Une rentrée en présentiel qui dérange

Les travailleurs de l’éducation auront un accès prioritaire à une troisième dose de vaccin. Celle-ci ne sera toutefois pas effective au moment de la rentrée, le 10 janvier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les travailleurs de l’éducation auront un accès prioritaire à une troisième dose de vaccin. Celle-ci ne sera toutefois pas effective au moment de la rentrée, le 10 janvier.

La flambée des cas de COVID-19 fait craindre un manque de personnel dans les écoles lors du retour en classe prévu le 10 janvier. Des acteurs du réseau scolaire estiment que l’enseignement à distance devrait se prolonger plus d’une semaine en prévision d’un nombre important de professeurs et d’élèves placés en isolement.

Le gouvernement Legault garde le cap pour le moment sur l’enseignement à distance uniquement pour la semaine du 3 janvier, aux niveaux primaire et secondaire. Le retour en classe est toujours prévu la semaine suivante, le 10 janvier, malgré l’explosion des infections dues au variant Omicron.

« Tout le monde est d’accord pour dire que l’enseignement en présence est préférable, mais ça nous semble de plus en plus improbable pour le 10 janvier, tellement il y a de cas positifs », nuance Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

Sans pouvoir chiffrer avec précision le nombre de cas de COVID-19 qui frappent le réseau, à cause du congé des Fêtes, elle indique qu’un grand nombre de membres du personnel scolaire a signalé s’être placé en isolement au cours des derniers jours. Il n’y a pas que les personnes infectées qui doivent s’isoler : leurs contacts rapprochés, par exemple les membres de la famille, doivent aussi rester à la maison durant dix jours, même s’ils n’ont aucun symptôme.

Ça commence à faire beaucoup de monde en isolement. D’autant plus que les 12 833 cas de COVID-19 rapportés mardi ne représentent qu’une portion des cas réels, compte tenu du manque de places dans les centres de dépistage et du nombre de personnes ayant recouru aux tests rapides, qui ne figurent pas dans le bilan officiel.

Élèves handicapés

« Avant d’ouvrir les écoles, il faut s’assurer qu’on a le personnel pour enseigner, pour soutenir les élèves, et surtout pour s’assurer de leur sécurité. Parce que si on ouvre les écoles sans avoir assez de monde, on met assurément la sécurité des élèves en péril », estime Kathleen Legault.

Cette exigence de sécurité est encore plus criante pour les écoles spécialisées, qui doivent accueillir les élèves handicapés en classe dès la semaine prochaine, le 3 janvier, souligne la présidente de l’AMDES. Le ministère de l’Éducation maintient le retour en présence de ces enfants malgré la flambée des cas de COVID-19, parce que « les élèves de ces écoles ont davantage besoin de services de soutien », indique Florent Tanlet, attaché de presse du ministre Jean-François Roberge.

Vers une troisième dose

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a néanmoins suscité l’espoir du personnel scolaire : il a annoncé mardi que les travailleurs de l’éducation auront un accès prioritaire à une troisième dose de vaccin. Cette nouvelle a été accueillie avec soulagement dans le réseau scolaire, qui était le principal foyer d’éclosions au Québec au moment du congé des Fêtes.

Si on ouvre les écoles sans avoir assez de monde, on met assurément la sécurité des élèves en péril

 

Même si le personnel scolaire pourra prendre rendez-vous dès cette semaine pour se faire vacciner, la protection apportée par cette troisième dose ne se fera sentir qu’après le 10 janvier, souligne Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal.

Il faut ajouter à cela les craintes associées à la qualité de l’air dans les classes, précise Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). « On salue l’accès du personnel scolaire à la troisième dose de vaccin, mais il faut régler le problème criant de la ventilation en installant des échangeurs d’air dans les écoles », dit-il.

La sécurité d’abord

Même si tout le monde aspire à revenir en classe le plus rapidement possible, Catherine Beauvais St-Pierre estime qu’il serait sage d’allonger la période d’enseignement à distance prévue en début d’année 2022. « Il faut que les gens soient en sécurité. L’enseignement à distance n’est pas l’idéal, mais il peut permettre au personnel de travailler même en isolement », souligne la cheffe syndicale.

Dans le réseau scolaire, on considère que la volonté du ministre Christian Dubé de faire travailler en « présentiel » certains travailleurs essentiels atteints de la COVID-19, mais asymptomatiques, s’applique au réseau de la santé. Le personnel scolaire placé en isolement peut déjà travailler — à distance — depuis le début de la pandémie.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le ministère de la Santé et des Services sociaux n’avait pas répondu aux questions du Devoir à ce sujet.

« On nous dit souvent qu’on est essentiels en éducation. Il faudra rapidement confirmer ce qui s’en vient dans le réseau. Le 10 janvier, c’est demain, le temps presse. On dit au ministre de l’Éducation : “On est disponibles pour réfléchir avec vous” », affirme Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

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