COVID-19: les écoles cherchent à éviter les «bris de service»

Le maintien en poste de travailleurs infectés asymptomatiques doit être envisagé, estime le réseau scolaire. 
Photo: Rebecca Grabill Getty Images Le maintien en poste de travailleurs infectés asymptomatiques doit être envisagé, estime le réseau scolaire. 

L’idée de maintenir en poste du personnel atteint de la COVID-19, mais asymptomatique fait son chemin dans le réseau scolaire. Des acteurs du milieu de l’éducation redoutent que cette mesure exceptionnelle, annoncée par Québec pour les « travailleurs essentiels » de la santé et d’autres secteurs, devienne nécessaire dans les écoles à cause du manque de personnel dû à l’explosion des infections.

« Cette question-là est assez légitime à se poser », estime Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).

« Avec la hausse exponentielle des cas, il est inévitable qu’on manque de monde à la rentrée. On doit réfléchir à des façons d’éviter les bris de service », ajoute le représentant des directeurs et directrices d’école de 20 centres de services scolaires.

Le nombre d’enseignants et d’employés d’autres catégories qui sont en isolement à cause de la COVID-19 reste inconnu, en plein congé des Fêtes. Le réseau scolaire suit toutefois avec inquiétude la flambée des infections. Au primaire et au secondaire, les classes doivent reprendre à distance à compter de la semaine prochaine, ce qui permettra aux élèves et aux enseignants isolés de poursuivre leurs activités à partir de chez eux.

Des acteurs du réseau redoutent cependant qu’un nombre important de classes se retrouvent sans titulaire si le retour en présence est maintenu comme prévu la semaine suivante, le 10 janvier.

Dans le réseau de la santé, plus de 7000 travailleurs manquent déjà à l’appel. C’est pourquoi des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux ont indiqué mercredi que l’emploi de travailleurs asymptomatiques malgré une infection au coronavirus visait à « préserver les services qui ont un impact direct sur la santé ou la sécurité » des Québécois.

Cette « mesure extraordinaire » vaudra pour les travailleurs essentiels de la santé, mais aussi pour les pompiers, les policiers ainsi que pour les responsables de travaux d’aqueduc, de déneigement ou d’électricité, a précisé le Dr Richard Massé, conseiller médical stratégique de la Direction générale de la santé publique. Les garderies et le secteur de l’éducation ne sont pas visés par cette décision.

Tout pour la présence en classe

Nicolas Prévost fait une mise en garde contre la tentation de se replier vers l’enseignement à distance sur une longue période. Cette solution de « dernier recours » est mieux que rien, mais « ne rapporte manifestement pas les mêmes dividendes que l’enseignement en présence », rappelle le président de la FQDE.

Les écoles sont officiellement restées ouvertes cet automne, mais les fermetures de classe et les périodes d’isolement dues aux infections ont perturbé les apprentissages de milliers d’élèves, souligne-t-il. Il insiste donc pour tout mettre en œuvre afin de garder les écoles ouvertes — de façon sécuritaire — malgré la flambée des cas de COVID-19.

Il espère que les acteurs du réseau scolaire « prendront une plus grande place » dans la décision de garder ou non les écoles ouvertes au début de 2022. Il faut tenir compte de l’importance de la pédagogie et de la santé mentale des élèves, selon le représentant des directions d’école.

« Absolument pas sécuritaire »

Josiane Cossette, présidente du conseil d’établissement d’une école primaire de Montréal, est d’accord pour qu’on tente de garder les écoles ouvertes, mais elle voit mal comment les élèves pourraient revenir en classe dès le 10 janvier. « Le feu était pris dans les écoles avant les Fêtes, imaginez avec 15 000 cas par jour ! Si on ouvre les écoles, on va submerger le milieu de la santé. »

Les établissements scolaires constituaient le principal foyer d’éclosions au Québec avant même la montée du variant Omicron : 29 671 élèves et membres du personnel ont été infectés au cours de l’automne, et 2460 écoles sur environ 3000 ont rapporté au moins un cas diagnostiqué de COVID-19, selon les données du ministère de l’Éducation.

Josiane Cossette s’attend à un enseignement virtuel pour un certain temps, au retour des Fêtes. Elle dit souhaiter un retour en présence accompagné de mesures fortes visant à renforcer la protection contre le virus : port de masques N95 par les élèves et les membres du personnel, réalisation d’un test rapide quotidien qui servira à garder à la maison les personnes infectées, installation de purificateurs d’air munis de filtres HEPA, etc.

29 671
C’est le nombre d’élèves et de membres du personnel d’établissements scolaires au Québec qui ont contracté la COVID-19 au cours de l’automne.

« Ce n’est absolument pas sécuritaire actuellement. On ne peut pas se contenter de dire aux profs d’ouvrir les fenêtres », laisse tomber la mère de famille.

Comme d’autres acteurs du réseau scolaire, elle redoute que le gouvernement finisse par décréter dans les prochains mois le maintien en poste de travailleurs de l’éducation qui sont atteints de la COVID-19, mais qui n’ont pas de symptômes. La pilule serait plus facile à avaler « si on déployait le plus de moyens possible pour atténuer la transmission du virus », dit-elle.

Avec Anne-Marie Provost

À voir en vidéo