COVID-19: le milieu scolaire n’est «pas rassuré» par les mesures de Québec

Le milieu scolaire s’inquiète du retour en présence dans les écoles primaires et secondaires, qui est maintenu pour le 17 janvier malgré la flambée des cas de COVID-19. Des « questions sans réponse » demeurent au sujet de la ventilation des classes, de la disponibilité du personnel et des protocoles en cas d’éclosion, soulignent des acteurs du milieu de l’éducation.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est convaincu que le retour en classe peut se faire de façon « sécuritaire » avec une série de mesures annoncées mercredi : plus de sept millions d’autotests seront distribués aux élèves du préscolaire et du primaire, en janvier et en février. Ces tests permettront de garder à la maison les élèves infectés.

Des tests rapides seront offerts dans les écoles primaires, pour détecter les élèves ou les employés infectés en cours de journée. Le personnel scolaire aura aussi accès aux tests PCR, désormais réservés à certaines catégories de travailleurs et de citoyens. Il s’agit d’une demande des directions d’école arrachée à la dernière minute en cours de journée mercredi, indiquent nos sources.

De plus, 400 échangeurs d’air ont été livrés aux écoles, et d’autres seront livrés à celles qui le demandent. Des travaux sont aussi effectués sur les systèmes de ventilation des écoles (une séance d’information à ce sujet est annoncée pour la semaine prochaine). Quelque 50 000 lecteurs de CO2 (sur 90 000) auront également été livrés d’ici vendredi, et seront installés dans les classes d’ici le retour en classe, selon le ministre Roberge. Il a bon espoir que les 40 000 autres lecteurs seront livrés en février.

« Le contexte sanitaire est difficile, c’est une évidence. Le variant est extrêmement contagieux. Cependant, il est important de mentionner que nos écoles sont sécuritaires », a fait valoir Jean-François Roberge lors d’un point de presse.

Les directions d’école, les syndicats et les comités de parents ont accueilli favorablement certaines mesures, mais ont émis des doutes sur d’autres éléments du plan présenté mercredi.

« Je pense que personne n’est complètement rassuré », a déclaré Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire.

« On a besoin d’un plan de contingence. Qu’est-ce qu’on fait si une journée, on n’a pas assez de personnel ? Est-ce qu’une direction peut fermer une école ? » demande-t-elle.

À cause de la flambée des infections et des mises en isolement, « on sait qu’il va manquer beaucoup de personnel », ajoute Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement. « Si des classes se retrouvent sans titulaire et qu’on n’a pas de suppléants, on fait quoi concrètement avec les élèves ? On ne peut pas les envoyer dans un autre groupe ou au service de garde pour la journée. Ça prend du transport scolaire pour les renvoyer à la maison, mais on a des horaires à respecter », explique-t-il.

Protocoles à venir

Le représentant des directeurs et directrices d’école dit constater une « bonne écoute » du ministère de l’Éducation. Tout le monde dans le réseau voit l’importance de ramener les élèves en classe le plus rapidement possible, pour les apprentissages et pour la santé mentale des jeunes. Mais à sept jours ouvrables du retour prévu, « il reste encore beaucoup de questions sans réponse », soutient Nicolas Prévost.

Lui et d’autres acteurs du réseau estiment que la Santé publique doit déterminer au plus vite les protocoles à appliquer en cas d’éclosion dans une classe. Le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, a indiqué que son équipe travaillait sur de nouvelles procédures en tenant compte du variant Omicron, de la vaccination et d’autres variables.

Il a confirmé que la période d’isolement des élèves de 12 ans et plus ainsi que des membres du personnel adéquatement vaccinés passerait de 10 jours à 5 jours pour ceux qui ne présentent pas de symptômes.

Masques et ventilation

 

Des questions subsistent au sujet des masques et des mesures visant à améliorer la ventilation, toujours selon des acteurs du réseau. Le personnel scolaire réclame des masques N95, utilisés dans les établissements de santé. Le ministre de l’Éducation a demandé un avis à la Santé publique à ce sujet, mais le Dr Arruda s’est prononcé contre cette suggestion.

« Le masque N95 n’est pas recommandé en milieu scolaire pour différentes raisons, a expliqué Horacio Arruda. Il est surtout utilisé dans un contexte de soins pour des interventions [particulières]. C’est excessivement difficile de porter un N95 toute la journée. Le port du N95 en milieu terrain, particulièrement à l’extérieur de milieux de soins, n’est pas supérieur au masque [chirurgical] bien utilisé. C’est ce que nos experts nous disent. »

Les élèves et les membres du personnel disposeront d’un plus grand nombre de masques chirurgicaux (les masques bleus, aussi dits « de procédure ») que les deux distribués chaque jour, a souligné le ministre Roberge.

Le Dr Arruda et son équipe continuent aussi de croire en l’efficacité des échangeurs d’air — et des fenêtres de classe ouvertes, même en hiver — et excluent l’installation de purificateurs d’air, jugés utiles pour les écoles en Ontario. « C’est clair pour moi que quand on parle d’aérer, on parle de faire entrer de l’air frais et de faire sortir l’air vicié à l’extérieur, ce que fait l’échangeur d’air. Je pense que les purificateurs d’air, particulièrement s’ils sont mal entretenus et mal placés, peuvent donner une impression que c’est mieux, mais ce n’est pas la chose qui est recommandée par les experts », a fait valoir le Dr Arruda — une affirmation qui fait l’objet de débats scientifiques.

Un plan, s.v.p.

 

Les syndicats d’enseignants et d’autres catégories de personnel scolaire, les comités de parents et les partis de l’opposition ne sont pas rassurés par ces décisions.

« Les lecteurs de CO2 ne sont pas une solution au problème de la qualité de l’air dans nos écoles. Ça fait 18 mois qu’on sait que c’est un problème, quand est-ce qu’on va le régler ? » a répliqué Kévin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec. « Nous vivons en pandémie depuis près de deux ans, il faut apprendre à vivre dans cette réalité et il faut se doter d’un vrai plan pour que nos enfants puissent aller à l’école. Il est où, le plan ? »



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