Ingénieur, mode d’emploi

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
L’importance de la multidisciplinarité est de plus en plus grande pour les ingénieurs, qui doivent toujours être au fait des dernières avancées technologiques.
Photo: Caroline Perron L’importance de la multidisciplinarité est de plus en plus grande pour les ingénieurs, qui doivent toujours être au fait des dernières avancées technologiques.

Ce texte fait partie du cahier spécial Génie québécois

Ils sont présents dans toutes sortes de secteurs, ont un nom de métier en commun, mais sont pourtant très différents : les ingénieurs constituent un groupe professionnel mal connu. Que font-ils exactement ? Quel est leur rôle en 2021 ? Quelles sont les différences entre chacun des secteurs du génie ? Éléments de réponse avec François Bertrand, directeur général adjoint de Polytechnique Montréal, et Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

« Définir précisément le métier d’ingénieur est très difficile tant les tâches et les fonctions sont diversifiées. Les ingénieurs sont partout dans la société, dans les entreprises, et touchent à tous les domaines. Ils aident à trouver des solutions à des problèmes concrets. Ils veulent rendre la société meilleure. C’est un immense défi », explique Mme Baig.

Trois axes primordiaux

Pour François Bertrand, « un ingénieur travaille à apporter des solutions techniques à des problèmes technologiques complexes dans la société. L’ingénieur va devoir concevoir et mettre en œuvre des produits, des systèmes, des services, pour répondre à des problèmes technologiques. Concevoir, développer et améliorer sont les trois axes primordiaux du métier, quel que soit son domaine d’expertise ».

Les branches de l’ingénierie sont multiples et couvrent divers domaines, comme la chimie, l’aviation ou l’aérospatiale. À Polytechnique Montréal, 12 domaines différents sont enseignés à plus de 9500 élèves. Un vecteur commun réunit cependant tous ces ingénieurs et futurs ingénieurs : l’innovation.

« Ils doivent tous aller vers la gestion du changement, souligne la présidente de l’Ordre. L’innovation doit être intégrée dans leur approche du métier. Nous sommes obligés de nous adapter aux changements techniques et technologiques pour rester performants. Les technologies de l’information [TI], qui évoluent constamment par exemple, sont devenues un aspect technique incontournable. »

Un ingénieur doit se former toute sa vie, car les innovations vont vite

 

« La technologie, ce sont les outils et techniques pour la conception de procédés. L’innovation, cela concerne les façons de créer pour faire face à ces changements. L’industrie 4.0, qui émerge actuellement, constitue une convergence des technologies. Les changements ont lieu rapidement, mais on s’adapte, on veut améliorer les choses pour la société. Il faut que l’invention soit utile pour la société pour que l’innovation soit utile », renchérit M. Bertrand.

Multidisciplinarité

Un ingénieur en 2021 ne fait pas exactement la même chose qu’il y a vingt ans. L’importance de la multidisciplinarité est de plus en plus considérable. L’aspect environnemental est maintenant en première ligne de la mission et du métier d’ingénieur. Il faut respecter les normes de développement durable. La société est très consciente de cela, et l’ingénierie est à la pointe de ces sujets.

On pourrait même dire que c’est un métier que l’on continue d’apprendre tout au long de sa carrière, explique M. Bertrand : « Les études et la formation sont les bases de l’ingénierie de demain. Un ingénieur doit se former toute sa vie, car les innovations vont vite. Plusieurs formations de courte durée sont possibles à Polytechnique pour se mettre à jour tout au long de sa carrière. »

La conception du métier d’ingénieur comme un métier d’hommes est, elle aussi, en train d’évoluer. Les femmes y accèdent de plus en plus. Kathy Baig est d’ailleurs fière de préciser qu’actuellement, « sur les 65 000 membres inscrits à l’Ordre des ingénieurs du Québec, 15 % sont des femmes. Nous avons mis en place l’initiative “30 en 30” dont l’objectif est d’accéder en 2030 à 30 % de femmes parmi les nouveaux ingénieurs québécois. Au cours des dernières années, l’Ordre a aussi déployé des programmes de promotion du génie auprès des jeunes filles (Ambassadrices de la profession, dans les écoles secondaires ; Du grand génie, dans les cégeps), ainsi qu’un programme de mentorat pour les étudiantes en génie. »

Ce à quoi François Bertrand ajoute : « Du côté de Polytechnique, cet objectif est déjà atteint. Dix ans avant l’objectif “30 en 30” d’Ingénieurs Canada, Polytechnique Montréal vient de franchir un cap en diplômant, pour la première fois de son histoire, 30,2 % de femmes au baccalauréat en ingénierie en 2020. Alors que les moyennes québécoise et canadienne de diplomation féminine en génie oscillent autour de 21 %, cette percée démontre que l’objectif national de porter à 30 % le taux d’ingénieures nouvellement titulaires d’un permis d’ici 2030 est atteignable. On remarque un intérêt et une volonté de choisir ce type de carrière plus important chez les femmes chaque année. » 

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