La FSE souhaite faire du syndicalisme autrement

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
La présidente de la FSE, Josée Scalabrini, lors d'une conférence de presse en août 2020
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La présidente de la FSE, Josée Scalabrini, lors d'une conférence de presse en août 2020

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

« On veut aider le gouvernement sans forcément se plaindre, indique la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), Josée Scalabrini. Faire des compromis avec lui pour pouvoir faire progresser le système dans son ensemble. On a d’ailleurs travaillé étroitement avec le gouvernement et les oppositions sur le projet de loi portant sur les conditions de travail. Malheureusement, nous sommes arrivés avec des solutions, mais la loi fut vidée de son contenu. »

Le gouvernement Legault a passé outre à la consultation des partenaires sociaux sur plusieurs sujets, dont la réforme du cours Éthique et culture religieuse. Une grande consultation citoyenne fut organisée sur Internet mais elle n’était pas très fiable, car les participants pouvaient voter plusieurs fois et surtout, les enseignants n’ont pas été consultés. Leur opinion n’a pas été prise en compte et la nouvelle mouture a passé outre au bilan dressé depuis plusieurs années sur ce sujet. Sans compter le fait que les principaux intéressés ont été informés quant à la teneur de cette réforme lors d’un discours et d’un point de presse du ministre de l’Éducation.

Réapprendre à travailler sereinement

« Nous sommes juste des exécutants pour le gouvernement caquiste. Nous ne sommes pas consultés sur plusieurs sujets, alors que nous sommes les mieux placés pour parler de cela. La FSE souhaite faire du syndicalisme autrement, mais il faudra que le gouvernement et le ministère acceptent de changer leur culture, et arrêtent de penser qu’ils détiennent la vérité universelle. Il faut réapprendre à travailler sereinement entre partenaires, ce qui permettra d’obtenir de meilleurs résultats et donc un meilleur système d’éducation. »

Comme plusieurs autres secteurs professionnels au Québec, l’enseignement connaît une criante pénurie de main-d’œuvre. La jeunesse se détourne des formations menant au métier, car elle se rend compte que les conditions de travail ne sont pas bonnes. Le salaire non attractif, qui place le Québec au bas de l’échelle canadienne, les contrats de travail de 200 jours ou encore l’état de délabrement des écoles sont autant de freins pour recruter une nouvelle génération de professeurs québécois.

« Le gouvernement va comprendre qu’il ne peut pas travailler sans les gens du terrain, croit Mme Scalabrini. Nos écoles tombent en ruine un peu partout à travers la province et de moins en moins de gens viennent travailler en éducation. Le point positif est que nous, syndicats, souhaitons faire du syndicalisme autrement. Si le gouvernement accepte lui aussi de prendre conscience qu’il doit gérer autrement, alors nous sommes sur la bonne voie. »

Il faudra que le gouvernement et le ministère acceptent de changer leur culture, et arrêtent de penser qu’ils détiennent la vérité universelle

 

La syndicaliste insiste sur le fait qu’il faut répondre aux besoins des élèves, qui sont les premiers touchés par la pénurie d’enseignants. Pour ce faire, elle estime qu’il faut redonner l’envie d’enseigner aux jeunes afin qu’ils reviennent en éducation.

« Il y a eu beaucoup de départs ces dernières années, rappelle-t-elle. Il faut donner le goût aux enseignants de rester pour former la nouvelle génération. »

Prof, ma fierté !

La FSE lance cette année la troisième campagne de son opération Prof, ma fierté !, qui promeut la formation professionnelle à travers des portraits de salariés du privé qui décident d’enseigner leur métier. Pour ce faire, ils retournent sur les bancs d’école pour acquérir les bases théoriques de l’enseignement. La condition enseignante est alors valorisée dans son ensemble, et les élèves ont quant à eux accès à un enseignement de haute qualité.

« Les enseignants n’ont pas d’ordre professionnel au Québec, souligne Josée Scalabrini. Cependant, la Loi sur l’instruction publique protège les professeurs. Peu de gens le savent, il faut que nos politiciens fassent connaître cette loi pour attirer la jeunesse dans la voie de l’éducation. De manière générale, il faut réapprendre à se parler au Québec, et en particulier à parler d’éducation. »

La présidente de la FSE rappelle que l’éducation constitue la base de toute société démocratique saine.

« L’avenir du Québec passe par des efforts soutenus sur les plans financier et pédagogique pour prodiguer le meilleur enseignement possible et ainsi former l’élite québécoise de demain », conclut-elle.

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