de savoir si un élève se présente en classe en étant infecté, souligne Sylvain Mallette, président de la FAE.

Des tests rapides seront prochainement offerts dans les écoles primaires, mais pas au secondaire. Les élèves du secondaire n’auront pas accès non plus aux tests rapides à la maison, sauf si leurs parents réussissent à s’en procurer en pharmacie — ce qui est plutôt hasardeux depuis un mois.

Les règles assouplies

 

« Les nouvelles règles d’isolement font en sorte qu’il n’est plus possible de procéder à la fermeture d’une classe ou d’une école. Cela signifie que les directions régionales de santé publique ne pourront plus décréter la fermeture d’une classe en raison de la présence de deux cas ou plus d’infection. Le gouvernement fait le choix de ne plus s’embarrasser de cette règle », déplore Sylvain Mallette dans un communiqué.

« Il ne sera plus possible de connaître la situation réelle dans les établissements scolaires, puisqu’aucune collecte journalière des données permettant de déterminer les lieux dans lesquels on constatait des éclosions ne sera effectuée », ajoute le président de la FAE.

De plus, les enfants n’auront plus à s’isoler s’ils ont été en contact avec un élève infecté en classe. Seuls les contacts au sein de la famille donneront lieu à une période d’isolement, réduite à cinq jours pour les enfants de moins de 12 ans.

« On s’attendait à un resserrement des mesures, on constate plutôt un relâchement des mesures. C’est super inquiétant. On n’aura aucune idée du portrait sanitaire dans les classes », précise Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de Montréal. Elle se réjouit que le personnel des écoles spécialisées ait désormais accès au masque N95, mais aurait souhaité que toutes les écoles puissent en bénéficier.

« C’est un virus beaucoup plus contagieux qu’avant, et on envoie le signal qu’on va tout garder ouvert à tout prix. Il y aura du délestage, c’est clair. Si le ministre considère les écoles comme une garderie, qu’il le dise », souligne pour sa part la députée péquiste Véronique Hivon.

Parents à la rescousse

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a minimisé les risques de délestage. « Ça ne sera pas parfait, les prochaines semaines vont nécessiter des ajustements, mais on n’est pas à un moment où on va se tourner vers des bris de service », a-t-il dit jeudi.

Le gouvernement s’attend à un « très grand nombre d’absences » dans les écoles pour le retour en classe. Les parents et le personnel doivent se préparer à des imprévus et à des annulations de service sans préavis causés par le manque de personnel, prévient un document transmis mercredi par le ministère de l’Éducation aux centres de services scolaires.

Le ministère invite les gestionnaires à prendre une série de mesures hors de l’ordinaire pour garder les enfants à l’école. Un enseignant pourrait s’occuper de deux groupes. Des membres du personnel non enseignant pourraient donner un coup de main. L’enseignement à distance fait aussi partie des solutions.

Des organismes externes comme Alloprof ou des parents volontaires seraient aussi appelés à la rescousse en cas de besoin, dans les classes ou dans les services de garde scolaires. Il s’agit d’une solution de dernier recours, qui ne viserait que la surveillance d’élèves, a expliqué le ministre Roberge.

Le mouvement Je protège mon école publique (JPMEP) s’indigne néanmoins de cette solution, qui risque de créer d’importantes disparités d’une école à l’autre. « Ça va être la cacophonie. Si l’école de mes enfants a du personnel, mais que l’école d’à côté n’en a pas, j’appelle ça un bris de service. C’est alarmant », affirme Patricia Clermont, porte-parole de JPMEP.

Elle réclame la définition d’un seuil minimal de service, qui viserait à créer une forme d’équité au sein du réseau scolaire.

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