Les oppositions dénoncent la méthode «partisane» de la CAQ en matière d’éducation

Le lancement du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise relance les critiques sur la partisanerie en enseignement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le lancement du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise relance les critiques sur la partisanerie en enseignement.

Un gouvernement majoritaire qui n’hésite pas à bousculer ses « partenaires » pour remplir ses engagements : le lancement du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise, qui prend des allures partisanes, est révélateur de la méthode du gouvernement Legault, soulignent les partis de l’opposition.

Le nouveau programme remplacera en 2023 le cours Éthique et culture religieuse (ECR), a annoncé dimanche le ministre de l’Éducation dans un événement au ton préélectoral. Le contenu du cours donne lieu à des débats de fond, mais c’est surtout le processus de mise en place qui retient l’attention. Des mots comme « arrogance » et « rouleau compresseur » reviennent dans les critiques de la méthode caquiste.

« Ce que les gens disent en trame de fond, c’est qu’ils ont senti une pression politique assez importante », a réagi la députée libérale Marwah Rizqy aux révélations publiées mardi dans Le Devoir. Deux des cinq membres du comité de rédaction du nouveau cours ont démissionné, y compris la fonctionnaire du ministère de l’Éducation qui était responsable du programme.

Cette ex-employée de l’État, Marie-Noëlle Corriveau-Tendland, a quitté son poste en raison de ce qu’elle considère comme la « politisation » d’un programme qui aborde des thèmes chers au gouvernement Legault : religion, laïcité, culture et identité québécoises. Il est incongru que neuf ministres et le premier ministre lui-même soient intervenus lors de l’annonce de dimanche, entre autres dans une vidéo, pour vanter ce nouveau cours censé contribuer à la « fierté québécoise », souligne Marwah Rizqy.

« On a sorti il y a longtemps la religion des écoles, ce n’est pas pour faire entrer la politique partisane dans la pédagogie », dit la députée libérale.

« Rien de partisan »

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’est défendu une fois de plus de politiser l’enseignement. « Il n’y a rien de partisan dans un cours de Culture et citoyenneté québécoise. La reconnaissance de l’autre, la connaissance de soi, l’ouverture sur le monde, la culture québécoise, nos institutions démocratiques, je pense que c’est très rassembleur », a-t-il indiqué en marge des travaux de l’Assemblée nationale, mardi.

Questionné sur son refus de dévoiler le rapport sur les consultations entourant la réforme du cours ECR, le ministre a indiqué que les 200 groupes ayant déposé un mémoire sont libres de diffuser leur point de vue sur la question. Quant aux démissions au sein de l’équipe chargée d’accoucher du nouveau programme, le ministre insiste : « c’est normal que des gens partent et que des gens arrivent » durant un long processus.

La députée Christine Labrie, de Québec solidaire, dit percevoir des similitudes entre ce dossier et d’autres mis en avant en éducation depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Legault, à l’automne 2018. « Pour moi, ce sont des projets partisans qui ne répondent pas aux préoccupations du milieu scolaire », dit-elle.

L’élargissement des maternelles 4 ans malgré la pénurie d’enseignants, la révision du programme préscolaire, l’abolition des commissions scolaires et la réforme du cours ECR étaient tous des engagements de la Coalition avenir Québec (CAQ), souligne Christine Labrie.

Comme bien des questions en éducation, ces transformations proposées ne faisaient pas l’unanimité, mais le gouvernement Legault a insisté pour les réaliser, parfois au prix d’une forte résistance du réseau, note la députée solidaire. « Ce qui est mis en avant en éducation, c’est ce que François Legault souhaite mettre en avant en éducation, en dépit de toutes les réserves du milieu de l’éducation », dit-elle.

Le gouvernement de la CAQ affirme avoir le courage de ses convictions. Les partis de l’opposition rappellent que d’autres défis font pourtant l’unanimité dans le réseau : régler la pénurie pour toutes les catégories de personnel, freiner le décrochage scolaire, renforcer le rôle du protecteur de l’élève…

Le Parti québécois (PQ), le Mouvement laïque québécois et d’autres groupes, dont l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité, ont applaudi la réforme du cours ECR, qui répond à leurs demandes de longue date. Le PQ a néanmoins dénoncé le « spectacle » du gouvernement qu’a été l’annonce du nouveau cours.

« Nous demeurerons vigilants pour la suite, notamment sur la politisation ou les biais possibles ainsi que sur les risques aussi que le cours devienne un fourre-tout sans ligne directrice, où les élèves auront du mal à se retrouver », a réagi Véronique Hivon, du PQ.

La transformation du cours ECR inquiète toutefois l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), qui craint une dérive de « la nouvelle idéologie nationaliste dont le premier ministre François Legault se fait le champion ».

« À quel message aux jeunes Québécois peut-on s’attendre de la part d’un gouvernement provincial qui s’acharne à nier les racines profondes de la discrimination et du racisme qui en font un fléau systémique ? », demande dans un communiqué Ghislain Picard, président de l’APNQL.

Les Autochtones craignent que le cours proposé cherche à convaincre les élèves « que les droits de la « nation québécoise » en matière de culture, de langue [et] de patrimoine sont supérieurs à ceux des autres nations qui cohabitent sur le territoire ».
 

Avec Marie-Michèle Sioui

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