Les travaux pour corriger les points d’eau dans les écoles s’étirent

Les correctifs apportés aux points d’eau varient grandement d’une région à l’autre.
Photo: Mychele Daniau Agence France-Presse Les correctifs apportés aux points d’eau varient grandement d’une région à l’autre.

Les travaux visant à corriger des milliers de points d’eau dépassant les normes de teneur en plomb progressent « à pas de tortue » dans certaines écoles québécoises, indiquent des données rendues publiques par les centres de services scolaires.

Le ministère de l’Éducation a fait analyser la teneur en plomb dans l’eau de toutes les écoles du Québec, principalement au cours de l’année 2020 et au début de l’année 2021. Environ 36 % des points d’eau des écoles publiques québécoises ont été condamnés parce qu’ils dépassaient la norme de cinq microgrammes de plomb par litre d’eau.

Il reste à corriger ces milliers de fontaines et de robinets fermés, en changeant la plomberie ou en installant des filtres, selon des documents dévoilés par la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. La députée Christine Labrie, de Québec solidaire, a obtenu des données qu’elle juge préoccupantes pour la santé des élèves et du personnel scolaire.

Au ministère de l’Éducation, on souligne que l’eau qui coule dans tous les robinets des écoles est bonne pour la consommation, puisque les robinets problématiques ont été condamnés en attendant de faire l’objet de travaux. Dans certaines écoles, des cruches d’eau ont été installées pour remplacer les fontaines fermées, indiquent les centres de services.

Au Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) — le plus grand au Québec, qui regroupe près de 10 % de tous les élèves de la nation —, à peine 14 % des points d’eau non conformes ont été corrigés dans les écoles primaires, et 12 % dans les écoles secondaires (les points d’eau non corrigés restent fermés, donc « sécurisés ») ; 347 filtres à eau ont été installés dans les écoles du centre de services ; 249 autres sont approuvés pour une installation prochaine.

« À pas de tortue »

« Tout indique qu’une très faible proportion des points d’eau a été corrigée dans le réseau scolaire. Maintenant qu’on a le portrait des robinets non conformes, il faut agir, mais ça avance à pas de tortue », déplore Christine Labrie. Elle demande au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’imposer un échéancier aux centres de services pour réparer les robinets des écoles ou installer des filtres pour le plomb.

Le ministère de l’Éducation fait valoir que les fontaines ont déjà été « sécurisées », et précise qu’un bilan des travaux effectués dans les écoles québécoises pour rectifier les points d’eau est prévu pour le printemps 2022. « Le Québec est la première province au Canada à adopter la nouvelle norme de concentration maximale de cinq microgrammes par litre dans l’eau potable recommandée par Santé Canada. Cette norme est l’une des plus sévères en Amérique du Nord », indique Esther Chouinard, porte-parole du ministère.

Dans la circonscription de Christine Labrie, le Centre de services scolaire de la région de Sherbrooke (CSSRS) a identifié 210 points d’eau à fermer dans des écoles primaires, en janvier 2021. Huit mois plus tard, en septembre 2021, seulement 40 de ces robinets avaient été corrigés ; 170 étaient toujours condamnés. Le nombre de robinets accessibles, mais où il fallait laisser couler l’eau une minute avant de la consommer, a toutefois légèrement augmenté, de 285 à 286.

Le rythme des travaux est aussi lent dans les écoles secondaires de Sherbrooke, selon les données du CSSRS.

Des correctifs inégaux

La députée Christine Labrie insiste pour que tous les points d’eau dans les écoles soient correctement réparés ou dotés d’un filtre. Pour elle, la solution de laisser couler l’eau une minute ou même 30 secondes avant de la boire est inacceptable.

« Ce n’est pas parce qu’une affiche indique de laisser couler l’eau que les élèves vont le faire », dit-elle. La santé des enfants est en jeu, parce que même une infime quantité de plomb dans l’eau peut affecter le développement cognitif, rappelle la députée solidaire de Sherbrooke.

Les correctifs apportés aux points d’eau varient grandement d’une région à l’autre. Par exemple, le Centre de services scolaire des Premières-Seigneuries, à Québec, a corrigé plus de 400 fontaines ou robinets entre les mois de janvier et septembre 2021.

Le Centre de services scolaire de Montréal, où environ la moitié des points d’eau sont jugés non conformes, a fait analyser l’eau par un laboratoire indépendant. Cette méthode est considérée comme plus fiable que les mesures faites à l’aide de l’appareil portatif fourni par le ministère de l’Éducation, qui ne donne qu’une indication imprécise de la présence de plomb, a souligné l’Ordre des chimistes du Québec au cours des derniers mois.

Le CSSDM doit aussi composer avec des immeubles vieillissants qui ont été mal entretenus dans le passé, ce qui augmente la pression sur les systèmes de plomberie.

« L’eau est potable dans toutes les écoles du CSSDM. […] L’installation de filtres certifiés sans plomb est une méthode efficace afin de diminuer les concentrations de plomb en attendant d’effectuer les travaux à la plomberie », indique le porte-parole du CSSDM, Alain Perron.

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