Le nouveau Protecteur de l’élève pour encadrer les violences sexuelles ne fait pas l’unanimité

Le nouveau Protecteur national de l’élève a été proposé par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le nouveau Protecteur national de l’élève a été proposé par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Des photos d’élèves nues qui circulent sur les réseaux sociaux, des attouchements dans les corridors, du harcèlement : le nouveau Protecteur de l’élève est mal adapté pour encadrer les violences sexuelles dans les écoles, déplore un groupe d’intervenantes qui accompagne des élèves du secondaire.

Le Devoir a recueilli les témoignages de neuf élèves qui ont subi diverses violences sexuelles dans les écoles secondaires, ou qui ont été témoins de harcèlement. Pour elles — et pour des intervenantes qui leur offrent du soutien — le gouvernement doit créer une structure pour accueillir les plaintes de nature sexuelle dans les écoles, comme il l’a fait pour les cégeps et les universités.

« Les élèves nous disent : “Comment ça se fait que les étudiants adultes sont protégés contre les violences sexuelles, mais que nous, les jeunes, on n’est pas protégés ? On n’est pas crues quand on dénonce des violences sexuelles à l’école” », explique Clorianne Augustin, intervenante au Collectif jeunesse « La voix des jeunes compte ».

Elle et sa collègue Mélanie Lemay accompagnent bénévolement une vingtaine de filles âgées entre 15 et 21 ans qui ont connu des violences sexuelles au secondaire. Neuf d’entre elles ont raconté au Devoir des mésaventures qu’elles ont subies dans cinq écoles de Montréal. Fesses ou seins frôlés, photos non sollicitées à connotation sexuelle et harcèlement sont devenus monnaie courante, selon elles.

Kathleen (nom fictif pour protéger son identité), elle, a vécu un événement traumatisant : son ex-copain a fait circuler sur le réseau SnapChat une photo d’elle dénudée. Toute sa classe a vu la photo. Kathleen a été dévastée. Elle a manqué deux semaines d’école. « J’avais honte, j’étais démolie », raconte-t-elle, la voix tremblante.

La jeune femme n’en a parlé à aucun adulte. Pas même à ses parents. Et elle n’avait pas confiance en la directrice de son école pour gérer cette crise. Clorianne Augustin et Mélanie Lemay l’ont soutenue.

Quand elles se fâchent contre leur agresseur ou qu’elles haussent le ton, les filles disent qu’elles se font souvent punir pour avoir contrevenu au code de vie de l’école. Ou leurs amies se retournent contre elles en les traitant de snitch.

Un processus à améliorer

Le Collectif jeunesse réclame la mise en place d’un bureau dans chaque école secondaire (et même primaire) pour accueillir les dénonciations d’élèves. La mise en place de structures semblables dans les cégeps et les universités, en 2018, « a entraîné un changement culturel qui s’est fait sentir dans toute la société », rappelle Mélanie Lemay.

Elle estime que le nouveau Protecteur national de l’élève proposé par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est insuffisant pour contrer les violences sexuelles à l’école. Le Protecteur de l’élève est conçu pour enquêter sur des cas d’intimidation, sur l’offre de transport scolaire ou sur des révisions de notes, par exemple. Mais il est peu propice à l’encadrement des violences sexuelles, selon le Collectif jeunesse.

Les élèves ou leurs parents doivent porter plainte par écrit « à la personne directement concernée par la plainte ou à son supérieur immédiat [dans l’école]. Si ces personnes sont insatisfaites du traitement de leur plainte, elles peuvent s’adresser au responsable du traitement des plaintes, qui est désigné parmi les membres du personnel d’un centre de services scolaire et d’un établissement d’enseignement privé », indique le projet de loi 9.

Ce n’est qu’après ces étapes que le protecteur régional de l’élève, et éventuellement le protecteur national, entreraient en scène.

Aller plus loin

 

Ces personnes responsables du traitement des plaintes dans les écoles n’ont pas nécessairement la formation requise pour accueillir les dénonciations de violences sexuelles, précise la députée Christine Labrie, de Québec solidaire. Elle a déposé cet automne un projet de loi visant à créer une structure pour encadrer les violences sexuelles dans les écoles.

« Il ne suffit pas de développer un mécanisme de plainte. Il faut aussi former le personnel et sensibiliser les élèves. Je sens une bonne volonté du gouvernement en matière de violences sexuelles. Le projet de loi sur les tribunaux spécialisés en violence conjugale et sexuelle a été adopté. Il faut maintenant aller plus loin et protéger les élèves dans les écoles », dit la député solidaire.

Le ministre de l’Éducation est ouvert aux suggestions pour améliorer son projet de loi sur le Protecteur de l’élève, indique Florent Tanlet, attaché de presse du ministre. « Si on juge que le projet de loi peut être bonifié, on va le faire », notamment après l’étude du projet en commission parlementaire, dit le porte-parole du ministre Roberge.

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