Des formations axées sur la pratique en collaboration avec Concordia

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Grâce au partenariat, une dizaine de professeurs de l'université accompagnent la centaine d’employés d’Ericsson pour des projets liés à l’intelligence artificielle.
Photo: iStock Grâce au partenariat, une dizaine de professeurs de l'université accompagnent la centaine d’employés d’Ericsson pour des projets liés à l’intelligence artificielle.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Pour assurer la formation continue de ses employés, Ericsson a fait appel à l’Université Concordia et à ses spécialistes en intelligence artificielle. Résultat ? Une formule innovante, dont tout le monde ressort gagnant.

Ericsson, le seul équipementier encore présent au Québec, a à cœur la formation continue de ses employés. Mais avec la formation continue traditionnelle, les employés ont parfois de la difficulté à arrimer ces nouvelles connaissances à leur quotidien, d’autant plus que les employés qu’on voulait ici former sur l’intelligence artificielle (IA) n’étaient pas des spécialistes. « Nous voulons élever les compétences de tous nos employés », explique d’emblée Paul Baptista, directeur d’ENCQOR 5G, un partenariat axé sur la recherche et l’innovation dans le secteur des technologies de rupture 5G, et gestionnaire du site Ericsson Montréal.

Tablant sur plusieurs collaborations avec les chercheurs de l’Université Concordia, la compagnie a donc eu l’idée d’offrir des formations sur l’intelligence artificielle un peu différentes. « Nous avons voulu développer avec Concordia un nouveau modèle de formation, où on amène le travail dans la classe », raconte Paul Baptista. La formation a été codéveloppée par l’accélérateur d’IA d’Ericsson et a bénéficié du soutien de Scale AI, une grappe qui rapproche l’industrie du monde universitaire.

Variété de sujets, variété de projets

Dans cette série de 32 cours axés sur la pratique, une dizaine de professeurs de Concordia accompagnent la centaine d’employés d’Ericsson pour des projets liés à l’intelligence artificielle. Les cours théoriques mais surtout les ateliers pratiques abordent différentes thématiques : données massives (big data), programmation, apprentissage machine, apprentissage profond, infrastructure.

Les formations se font à même la semaine de travail avec le soutien des professeurs et d’une dizaine d’étudiants des cycles supérieurs de Concordia. « C’est vraiment la meilleure formule pour former et appliquer presque immédiatement les connaissances apprises », estime M. Baptista.

Une telle collaboration a exigé un an de préparation, notamment pour mettre en place une infrastructure sécuritaire pour protéger les données confidentielles du fabricant. En effet, les participants travaillent sur les données réelles du réseau 5G d’Ericsson.

L’approche pédagogique choisie s’organise autour de jalons. « On essaie que tous les participants aient une expérience de formation similaire, malgré la diversité des projets », dit Tristan Glatard, professeur agrégé au Département d’informatique et de génie logiciel de l’Université Concordia et membre de l’équipe des formateurs.

L’approche par projet s’avère également efficace dans le contexte des groupes hétérogènes de participants, qui appartiennent à des corps de métiers différents (déploiement de réseau, opérateurs, développeurs de produit) et ont un niveau d’expertise varié. « Leur seul point commun, c’est qu’ils sont des employés d’Ericsson », précise M. Baptista. En direct de Montréal, d’Ottawa et de Toronto, les participants ont l’occasion de tisser des liens (virtuels, pour l’instant) durant les mois que durent les formations.

Un projet « gagnant-gagnant »

Ce projet permettra à Ericsson de former la relève de l’intérieur, la compagnie — comme plusieurs — étant frappée par la rareté de main-d’œuvre spécialisée dans le domaine de l’intelligence artificielle. « C’est un des défis : au fur et à mesure que tous les secteurs et les industries essaient d’intégrer l’IA, on n’a pas assez de diplômés », note M. Baptista.

Pour l’Université, un tel partenariat offre une belle vitrine. « C’est une occasion de fédérer nos professeurs et nos étudiants », remarque M. Glatard, qui est également titulaire de la Chaire de recherche sur les infrastructures de mégadonnées pour la neuroinformatique. La collaboration permet d’éviter le travail en vase closet amène des spécialistes de différentes facultés à travailler ensemble sur des enjeux ancrés dans la réalité. Être confronté à ces problématiques réelles pousse les professeurs comme les étudiants dans leurs retranchements. « Ça nous demande de nous mettre à jour », constate le professeur chercheur. Les étudiants en soutien technique tissent aussi des liens avec celui qui pourrait être leur futur employeur.

Une formule qui a de l’avenir

Cet accès direct à des problématiques concrètes pourrait mener vers le développement d’autres partenariats de recherche. « C’est une occasion pour les chercheurs de mieux comprendre notre domaine, et ça permet d’adapter au mieux les modèles théoriques à nos problèmes », remarque M. Baptista. La compagnie mène d’ailleurs d’autres projets de recherches en collaboration avec Concordia parallèlement à ce projet de formation, en intelligence artificielle et sur l’infonuagique, par exemple.

La formation a déjà été entamée, et le premier jalon a même été atteint, soit la définition des projets « On a déterminé où on va mettre de l’IA, à quoi ça va servir, et on a établi des objectifs ambitieux, mais réalistes », résume M. Glatard. Le cycle de formation s’étendra jusqu’au 10 mars.

Cette formule pédagogique prometteuse pourrait aussi être reprise, souhaitent les deux experts. « C’est un modèle que Concordia met en place », soutient M. Baptista.

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