Le retour obligatoire sur les campus repoussé de deux semaines

Québec accorde une «période de transition» en raison de la flambée des cas du variant Omicron.
Photo: Getty Images iStockphoto Québec accorde une «période de transition» en raison de la flambée des cas du variant Omicron.

Devant la flambée des cas du variant Omicron, le gouvernement Legault repousse de deux semaines le retour obligatoire dans les cégeps et les universités. Québec permet aux établissements de continuer l’enseignement virtuel pour une « période de transition » allant jusqu’au 31 janvier.

Selon ce que Le Devoir a appris, Québec maintient le retour en classe « à partir du 17 janvier », comme l’a recommandé la Direction de la santé publique. Les cégeps et les universités peuvent cependant offrir des cours à distance durant deux semaines supplémentaires en cas de besoin.

Le ministère de l’Enseignement supérieur « travaille de concert avec les autorités de santé publique afin de suivre l’évolution de la situation sanitaire et de s’assurer que la reprise des activités sur les campus est sécuritaire. La session d’automne 2021 s’est bien déroulée et les éclosions dans les établissements d’enseignement supérieur ont été peu nombreuses et contrôlées », indique le porte-parole du ministère, Bryan St-Louis.

Même si Québec maintient le principe d’un retour en classe le 17 janvier, des établissements avaient déjà annoncé un enseignement en ligne pour tout le mois de janvier, ou même jusqu’à la fin de février.

Le Collège John Abbott, situé dans l’ouest de Montréal, a annoncé à son personnel et à ses étudiants que l’enseignement se fera à distance pour tout le mois de janvier et « vraisemblablement » jusqu’à la mi-session, le 25 février. Après une rencontre cette semaine avec des représentants de la Santé publique, le cégep anglophone a conclu que « le risque d’un début de session “normal” est devenu trop grand ».

En attendant des « précisions » du ministère de l’Enseignement supérieur, l’établissement a dit jouer de prudence à cause de l’augmentation des hospitalisations et de « l’incapacité du système à dépister les cas positifs [de COVID-19] ».

Le cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a indiqué au Devoir que le Collège John Abbott devra attendre de nouvelles consignes avant de confirmer la prolongation de l’enseignement à distance pour le mois de février.

Ailleurs dans les réseaux collégial et universitaire, les dates de retour en présence varient considérablement. Selon nos sources, l’Université de Sherbrooke s’en tient à la directive annoncée par Québec le 30 décembre et prévoit toujours des cours en présence à compter du 17 janvier. Plusieurs universités n’avaient cependant pas attendu le feu vert de Québec pour annoncer une rentrée à distance jusqu’au 24 janvier (par exemple, l’UQAM) ou jusqu’au 31 janvier (Université de Montréal).

« Stress et confusion »

Les syndicats d’enseignants et les associations étudiantes réclament de nouvelles consignes le plus rapidement possible pour la suite du trimestre d’hiver. Une rencontre entre les acteurs du réseau et le ministère de l’Enseignement supérieur est prévue le 12 janvier, à cinq jours du retour prévu en classe.

« C’est vraiment tardif. Une session de cégep ou d’université, ça ne se prépare pas en se virant de bord sur un dix cennes », dit Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente la majorité des profs de cégep et de chargés de cours d’université.

« Il me semble qu’après presque deux ans de pandémie, on devrait avoir plus de prévisibilité. Les cours commencent dans les universités, mais on ne sait pas du tout où on s’en va. Ça crée du stress et de la confusion », ajoute-t-elle.

Caroline Quesnel déplore le « silence radio » de la ministre Danielle McCann depuis la flambée des cas du variant Omicron. Elle rappelle que l’an dernier, la ministre n’avait annoncé qu’au mois de février un retour partiel en présence sur les campus. Ce mot d’ordre avait été très peu suivi. La motivation des étudiants et le rythme d’apprentissage en avaient pris un coup, avec l’enseignement virtuel.

Risque de décrochage

Les étudiants attendent aussi avec impatience un signal clair pour la suite du trimestre d’hiver. « On est à une semaine de la rentrée, et la population étudiante n’a aucune idée de quoi aura l’air la session », déplore Samuel Vaillancourt, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).

L’incertitude pèse lourd sur le moral des jeunes, selon lui. Le risque de décrochage est grand. Les étudiants ont besoin de prévisibilité pour concilier leurs horaires d’études et de travail.

De leur côté, les enseignants doivent préparer deux plans de cours complètement différents à cause de l’incertitude entourant la présence ou non sur les campus. C’est deux fois plus de travail. « À distance, on ne peut pas s’asseoir trois heures devant son ordinateur et faire comme si on était en classe. On perdrait l’attention des élèves », dit Marianne Di Croce, professeure de philosophie au cégep de Saint-Jérôme.

Elle remarque beaucoup de difficultés d’adaptation parmi ses étudiants. La prof n’a « jamais vu autant d’abandons en 15 ans d’enseignement ».

« On ne peut pas improviser, il faut s’adapter pour maintenir un enseignement de qualité », confirme Marie-Noëlle Simard Déchêne, chargée de cours à la Faculté d’administration de l’Université Laval. Dans certains cours virtuels, elle voit beaucoup de caméras fermées. C’est plus compliqué de faire réagir les étudiants, d’avoir des discussions. Elle note un plus grand nombre de travaux remis en retard.

La satisfaction est d’autant plus grande quand les étudiants embarquent, explique-t-elle.

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