Appels à refaire les tests de qualité de l’eau des écoles

Le ministère de l’Éducation est montré du doigt pour l’imprécision des mesures du plomb dans l’eau du réseau scolaire.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le ministère de l’Éducation est montré du doigt pour l’imprécision des mesures du plomb dans l’eau du réseau scolaire.

Les imprécisions de l’appareil choisi par Québec pour mesurer la présence de plomb dans l’eau des écoles inquiètent les partis de l’opposition et le mouvement Je protège mon école publique. Ils joignent leurs voix à celle de l’Ordre des chimistes et réclament que les tests ayant conclu à l’absence de contamination soient repris en laboratoire.

Ces appels à une double vérification de la qualité de l’eau des écoles font suite aux révélations du Devoir sur la méthode retenue par le ministère de l’Éducation pour mener cette vaste opération. L’instrument portable acquis par Québec pour mesurer la quantité de plomb dans l’eau manque de précision, selon une étude menée par des scientifiques de la Ville de Québec.

Près de 43 % des résultats obtenus avec cet appareil portatif, nommé Kemio, sont « significativement différents » de ceux générés par les analyses faites en laboratoire. Autre fait jugé préoccupant, 11 % des données obtenues à l’aide du Kemio sont décrites comme « aberrantes » parce que trop éloignées de la moyenne des résultats.

« C’est clair pour moi : après avoir bâclé les tests de la qualité de l’air, ils sont en train de bâcler les tests de la qualité de l’eau », a déclaré la députée libérale Marwah Rizqy.

Compte tenu des risques pour la santé des enfants, elle affirme que « le gouvernement aurait dû utiliser la meilleure technique, celle qui donne des résultats hors de tout doute ».

Les experts, même ceux consultés par le ministère de l’Éducation, conviennent que l’appareil Kemio est moins précis que celui utilisé en laboratoire, de type ICP-MS. L’instrument portatif permet toutefois de réagir beaucoup plus rapidement à la présence de plomb qu’en recourant à des analyses en laboratoire, a fait valoir la professeure Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle sur l’eau potable à Polytechnique Montréal.

Cette spécialiste de l’eau potable souligne que l’appareil retenu sert d’abord à « dépister » la présence de plomb dans l’eau, et non à en mesurer la teneur absolue. L’important est de réparer ou de fermer rapidement les points d’eau non conformes, selon elle.

De plus, le protocole prévoyait une mesure dans de l’eau qui stagnait depuis au moins six heures, mais dans les faits, en raison de la pandémie, plusieurs tests ont été menés avec des robinets qui n’avaient pas coulé depuis des jours ou des semaines, ce qui facilite encore plus le dépistage du plomb, souligne Michèle Prévost.

Les tests ont démontré que 64 % des points d’eau des écoles primaires et secondaires sont conformes aux normes sur le plomb, selon le ministère de l’Éducation.

Bilan des correctifs

La députée Christine Labrie, de Québec solidaire, estime de son côté que le gouvernement doit dévoiler rapidement les correctifs apportés sur les robinets considérés comme problématiques. « Ils n’ont jamais donné d’échéance pour faire les travaux. J’ai peur qu’ils fassent le même suivi qu’après les tests de qualité de l’air. On n’a toujours pas de bilan des travaux qui ont été faits sur les systèmes de ventilation », dit-elle.

Véronique Hivon, du Parti québécois, réclame aussi un « plan de match pour redresser la situation ». Le dévoilement en catastrophe des résultats des tests de plomb dans l’eau, en fin d’après-midi vendredi, lui apparaît suspect. « On demande au ministre d’être transparent », dit-elle.

Patricia Clermont, porte-parole du mouvement Je protège mon école publique, estime nécessaire la reprise des tests ayant conclu à l’absence de contamination. « On ne veut pas se retrouver avec de faux tests négatifs. On sait qu’avec le plomb, il n’y a pas de seuil sécuritaire. Il n’y a pas de risque à prendre, sinon les parents vont perdre confiance », dit-elle.

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