Les enseignants, acteurs majeurs durant la pandémie

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
En août dernier, une enseignante de l’école primaire Saint-Bernardin, située dans le nord  de Montréal, distribuait des masques médicaux  aux élèves.
Marie-France Coallier Le Devoir En août dernier, une enseignante de l’école primaire Saint-Bernardin, située dans le nord de Montréal, distribuait des masques médicaux aux élèves.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

La pandémie de COVID-19 a propulsé sur l’avant de la scène plusieurs corps professionnels. Parmi eux, bien sûr, tous les métiers de la santé et du service à la personne, les serveurs et les professions au contact de la clientèle. Les enseignants du Québec, et en particulier ceux de Montréal puisque c’est là que la COVID-19 frappe le plus fort, sont eux aussi en première ligne depuis plusieurs mois.

L’Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM), fondée en 1911, constitue le syndicat principal des enseignants et enseignantes des écoles publiques primaires et secondaires dans la métropole. Fort de près de 10 000 membres, le syndicat affirme avoir pesé de tout son poids lors de plusieurs négociations menées avec le gouvernement de François Legault durant la pandémie pour faire valoir les spécificités du contexte montréalais.

« En tant que syndicat principal sur l’île de Montréal, on a joué le rôle de mettre en lumière ce qui se passait dans la métropole et non en région durant la pandémie, témoigne la présidente du syndicat, Catherine Beauvais-St-Pierre. Le gouvernement proposait des mesures difficilement applicables pour nous. La distanciation physique entre élèves et professeurs, et entre les élèves eux-mêmes, par exemple, est très difficile à mettre en place ici, alors que les écoles débordent. On a souvent mis le holà. »

Éviter la fracture

Les différents syndicats québécois ont dû s’adapter devant cette situation inédite pour tous. La pandémie a exacerbé les tensions et les divisions sur des sujets qui polarisent l’ensemble de la société. La question de la vaccination et de la mise en place du passeport sanitaire a fracturé le peuple en deux groupes. Mais pour l’APPM, pas question de faire de même au sein du corps enseignant.

« Parmi nos membres, on gère des personnes qui ont des opinions différentes, que ce soit sur le plan politique, sociétal ou professionnel, détaille Mme Beauvais-St-Pierre. Le syndicat a un double rôle très important à jouer. Le premier est bien évidemment la représentation de nos membres individuellement dans la défense de leurs droits de travailleurs. Quelle que soit son opinion, un enseignant rejoignant l’APPM sera défendu de la même manière. Le second rôle est de porter des revendications plus larges au niveau sociétal et pas seulement pour les professeurs. Au printemps 2020, quand les consignes du gouvernement n’étaient pas claires pour tous, on a transmis et vulgarisé ces informations pour nos membres, mais aussi pour les parents d’élèves. Nous avons également joué un rôle actif avec des revendications auprès du gouvernement et en interpellant directement la Santé publique. »

En août dernier, les professeurs ont commencé l’année scolaire pleins d’enthousiasme à l’idée de retrouver les classes totalement en présentiel. Les enseignants, qui devaient la plupart du temps donner des cours à la fois virtuels et présentiels, vont voir leur charge de travail diminuer et pourront se consacrer pleinement aux élèves. Rattraper le retard accumulé par ceux-ci durant ces longs mois de pandémie a été une priorité pour l’ensemble du système éducatif québécois. Cependant, cette rentrée en classe et l’euphorie qui l’accompagne ne doivent pas faire oublier que la crise de la COVID-19 n’est pas encore terminée. De ce fait, le syndicat a encore beaucoup de travail et de réclamations à faire au gouvernement québécois.

Que les classes restent ouvertes

La syndicaliste insiste : « Nous avons demandé plusieurs choses pour que le retour en classe se fasse de la façon la plus sécuritaire possible. Outre les demandes de tests rapides pour isoler la moindre suspicion de cas positif et de masques supplémentaires, qui ont déjà été acceptées, nous souhaitons la mise en place rapide de capteurs de CO2 dans les écoles. Ceux-ci ont été acceptés, mais les demandes mettent beaucoup trop de temps à être implantées concrètement. En ce qui concerne la vaccination, nous avons revendiqué et travaillé pour que les enseignants soient priorisés et avons obtenu gain de cause. »

Mme Beauvais-St-Pierre ajoute toutefois un petit bémol sur ce point :« Nous souhaitons la vaccination pour tous, et nous continuerons à représenter tous nos membres sans différence, même ceux qui sont réfractaires à celle-ci. Cependant, nous encourageons vivement nos membres à aller se faire vacciner. Il faut que les enseignants, les élèves et l’ensemble du personnel scolaire soient en sécurité et que les classes restent ouvertes. »

Les défis à traverser durant cette année scolaire sont encore nombreux pour le syndicat et ses membres, mais Catherine Beauvais-St-Pierre se montre très fière du chemin qui a déjà été parcouru : « Je tire mon chapeau à mes collègues professeurs pour leur investissement, leur capacité d’adaptation et leur résilience. »

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