L’université québécoise du futur existe déjà

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
«L’important, c’est de voir comment on peut s’assurer [que l'université] est le plus près de la réalité de notre société», précise le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion.
Photo: iStock «L’important, c’est de voir comment on peut s’assurer [que l'université] est le plus près de la réalité de notre société», précise le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

À quoi ressembleront les universités québécoises à l’avenir ? Sans être complètement réformées, elles deviendront plus inclusives, plus flexibles et s’ouvriront davantage sur la société, estiment des experts. Portrait de la situation.

L'université n’a pas énormément changé avec le temps, et elle ne devrait pas être bien différente dans sa structure à l’avenir. « En revanche, l’important, c’est de voir comment on peut s’assurer qu’elle est le plus près de la réalité de notre société », explique le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, qui a présidé la création d’un rapport sur la question, déposé en février dernier.

« L’université du futur existe déjà, renchérit le directeur général de l’École nationale d’administration publique (ENAP), Guy Laforest. « Il ne s’agit pas de démanteler l’université telle qu’elle a été jusqu’à aujourd’hui pour tout recommencer à zéro. »

Un accès ouvert à tous

Le document formule 12 recommandations, dont celle d’un meilleur accès pour tous. « Il y a encore des déficits de ce côté, en particulier pour certains groupes minoritaires », observe M. Quirion. Ceux-ci incluent certaines populations immigrantes, les Premières Nations et les jeunes femmes voulant fonder une famille.

Pour l’année 2020-2021, ils n’étaient d’ailleurs que 443 Autochtones et 285 réfugiés sur plus de 350 000 étudiants à l’université, selon les données provisoires du ministère de l’Enseignement supérieur du Québec.

Une plus grande flexibilité des programmes permettrait un plus haut taux d’admission aux études à ces franges de la population. Cela peut passer par une offre plus étendue de programmes à temps partiel, ou encore un assouplissement des règles en ce qui concerne l’obtention d’un baccalauréat par cumul. « Il faut aussi s’assurer que, si quelqu’un arrête les études et revient, il pourra avoir accès à des bourses », ajoute M. Quirion, qui désire également redonner du panache à la formation continue. « Souvent, c’est vu comme de l’enseignement de deuxième classe. »

Plus de partenariats

Les universités québécoises devront à l’avenir miser davantage sur des formations pluridisciplinaires. « Ce n’est pas tout le monde qu’on veut faire entrer dans le même moule, et ça permet de faire face aux grands défis de la société », explique le scientifique en chef

Le rapport recommande également d’augmenter les partenariats avec des organismes à but non lucratif, des entreprises du secteur privé ou gouvernemental. « Ce sont des choses extrêmement importantes pour toutes les universités qui ont des facultés de sciences et de génie », observe M. Laforest. Il cite l’exemple de l’École de technologie supérieure (ETS) dont la devise est « Le génie pour l’industrie ».

De telles ententes offrent la possibilité aux étudiants non seulement d’obtenir un stage en milieu pratique, mais également d’entrer sur le marché de l’emploi par la suite. « Cela permet de leur apprendre comment ça se passe dans une structure. Ça prend une formation de bon niveau, mais avoir un lien avec la réalité dans la société, ce n’est pas nécessairement mauvais », croit M. Quirion.

Le rapport conclut aussi qu’il faut intensifier le soutien financier des universités de manière pérenne. Un chercheur de l’ENAP, Pier-André Bouchard St-Amant, a d’ailleurs obtenu en octobre une somme de 127 000 $. Cet argent lui servira à comparer le modèle de financement des universités québécoises avec celui des établissements ailleurs au Canada et dans le monde.

L’ouverture sur le monde

Pour Guy Laforest, les universités de la province ne sont rien de moins que « la colonne vertébrale de la nation autonome québécoise » qui consolide l’identité collective dans toutes les régions. Il estime d’ailleurs que ces établissements sont le « Québec inc. » du XXIe siècle en matière de rayonnement international.

Avoir une signature typiquement québécoise est toutefois un défi pour les universités, croit M. Quirion. Il observe une tendance à l’anglicisation de certains établissements, notamment avec plus de cours dans la langue de Shakespeare pour répondre à une certaine clientèle. « Il faut demeurer dans une certaine francophonie. Cela nous démarque par rapport au reste du monde », note-t-il.

Les réalités distinctes entre les établissements dans les grands centres urbains et ceux en région doivent aussi être prises en considération. « C’est une force énorme, que l’on n’utilise peut-être pas suffisamment. Le rôle que l’université en région peut jouer est parfois plus important qu’il peut l’être à Montréal ou à Québec », croit M. Quirion. Ainsi, les universités situées dans de plus petites municipalités agissent comme moteur économique en contribuant au développement de petites et moyennes entreprises à proximité. Certains établissements ont d’ailleurs des programmes spécialisés dans des réalités régionales.

« On a fait énormément de progrès depuis 50 ans, mais il reste encore un bout de chemin à faire », conclut-il.

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