Les chargés de cours occupent une profession essentielle, mais mal reconnue

Pierre Vallée
Collaboration spéciale
Plus de la moitié des chargés de cours ont au moins 15 années d’expérience en enseignement universitaire.
Damien Meyer Agence France-Presse Plus de la moitié des chargés de cours ont au moins 15 années d’expérience en enseignement universitaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

La présence de chargés de cours dans les universités québécoises ne date pas d’hier. Aujourd’hui, on en dénombre environ 11 000, également répartis entre hommes et femmes. Une contribution non négligeable à l’enseignement universitaire, mais pas pour autant appréciée à sa juste valeur, déplore la FNEEQ.

Malgré l’ampleur et la qualité de leur contribution, et le fait qu’ils sont partie prenante du corps enseignant, les chargés de cours ne font pas partie du corps professoral permanent. « Ce sont des enseignants à statut précaire, parce que sont tous des employés contractuels, dont chaque contrat est habituellement d’une durée de 15 semaines », souligne Christine Gauthier, vice-présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).

De plus, le profil des chargés de cours a beaucoup évolué au fil des ans. Et bien que la plupart d’entre eux enseignent toujours au premier cycle, aujourd’hui, la grande majorité détient une maîtrise, 43 % une scolarité de doctorat et 23 % un doctorat. Fini donc le temps où ces derniers étaient, dans leur très grande majorité, encore étudiants.

Un choix de profession

« Le rôle des chargés de cours s’est beaucoup professionnalisé, explique Christine Gauthier, et l’on compte parmi eux de plus en plus de personnes que l’on peut qualifier de chargés de cours de carrière. » À preuve, près de 60 % d’entre eux ont au moins 15 années d’expérience en enseignement universitaire. La charge de cours, comme l’accumulation de celle-ci, devient alors un moyen de participer à plein temps à l’enseignement universitaire.

« Mais à cause de leur statut de contractuel, c’est une bataille de titans, soutient Mme Gauthier. D’abord, ils doivent accumuler suffisamment de cours pour faire valoir leur expérience et, une fois celle-ci reconnue, ils sont pris avec le dilemme de ne jamais savoir, d’une année sur l’autre, combien de charges de cours on leur confiera, ou même si on leur en confiera une. »

23 %

C’est le pourcentage de chargés de cours qui détiennent un doctorat.

Une situation qui perdure et qui mérite, selon la vice-présidente, d’être corrigée. « Il faudrait être en mesure d’offrir aux chargés de cours des contrats à plus long terme. Par exemple, un contrat qui leur garantirait un certain nombre de charges de cours par année. Ce serait une situation gagnant-gagnant. L’université pourrait compter alors sur la disponibilité du chargé de cours, et ce dernier gagnerait en prévisibilité. »

Liberté d’enseignement

L’époque où le chargé de cours arrivait à l’université, donnait son cours en classe et repartait aussitôt est révolue. De nos jours, ces enseignants se voient confier des tâches éducatives hors de la classe, comme l’encadrement des étudiants, la révision et l’évaluation des programmes d’études, la création de matériel didactique, etc. Là où le bât blesse, c’est du côté de la recherche universitaire.

« Les chargés de cours ne peuvent pas piloter de leur propre chef des projets de recherche, car ils n’ont pas accès au financement qu’offrent les organismes subventionneurs, que ceux-ci soient québécois ou canadiens, précise Mme Gauthier. Et s’ils participent à un projet de recherche piloté par un professeur, ils ne peuvent pas être rémunérés à même les fonds obtenus grâce à la subvention. Il faudrait que les organismes subventionneurs acceptent de s’ouvrir aux demandes de subvention des chargés de cours. Si ces derniers font maintenant partie de la collégialité universitaire en enseignement, il faudrait qu’ils puissent aussi faire partie de la collégialité en recherche universitaire. »

Depuis un certain temps et à la suite de certains événements, la liberté d’enseignement a par ailleurs soulevé son lot de polémiques au point que le présent gouvernement a mis en place la commission Cloutier dont la mission consiste à déterminer les principes de la liberté d’enseignement, ainsi que la responsabilité des différents acteurs à cet égard. « Nous avons espoir que les mesures qui seront mises en place par la commission Cloutier tiendront compte de la situation des chargés de cours, car la précarité de ces derniers les rend particulièrement vulnérables. »

Depuis 21 ans maintenant, la FNEEQ déclare le 22 novembre Journée nationale des chargées et chargés de cours. Cette année, la FNEEQ innove en organisant un Forum où participeront, entre autres, Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur, et Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec.

« Ce Forum est l’occasion de mettre davantage en lumière la contribution et l’enrichissement qu’apportent les chargés de cours à l’enseignement universitaire », conclut Christine Gauthier.

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