Lacunes dans les services aux élèves au CSSDM

Le CSSDM affirme avoir apporté des correctifs avant même la publication du rapport de la vérificatrice générale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le CSSDM affirme avoir apporté des correctifs avant même la publication du rapport de la vérificatrice générale.

Le plus grand centre de services scolaire du Québec parvient mal à gérer des budgets de 250 millions de dollars par année voués à l’aide aux élèves en difficulté. Les gestionnaires ignorent si le soutien est offert aux enfants ayant les plus grands besoins et ne cherchent pas à mesurer les délais d’accès aux services aux élèves, prévient la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc.

Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), qui a fait l’objet de cette vérification, « ne tient pas suffisamment compte des besoins des élèves » pour répartir ses ressources, a affirmé mercredi la vérificatrice générale. Ce centre de services est responsable de 10 % de tous les élèves au Québec avec un budget de 1,2 milliard de dollars.

« Le CSSDM ne recueille pas des données importantes et n’exploite pas suffisamment celles dont il dispose pour mieux réorienter la répartition des ressources et soutenir les élèves ayant des besoins particuliers », a-t-elle précisé lors d’un point de presse après le dépôt de son rapport à l’Assemblée nationale.

Chaque centre de services a dû créer en 2017 un Comité de répartition des ressources formé de cadres scolaires et de directions d’école. Ces comités ont pour mission de recommander les meilleures façons d’allouer les budgets voués au soutien aux élèves (pour l’aide de psychoéducateurs, d’orthopédagogues ou d’orthophonistes, notamment).

Les centres de services ont aussi dû se doter d’un Plan d’engagement vers la réussite qui émet des objectifs à atteindre, comme la diminution de l’écart de diplomation entre garçons et filles.

Le CSSDM a mis quatre années — notamment en raison de la pandémie — à mettre pleinement en marche ces mécanismes obligatoires, a révélé la vérificatrice générale. Guylaine Leclerc est préoccupée par ces retards, parce que les 178 directeurs et directrices d’école déplorent des délais importants dans l’offre de soutien spécialisé aux élèves.

Les deux tiers des répondants ont indiqué ne pas être en mesure d’offrir les services requis pour leurs élèves « en temps opportun ». Près de 20 % des directions mentionnent que les élèves de leur établissement doivent attendre plus d’un an pour faire évaluer s’ils ont une difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.

Des indicateurs à documenter

Autre indice d’un manque de données, 14 écoles n’ont déclaré aucune absence d’élève pour toute l’année scolaire 2018-2019. Ces établissements ne compilent tout simplement pas les absences. Celles-ci sont pourtant un indice révélateur d’élèves à risque d’échec, note la vérificatrice.

Guylaine Leclerc a aussi soulevé des lacunes dans l’éducation des adultes et la formation professionnelle, où les élèves à besoins particuliers ont peu de soutien spécialisé. La vérificatrice relève un autre phénomène bien connu au CSSDM : le centre de services coupe des budgets à l’éducation des adultes et à la formation professionnelle pour éponger des déficits dans les écoles primaires et secondaires.

Ces coupes ont atteint 5,4 millions de dollars dans la formation des adultes et 6,5 millions du budget de la formation professionnelle entre 2017-2018 et 2020-2021, soit 10 % de leur budget respectif. « Ces ponctions faisaient partie des mesures de retour à l’équilibre prises en 2015-2016 par le CSSDM. Bien que l’équilibre budgétaire ait été atteint au cours des trois années suivantes, ces ponctions se sont poursuivies et n’ont pas été remises en question », indique la vérificatrice.

Autre point à améliorer, le CSSDM éponge les pertes de certains établissements avec les surplus d’autres écoles à la fin de chaque année financière. En disposant de meilleurs indicateurs des besoins sur le terrain, le centre de services pourrait allouer les budgets aux écoles les plus mal en point, selon la vérificatrice.

Correctifs en marche

Le CSSDM affirme avoir apporté des correctifs avant même la publication du rapport de la vérificatrice générale. Un Bureau de la gouvernance de données et du suivi de la réussite sera créé d’ici le début de l’année 2022 pour « mieux valoriser les données scolaires et administratives et aider les équipes-écoles, gestionnaires et instances à prendre les meilleures décisions basées sur celles-ci ».

« Ce bureau exploitera le potentiel des technologies numériques pour assurer le suivi régulier des résultats des élèves, de l’évolution de leurs besoins et de l’efficacité des interventions réalisées. Les outils prédictifs permettront aussi de guider le dépistage précoce des élèves en difficulté et adapter les stratégies déployées auprès d’eux », indique Alain Perron, porte-parole du CSSDM.

Le taux de diplomation a aussi progressé malgré les difficultés soulevées par la vérificatrice. Le CSSDM a atteint sa cible de 77,6 % d’élèves diplômés (après sept années d’études).

L’écart du taux de diplomation entre les garçons et les filles est aussi descendu à 5,4 points de pourcentage chez les élèves ordinaires et à 5,3 points chez les élèves handicapés, en deçà de la cible de 6,1 points établie par le centre de services. Cet écart était jusqu’à récemment de plus de 10 points de pourcentage, toujours en faveur des filles, qui persévèrent davantage que les garçons.

Des crises à gérer

Dans le rapport de la vérificatrice, le CSSDM rappelle que la pandémie a forcé le réseau de l’éducation à revoir complètement ses priorités. Les cadres scolaires et les directions d’école en ont eu plein les bras depuis mars 2020 à gérer l’enseignement à distance, les mesures sanitaires et les fermetures de classe dues aux éclosions de COVID-19.

La réforme de la gouvernance scolaire, qui a remplacé les commissaires élus par des administrateurs bénévoles, a aussi entraîné des difficultés majeures au CSSDM, en pleine crise sanitaire mondiale : huit des 15 membres du conseil d’administration ont démissionné, ce qui a provoqué la mise sous tutelle du centre de services.

Les gestionnaires scolaires ont consacré des énergies considérables à juguler ces crises, ce qui a laissé moins de temps pour renforcer la distribution des ressources, fait valoir le CSSDM.

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