Vingt futurs innovateurs sur les bancs de l’Université McGill

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Nicole Osayande et Kasem Alhaeik ont tous deux entamé leur projet en septembre.
Photo: Photos fournies par la bourse McCall MacBain Nicole Osayande et Kasem Alhaeik ont tous deux entamé leur projet en septembre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

Avec son tout nouveau programme de bourses de leadership McCall MacBain, l’Université McGill veut créer un cercle d’innovateurs et d’innovatrices qui travailleront au mieux-être de la société. Elle accueille cet automne sa toute première cohorte.

Les bourses McCall MacBain découlent d’ailleurs d’un don historique de 200 millions de dollars des époux John et Marcy McCall MacBain à l’Université McGill. Au moment de son versement en février 2019, il constituait le plus important don ponctuel à une université canadienne. En septembre 2020, l’Université de Toronto a battu ce record en recevant 250 millions de dollars de James et Louise Temerty.

Les bourses McCall MacBain permettent à des étudiants et à des étudiantes d’effectuer une maîtrise ou un programme professionnel à l’Université McGill, tout en participant à des sessions de mentorat et de perfectionnement au leadership entièrement financés.

Le processus de sélection rigoureux a reposé sur l’appui de 130 leaders canadiens, qui ont évalué bénévolement 735 candidats, avant de réaliser des entretiens avec 132 d’entre eux. En mars, un groupe de cinquante finalistes s’était vu convié aux ultimes entrevues.

Favoriser la diversité

Cette course à obstacles a mené au choix de 20 personnes, qui ont entamé leur projet en septembre dans cinq facultés de McGill. L’une d’elles, Nicole Osayande, a obtenu son baccalauréat en informatique biomédicale à l’Université Queen’s de Toronto. Elle est maintenant inscrite à la maîtrise en génie biomédical à l’Université McGill.

Née à Toronto, elle a vécu sa jeunesse dans un quartier composé en majeure partie de familles noires et sud-asiatiques. Elle était l’une des premières de l’école secondaire C. W. Jefferys à entamer des études à l’Université Queen’s. Cette information l’a tellement interpellée qu’elle a lancé un projet pour augmenter la diversité sur le campus.

Elle a ainsi réuni plus de 30 étudiants au sein de ce club, qu’elle a présidé pendant trois ans et qui poursuit son action depuis son départ. Ses activités visent à encourager les élèves de la diversité à intégrer les rangs de cette institution, à créer des lieux de rencontre et de partage pour les étudiants de Queen’s issus de la diversité et à susciter des débats sur cet enjeu.

« Nous avons notamment discuté avec beaucoup de jeunes lors des Foires des universités de l’Ontario, raconte la boursière. Nous leur parlions de l’intérêt d’étudier à Queen’s et des ressources disponibles pour eux, mais également des efforts que cela exige. »

Nicole Osayande a aussi organisé un événement de cuisine en plein air (cookout) sur le campus de Queen’s sur le thème des cultures africaines, sud-américaines et caribéennes, après avoir constaté un déficit dans l’enseignement de l’histoire des Noirs à l’université.

Des bourses pour ceux qui en ont besoin

Lors de son séjour à Queen’s, elle a collaboré avec un professeur à l’élaboration de modules de logiciels pour un outil utilisé dans les chirurgies de remplacement de la hanche. « À McGill, je travaillerai sur les liens entre le rythme circadien, les gènes responsables de l’horloge circadienne et la formation des os, explique l’étudiante. C’est un domaine très nouveau. »

Une aventure très intéressante s’ouvre donc pour celle qui admet n’avoir envoyé son dossier de candidature que quatre minutes avant l’heure limite. Elle a longuement hésité, convaincue que sa moyenne générale ne lui permettrait pas de se classer devant les centaines d’autres candidats. Elle se réjouit de constater que ses qualités de leadership et ses engagements ont été pris en compte.

Elle lance toutefois un message aux gestionnaires des programmes de bourse d’excellence. « Il faut dépasser la notion de mérite, parce que tous les étudiants ne partent pas du même point, souligne-t-elle. Certains étudiants se retrouvent dans des conditions difficiles et doivent travailler en même temps qu’ils fréquentent l’école. Ce n’est pas évident pour eux de se monter un dossier exemplaire. Les bourses devraient aller aux élèves qui veulent entrer à l’université et qui en ont le plus besoin. »

Solidaire dans l’âme

Les bourses McCall MacBain proposent plus qu’un simple appui financier. « C’est vraiment un parcours de leadership très bien encadré, et nous avons l’occasion de travailler et de réfléchir avec les autres boursiers qui étudient dans des domaines différents et qui viennent de milieux variés », constate Kasem Alhaeik. Titulaire d’un baccalauréat en études internationales à l’Université de Montréal (UdeM), il poursuit à McGill une maîtrise en science politique, option développement international.

Né en Syrie, Kasem Alhaeik s’est installé au Québec en 2012, après quelques séjours chez nous dans les années précédentes. « Ma famille a quitté la Syrie pour de bon en 2012, un an après le début des soulèvements populaires, raconte-t-il. À l’époque déjà, beaucoup de débats politiques avaient cours en Syrie. Plein d’opinions étaient exprimées, et ça m’a sensibilisé à ces sujets. »

À l’UdeM, il a contribué pendant trois ans au regroupement étudiant d’Amnistie internationale, qu’il a présidé pendant un an. Il a également été vice-président responsable des finances du Comité des Affaires internationales de l’UdeM. « Amnistie internationale se montre très actif en Syrie, donc je les connaissais déjà, et leur combat pour les droits de la personne me rejoignait beaucoup, confie l’étudiant. Pendant ces trois années, nous avons travaillé pour sensibiliser les gens et aussi susciter l’engagement des étudiants, par exemple par l’entremise de pétitions. »

Dans ses études, Kasem Alhaeik s’intéresse tout particulièrement à l’évolution du développement international et de l’allocation de l’aide internationale. Il souhaite s’engager dans la pratique après ses études et a déjà effectué ses premiers pas en ce sens. Il a notamment consacré un été à un projet d’écotourisme au Togo, soutenu par Québec sans frontières et par le Comité régional d’éducation pour le développement international de Lanaudière.

« J’ai vu en Syrie le travail qu’accomplissent les organismes d’aide au développement et aussi ceux qui défendent les droits de la personne, donc cela m’offre une perspective intéressante sur ces activités, avance-t-il. Le parcours proposé par les bourses McCall MacBain constitue une belle occasion de réfléchir avec d’autres au sens que je veux donner à mes études et à mon engagement. » 

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