Bataille pour l’accès des femmes à un baccalauréat

Une mère de famille de 43 ansréclame plus de souplesse de l’UdeM pour reconnaître ses études.
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir Une mère de famille de 43 ansréclame plus de souplesse de l’UdeM pour reconnaître ses études.

Une bataille judiciaire témoigne des difficultés vécues par les femmes qui étudient à temps partiel tout en ayant un emploi et en élevant des enfants : une quinzaine d’étudiants de l’Université de Montréal (UdeM), en majorité des étudiantes, contestent en Cour supérieure un changement de règlement qui restreint leurs possibilités d’obtenir un baccalauréat.

Ces étudiantes à temps partiel s’opposent à un virage administratif ayant resserré les moyens d’obtenir un baccalauréat par cumul de trois certificats. Elles sont inscrites à la Faculté d’éducation permanente de l’UdeM, devenue la deuxième en importance de l’établissement avec 14 000 étudiants.

Cette faculté offre 31 certificats (en droit, en santé, en gestion, en communication, en petite enfance, etc., qui peuvent être faits en une année) à des étudiants qui cherchent généralement à se perfectionner après avoir lancé leur carrière : 80 % travaillent pendant leurs études, 77 % sont des femmes, et l’âge moyen est de 34 ans, selon le site Web de l’UdeM.

« Ça nous étonne que l’Université mène cette bataille [restreignant l’accès à un diplôme] », dit Me Marie-Claude St-Amant, une des avocates des étudiantes dans cette affaire.

Elle comprend mal l’acharnement de l’UdeM à ne pas décerner de baccalauréat à ces femmes qui ont pour la plupart accumulé les 90 crédits requis pour ce diplôme de premier cycle. Pour ces étudiantes, le baccalauréat est essentiel à l’obtention d’une promotion, à un changement de carrière ou à la poursuite des études à la maîtrise.

La qualité des diplômes d’abord

Dans un document déposé en Cour supérieure, l’Université de Montréal indique avoir resserré en 2014 le règlement encadrant les baccalauréats obtenus par cumul de certificats « pour s’assurer de la qualité des diplômes et pour que les connaissances acquises soient toujours à jour ».

L’UdeM exige désormais que les trois certificats aient été obtenus en moins de 10 ans. Les demandes d’obtention du baccalauréat doivent être faites au plus tard 24 mois après l’octroi du dernier diplôme. Un certain nombre de crédits doivent avoir été obtenus à l’Université de Montréal, à HEC Montréal ou à Polytechnique.

« Le baccalauréat par cumul n’a jamais été un programme auquel un étudiant peut s’inscrire. Le règlement prévoit qu’un étudiant qui répond aux critères requis peut combiner plusieurs diplômes ou certificats et être admissible à l’obtention d’un baccalauréat par cumul. Il ne s’agit pas d’un droit, l’étudiant doit en faire la demande à la fin de la scolarité », précise l’UdeM dans sa défense.

Marie-Claire Forté, mère de famille de 43 ans, est de celles qui réclament plus de souplesse de l’UdeM dans la reconnaissance de ses études. Cette artiste enseigne la danse en tant que chargée de cours. Elle a obtenu trois certificats (en traduction et en rédaction) entre les années 2002 et 2017 par mesure de prudence, en raison de la précarité du travail dans son domaine.

Elle projetait d’obtenir un baccalauréat en faisant reconnaître ses 90 crédits, mais le changement de règlement de l’UdeM a bousillé ses plans. « Tous mes collègues ont une maîtrise, mais sans baccalauréat, je ne peux pas faire de maîtrise ! Ce n’est pas sérieux », déplore-t-elle.

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