L'Université Laval forme la relève aux défis de demain

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Les Chantiers d’avenir offrent des formations interdisciplinaires élaborées dans une dynamique collaborative entre les professeurs de plusieurs facultés et les partenaires du milieu.
Photo: Université Laval Les Chantiers d’avenir offrent des formations interdisciplinaires élaborées dans une dynamique collaborative entre les professeurs de plusieurs facultés et les partenaires du milieu.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Lancés depuis la rentrée 2020 à l’Université Laval, les programmes sur mesure des Chantiers d’avenir ont pour objectif de répondre aux grands défis complexes de la société. Avec l’appui de partenaires et de donateurs individuels, l’Université offre un cadre d’études interdisciplinaire en lien avec le milieu de travail, inédit au Canada.

« Nos Chantiers d’avenir sont un laboratoire innovant en éducation. Cette approche sur mesure vise à développer les compétences d’avenir de notre communauté étudiante, afin de former des leaders engagés envers les grands défis de société », explique Sophie d’Amours, rectrice de l’Université Laval. Cette année, les 76 étudiants de la cohorte se répartissent dans trois chantiers interdisciplinaires : Intelligence et transformation, Équité, diversité et inclusion et Sécurité alimentaire. « Pour chacune de ces maîtrises sur mesure, nous collaborons avec des organisations partenaires — des entreprises ou des organismes à but non lucratif — avec lesquels les étudiants s’impliquent », précise Sehl Mellouli, vice-recteur adjoint aux études et aux affaires étudiantes de l’Université.

Ces projets concrets d’intervention, cocréés avec les partenaires du milieu en complément des cours, se distinguent d’un stage. « Nous déterminons avec le milieu un enjeu imminent de notre société pour lequel il n’y a pas de solutions existantes et nous contribuons avec nos partenaires, et avec nos étudiants, à développer des solutions contribuant à la résolution de cet enjeu. Nos étudiants participent donc concrètement au changement et apprennent dans l’action », indique le vice-recteur adjoint. Une méthode d’apprentissage atypique, pour développer des talents du futur.

Des programmes sur mesure

« Tout était à construire lorsque nous avons lancé ces programmes, que nous avons nommés pour cette raison les Chantiers d’avenir », lance Julia Gaudreault-Perron, conseillère à l’innovation pour les Chantiers d’avenir et le Cercle des leaders de l’Université Laval. Car nul ne sait précisément à quoi ressemblera l’université du futur. « Nous nous sommes donné un laboratoire pour inventer de nouveaux programmes interdisciplinaires sur mesure, maîtrises ou autres, bâtis autour de grands défis de société. Ces derniers sont complexes et font appel à une nécessaire interdisciplinarité », explique la conseillère.

Le chantier sur la sécurité alimentaire, qui accueille sa première cohorte cette année, est un bon exemple de défi au carrefour entre diverses spécialités. « Il faut être capable de bien comprendre et d’intervenir dans l’ensemble de la chaîne de production, de transformation, de distribution et de consommation des aliments pour créer des systèmes alimentaires plus justes, durables et plus équitables à l’échelle de la planète », souligne Julia Gaudreault-Perron. Ce chantier ne forme pas des experts d’une discipline comme l’agriculture, l’agroéconomie ou le développement international, mais des spécialistes de l’enjeu global, couvrant l’ensemble du système alimentaire, formés en gestion de projet, en agriculture et en nutrition. « C’est une autre manière de voir la formation universitaire », ajoute la conseillère à l’innovation.

Divers partenaires d’horizons

Les programmes sont soutenus par des donateurs et par une cinquantaine de partenaires du milieu qui s’impliquent dans la création des programmes et qui accueillent des étudiants dans le cadre de projets concrets. Ce sont de grands groupes, comme Desjardins et Thales, ou de petites structures, comme la start-up OVA ou l’organisme Les Urbainculteurs, mais aussi de grandes organisations internationales, comme l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (la FAO) ou le Programme alimentaire mondial (PAM). Les donateurs et partenaires, qui font face aux défis sur lesquels les Chantiers d’avenir travaillent, se placent souvent eux-mêmes dans une position d’apprenants pour développer le talent de leurs employés.

Des étudiants internationaux participent à ces formations sur mesure avec le soutien d’organisations de leur milieu. « Dans le chantier sur la sécurité alimentaire, nous collaborons avec nos organisations partenaires ici, mais aussi au Sénégal, au Burkina Faso ou encore au Pérou. Cela nous permet de travailler sur cette question globale et internationale en lien avec les communautés locales pour comprendre la sécurité alimentaire au-delà du point de vue strictement québécois », explique Julia Gaudreault-Perron. La diversité ne touche pas seulement les compétences des participants, mais également leur culture et leur parcours. « Ils ont de 22 à 57 ans. Certains ont déjà leur propre entreprise et souhaitent la bonifier, notamment dans le chantier Intelligence et transformation. Nous avons beaucoup d’employés en poste, avec un bagage disciplinaire et professionnel, qui viennent chercher une compétence d’avenir », indique la conseillère.

Des talents du futur

Pour l’Université Laval, les compétences transversales développées sur les Chantiers d’avenir, transférables d’un domaine à un autre, seront une clé dans le monde de demain. « Nous faisons le pari que les parcours d’apprentissage ou de carrière de nos étudiants actuels seront beaucoup plus variés que les parcours linéaires que nous avons connus dans le passé, où les changements de domaine étaient moins fréquents », explique Julia Gaudreault-Perron, qui constate déjà l’émergence de cette tendance. « Nous donnons à nos étudiants des compétences qu’ils pourront exercer en passant par exemple d’une organisation publique à une entreprise, et vice versa », explique la conseillère.

De nouvelles fonctions faisant appel à des compétences transversales sont d’ailleurs déjà créées dans certaines entreprises, comme Cogeco, qui a apporté un soutien financier au chantier Équité, diversité et inclusion (EDI) et qui a ouvert un poste y correspondant en interne. « Il y a deux ou trois ans, de tels postes n’existaient pas dans les organisations qui ont besoin de personnes possédant un bagage interdisciplinaire et une expertise en ce qui concerne l’ensemble des groupes marginalisés », souligne Mme Gaudreault-Perron.

Ces compétences acquises aux Chantiers d’avenir, qui font appel à ce que l’on appelle « la pensée complexe », s’accompagnent de capacités précieuses et complémentaires. « Avoir une tête interdisciplinaire permet d’ouvrir la pensée pour comprendre un enjeu à partir de différents angles, mais aussi d’accepter de faire cohabiter des points de vue divergents », explique Julia Gaudreault-Perron. Grâce à la démarche innovante des Chantiers d’avenir, les compétences des étudiants se doublent d’une grande capacité d’adaptation. Une aptitude très recherchée, comme les compétences liées à l’intelligence émotionnelle, la communication, l’engagement social, la créativité et la faculté de résoudre des problèmes, qui sont également au cœur de ces programmes d’avant-garde.

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