Le monde change, le MBA aussi

André Lavoie
Collaboration spéciale
Depuis le début de la pandémie, l’établissement offre un programme de MBA à temps partiel, où les étudiants peuvent assister aux cours en classe ou à distance.
HEC Montréal Depuis le début de la pandémie, l’établissement offre un programme de MBA à temps partiel, où les étudiants peuvent assister aux cours en classe ou à distance.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Certains ont déjà dit qu’une maîtrise en administration des affaires, mieux connue sous son acronyme anglais MBA (Master of Business Administration), c’est surtout une maîtrise en gestion du temps ! Parlez-en aux femmes et aux hommes professionnels qui se lancent dans l’aventure : ils ont le plus souvent une carrière bien établie, avec son lot d’exigences, de même qu’une famille, véritable boîte à surprises d’imprévus. Cette triple conciliation exige une grande discipline, et beaucoup de créativité, quelques-unes des qualités requises chez les futurs diplômés.

« C’est un grand défi, on ne se le cache pas », affirme Kevin J. Johnson, directeur du programme de MBA à HEC Montréal. Le sien est en partie de mieux le faire connaître tout en prenant la juste mesure de la maturité professionnelle des candidats, brisant au passage quelques mythes, dont celui qu’il s’agit strictement « d’un moyen de faire avancer sa carrière ». Car il s’agit plutôt d’« une profession en soi, avec cette capacité de résoudre des problèmes complexes et humains ».

Il faut d’abord les avoir vus de près, et parfois les avoir subis de plein fouet, si l’on veut plus tard les résoudre une fois que l’on occupe un poste décisionnel. « À celles et ceux qui sortent tout juste d’un baccalauréat et qui voudraient entamer un MBA, je propose plutôt d’acquérir trois ans d’expérience dans le marché du travail », précise celui qui est également directeur du Centre d’études en transformation des organisations. Car non seulement les expériences passées sont déterminantes pour les nouveaux étudiants, mais peu de temps est accordé à la théorie.« Nous considérons qu’elle est assimilée, car c’est d’abord un programme immersif centré sur la pratique, les travaux d’équipe, mais aussi les activités de réseautage. »

Le virus du changement

Depuis mars 2020, on a beaucoup évoqué l’impact de la pandémie sur la gestion des entreprises. HEC Montréal ne fut pas épargnée, forcée qu’elle fut, comme tous les autres établissements d’enseignement, à revoir ses méthodes pédagogiques et à adapter les contenus des cours à la nouvelle réalité. Elle a d’ailleurs fait éclater les murs de la salle de classe traditionnelle, ce qui fut salutaire du côté du MBA.

« Nous avons été capables d’aller chercher des interlocuteurs internationaux pour les amener dans nos classes [de manière virtuelle], des gens vraiment intéressants pour nos étudiants, et nous allons maintenir cette habitude », affirme Kevin J. Johnson. Ce n’est d’ailleurs pas le seul changement qui a été apporté, à une époque où des termes comme « présentiel » et « comodale » (enseignement offert à la fois à distance et en classe) ne sont pas de vains mots quand on veut entreprendre un MBA.

Le corps professoral a dû bien sûr s’adapter, même si la conciliation travail-famille-études vécue par plusieurs étudiants lui était déjà familière. « Le MBA à temps partiel, nouvellement offert depuis la pandémie, répond à leurs besoins, souligne le directeur. C’est un format hybride qui offre le choix d’assister aux cours en classe ou à distance, mais on garde en partie notre formule en présentiel, car notre approche repose sur la résolution de problèmes, la prise de décisions dans un contexte d’incertitude, et que ça doit se faire en partie en équipe. Des étudiants qui échangent entre eux, par exemple dans les cours intensifs le samedi, tissent des liens pour ensuite s’entraider. Mettez deux diplômés de HEC qui ne se connaissent pas dans un conseil d’administration et ils vont vite s’entendre sur des principes, des valeurs communes. »

Le facteur humain

Cette dynamique de collégialité et de partage dans le cadre du MBA constitue un apprentissage essentiel pour tous les gestionnaires qui désirent se démarquer au sein de leur organisation, de celle qu’ils veulent rejoindre ou de celle qu’ils veulent… fonder. La pandémie a accentué la présence — certains diront envahissante — de plusieurs technologies déjà accessibles et qui se sont imposées par la force des choses, mais elle a fait encore bien plus que cela, selon Kevin J. Johnson.

« Les deux dernières années ont mis en lumière l’importance d’une saine culture organisationnelle, celle du bien-être au travail, voire en télétravail. Occuper une position de leader au sein d’une équipe de professionnels compétents dans un tel contexte demande une formation. Et cela va bien au-delà des connaissances quant à la définition d’une entreprise. Non seulement il faut développer les capacités d’être compris par chacun des spécialistes, qu’ils soient responsables des ressources humaines ou comptables, il faut aussi comprendre l’être humain qui est derrière. »

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