Les inscriptions se maintiennent, sauf à l’UQAM

Le pire de la tempête pandémique semble passé dans les universités. Le nombre d’étudiants inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur est relativement stable, en légère hausse de 0,6 % par rapport à l’automne 2020, à l’exception de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), où l’effectif a baissé de 8 % au baccalauréat.

Selon les chiffres obtenus par Le Devoir, l’UQAM apparaît comme une anomalie dans le portrait plutôt encourageant des inscriptions dans les 18 universités québécoises. Seule l’Université du Québec en Outaouais (UQO) signale une baisse comparable de son effectif étudiant, en plein retour du présentiel sur les campus après un an et demi d’enseignement à distance.

À l’échelle du Québec, la hausse minime des inscriptions est attribuable aux deuxième et troisième cycles (5,4 % et 4,2 %). L’effectif étudiant a baissé de 1 % au premier cycle. Un total de 317 000 étudiants sont inscrits cet automne à l’université, dont les deux tiers à temps plein.

Le nombre d’inscriptions à l’UQAM a baissé de 5 % par rapport à l’automne dernier. La chute de 8 % dans les programmes de premier cycle y est compensée partiellement par des hausses à la maîtrise (5,7 %) et au doctorat (8 %).

La communauté uqamienne s’interroge sur la baisse jugée « préoccupante » des inscriptions. La direction de l’établissement a décliné la demande d’entrevue du Devoir, mais nos sources indiquent qu’une réflexion à ce sujet a commencé au sein des instances de l’université.

« Comment peut-on expliquer cette baisse ? La réponse plate, c’est qu’on ne le sait pas encore, même si on peut penser que la pandémie a eu des effets collatéraux », dit Geneviève Hervieux, présidente du Syndicat des professeurs et professeures de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ).

Elle évoque l’hypothèse d’étudiants qui auraient mis leurs études en pause à cause de la fatigue pandémique. Certains ont trouvé un emploi. D’autres pourraient craindre le retour en classe à cause de leur état de santé ou de l’état des infrastructures (ventilation, locaux étroits…).

Chose certaine, l’enseignement à distance ainsi que la crise sociale et sanitaire ont mis à l’épreuve les étudiants, souligne cette professeure spécialiste en psychologie du travail. Elle rappelle que l’UQAM a été créée il y a un demi-siècle pour favoriser l’accession aux études supérieures des jeunes issus des classes populaires francophones, dont les parents sont peu éduqués. Cette population est-elle plus susceptible de décrocher en temps de perturbations sociales et économiques ?

Vers une sortie de crise

Malgré ce soubresaut dans les inscriptions, Geneviève Hervieux se montre confiante en l’avenir de l’UQAM. Elle estime que l’établissement est en bonne position malgré un déficit de 9,2 millions de dollars pour l’année financière 2020-2021, autorisé par Québec en raison de la pandémie. Sans tenir compte des coûts attribuables à la COVID-19, l’UQAM a équilibré son budget, indique un message interne que Le Devoir a obtenu.

Le budget 2020-2021 a été adopté « dans un contexte sanitaire de grande imprévisibilité et d’incertitude », explique dans ce message Sylvia Thompson, vice-rectrice à l’administration et aux finances.

Le pire de la crise est toutefois passé pour les universités, espère Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke et président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI). Il rappelle que le ministère de l’Enseignement supérieur a autorisé les établissements à faire des déficits correspondant aux coûts supplémentaires liés à la pandémie.

La facture de la COVID-19 était estimée à 100 millions de dollars en mai dernier pour les universités. « Les données préliminaires reçues semblent indiquer que la plupart des universités sont en surplus en 2020-2021, et que les coûts liés à la COVID sont donc absorbés », indique le cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

« Nous attendons le portrait final avant de déterminer s’il est nécessaire de mettre en place des mesures pour soutenir les universités qui seront en déficit, s’il y en a, et si ce déficit est attribuable à la COVID-19. En 2020-2021, nous avons injecté plus de 175 millions dans le réseau des universités afin de soutenir les établissements face à la COVID. »

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