Avec Omicron, «le feu est pris» dans les écoles spécialisées

Une semaine après le retour en présence dans les écoles spécialisées, moins de la moitié des élèves sont présents en classe. Le nombre de groupes fermés grimpe en flèche à cause des infections à la COVID-19 ainsi que des inquiétudes de parents qui gardent leurs enfants à la maison par mesure de prudence.

« Le feu est pris. Il y a un découragement et même une panique dans les écoles spécialisées », dit Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

Elle rapporte qu’à peine 35 % des élèves étaient présents lundi dans les écoles spécialisées de l’île de Montréal. Selon les directions d’école et les syndicats d’enseignants, le taux d’occupation des écoles spécialisées n’a pas dépassé 50 % depuis le retour en classe, la semaine dernière, en pleine flambée des cas du variant Omicron.

La peur du virus frappe, bien qu’une centaine de médecins soulignent les faibles risques du variant Omicron pour les enfants.

35%

C’est la proportion des élèves des écoles spécialisées de la métropole qui étaient présents en classe lundi.

Tous les établissements d’enseignement du Québec — écoles primaires et secondaires, cégeps et universités — doivent offrir des cours virtuels depuis le début de l’année 2022, sauf les écoles spécialisées pour les élèves handicapés. Le ministère de l’Éducation a maintenu les cours en présence pour ces élèves, dont certains sont lourdement handicapés, qui peuvent difficilement suivre des cours virtuels.

Dans le réseau scolaire, tout le monde comprend la nécessité de garder ces enfants à l’école. Mais personne ne se sent en sécurité en raison de la fulgurance du variant Omicron. Cette flambée des absences dans les écoles spécialisées laisse entrevoir le pire si le gouvernement maintient le retour en classe le lundi 17 janvier dans les écoles primaires et secondaires.

Vague d’anxiété

« De toute évidence, le réseau n’est pas prêt à rouvrir les écoles lundi prochain. Il va manquer du monde dans les écoles, on le sait déjà, ça va arriver », dit Kathleen Legault, qui représente les directeurs et directrices d’école de Montréal.

Le personnel des écoles spécialisées fait le même constat. « Mes collègues sont anxieux. Ils ont peur d’être les prochains à se faire infecter », raconte Amélie Cayouette, enseignante à l’école de L’Étincelle, située dans le Mile End, à Montréal.

En quatre jours, plus de la moitié des classes (14 sur 26) ont dû fermer dans cette école qui accueille 125 élèves handicapés. Du jamais vu depuis le début de la pandémie. Plus de la moitié des groupes sont aussi fermés à l’école Irénée-Lussier, dans Hochelaga-Maisonneuve. Ce lourd bilan n’est pas étonnant : ces élèves handicapés ne peuvent porter un masque. Plusieurs d’entre eux doivent être nourris à la cuillère. La distanciation est impossible. Certains ne comprennent pas les consignes les plus simples.

« C’est une clientèle fragile. Plusieurs ont des problèmes respiratoires. C’est un stress pour mes collègues et moi : on ne veut pas que les élèves soient infectés », dit Caroline Fauvel-Petit, enseignante à un groupe d’enfants ayant une déficience intellectuelle profonde à l’école Victor-Doré, dans le quartier Villeray.

Sur les 25 classes de cette école spécialisée, 5 étaient fermées en fin de journée lundi. C’est autant que durant la dernière année, selon l’enseignante. Elle se demande pourquoi elle et ses collègues n’ont pas accès à des masques N95, considérés comme plus sûrs. À l’école Victor-Doré, du personnel de la santé vient offrir des soins aux élèves. Ces travailleurs portent tous un masque N95, mais ceux du réseau scolaire doivent se contenter des masques chirurgicaux bleus.

Un masque convoité

Les directions d’école et les syndicats d’enseignants martèlent une fois de plus le même message : « Pour ceux que ça sécurise, il faut leur donner accès au N95 », dit Kathleen Legault, de l’AMDES.

Le personnel scolaire a trouvé « insultante » la justification du Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, qui a souligné l’inefficacité d’un masque N95 qui serait mal porté par des travailleurs inexpérimentés. « Le personnel scolaire n’est pas plus idiot que celui de la santé », affirme Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal (SEOM).

Elle s’inquiète aussi de la période d’isolement réduite de dix jours à cinq jours pour les élèves et le personnel adéquatement vaccinés. Cette mesure est difficilement applicable pour les membres du personnel, rappelle Mélanie Hubert.

« Imaginez dans une école secondaire de 2000 élèves. Comment va-t-on faire pour s’assurer que les jeunes qui sont isolés cinq jours ont eu deux doses de vaccin ? » dit-elle.

Il devient urgent de fournir des tests rapides aux écoles et aux parents, souligne de son côté Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal. Plus de 7 millions d’autotests seront distribués aux parents en janvier et en février, a annoncé la semaine dernière le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Le personnel scolaire aura aussi accès à des tests rapides ainsi qu’aux tests de dépistage PCR.

La présidente de l’Alliance des professeurs se réjouit que les enseignants aient aussi accès à la troisième dose de vaccin, mais rappelle qu’il faudra quelques semaines avant que la protection contre la COVID-19 devienne effective pour l’ensemble de la profession.

Les écoles doivent rouvrir, plaident des médecins

Une centaine de médecins travaillant auprès d’enfants et d’adolescents réclament le retour en présence dans les écoles dès le 17 janvier, malgré la flambée des cas du variant Omicron. « […] Les mesures prises pour contrôler la propagation du virus apparaissent plus dommageables pour les enfants que le virus lui-même », indiquent les signataires menés par la Dre Véronie Charest, pédiatre à Rivière-du-Loup.

La fermeture des écoles pendant les autres vagues de la pandémie a été une stratégie « inefficace », font valoir les médecins. « Des études menées à des endroits où les écoles sont restées ouvertes depuis mai 2020 montrent que les cas de COVID-19 dans les écoles reflètent les cas dans la communauté, mais qu’il y a peu de transmission à l’intérieur des écoles. »

« Les enfants hospitalisés sont peu malades, souvent admis pour d’autres raisons et leur hospitalisation est pour la plupart de courte durée. Des données récentes permettent de constater que le risque d’hospitalisation relié au variant Omicron est plus faible qu’avec le variant Delta, autant chez les enfants que chez les adultes. Il est important de noter que les enfants sont régulièrement victimes d’infections virales qui les atteignent beaucoup plus sévèrement que la COVID-19 », ajoutent-ils.


Ce texte a été modifié pour indiquer que les enseignants ont accès à la troisième dose dès maintenant, et non pas à partir du 15 janvier.



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