Des parents manifestent leur appui aux éducatrices

Des éducatrices de centres de la petite enfance manifestaient à Montréal, mardi.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Des éducatrices de centres de la petite enfance manifestaient à Montréal, mardi.

Les éducatrices des centres de la petite enfance (CPE) ont entamé mardi des grèves tournantes pour une durée d’une semaine. Au centre des préoccupations se trouve la question des salaires, jugés insuffisants. Si des milliers de parents voient leur routine bouleversée, ils sont malgré tout nombreux à appuyer les grévistes.

« C’est incroyable ce qu’elles font. Leur travail est vraiment intense, ce sont de grosses journées, elles n’arrêtent pas une seconde et elles devraient être mieux payées », lance Jessica Dallaire. Son garçon de quatre ans fréquente le CPE Les Petits Manitous, à Mont-Tremblant, lequel est fréquemment à la recherche de remplaçants, particulièrement depuis la pandémie. « La directrice nous écrit parfois pour nous dire qu’il manque une éducatrice et qu’il n’a pas été possible de la remplacer, alors on nous demande si on peut garder nos enfants à la maison », relate-t-elle.

« Les salaires ne sont sans aucun doute pas assez élevés pour la qualité de leur travail », renchérit Chloé Domingue-Bouchard. La Montréalaise sera touchée par la grève jeudi et vendredi. Sa mère viendra habiter chez elle pour garder la petite de deux ans et demi, parce que son conjoint est à la chasse et qu’elle vit des complications à cause du travail. « [Ma mère] n’est pas à la retraite, mais elle a pris congé pour venir nous aider. Nous sommes chanceux », raconte-t-elle.

Ces perturbations ne l’empêchent toutefois pas d’appuyer le mouvement. « Ça n’a aucun sens que le maximum de leur salaire soit 25 dollars de l’heure et moins, pense-t-elle. Il y a des problèmes de rétention et de pénurie. »

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne

Ce sont les éducatrices membres de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) qui ont lancé le bal, avec des grèves mardi et mercredi. Celles affiliées à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) prendront le relais jeudi et vendredi, et la Fédération des travailleurs du Québec fermera la marche lundi et mardi prochain.

« Nous trouvons malheureuses ces journées de grève, alors que le gouvernement a invité dernièrement les syndicats à intensifier les négociations pour arriver à une entente le plus rapidement possible », a réagi Florence Plourde, l’attachée de presse de la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel.

Reprise des négociations

À l’heure actuelle, une éducatrice qualifiée touche 19 $ l’heure au premier échelon salarial et jusqu’à 25 $ l’heure au dixième et dernier échelon. Plus de 18 mois après l’échéance des conventions collectives, les négociations achoppent principalement sur les questions salariales.

La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), affiliée à la CSQ, revendique des augmentations plus importantes pour les plus bas salariés. Ainsi, elle demande des augmentations totalisant 27 % sur trois ans pour le premier échelon et totalisant 21 % sur trois ans pour le dernier échelon. De son côté, Québec offre 12 % sur trois ans aux éducatrices qualifiées.

Les négociations avec la FIPEQ n’ont guère progressé ces derniers jours — d’où l’exercice de la grève tournante. Les négociations entre Québec et la FIPEQ reprendront jeudi.

Le cabinet de la ministre LeBel convient lui aussi « qu’il y a urgence d’agir, afin de soutenir le développement du réseau, d’améliorer les conditions salariales des éducatrices et d’en attirer de nouvelles ».

Florence Plourde assure que « le gouvernement est au rendez-vous, en proposant d’augmenter considérablement le salaire des éducatrices. Nous déplorons que les enfants soient privés de services de garde et que les parents écopent, alors que la conciliation travail-famille est déjà difficile ».

Appui des partis d’opposition

Présente à une manifestation mardi à Montréal, Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois pour ces dossiers, a appuyé les grévistes.

« Votre cause, c’est la cause de toutes les femmes du Québec, c’est la cause de tous les parents, c’est la cause pour l’égalité hommes-femmes, c’est la cause pour le développement de nos tout-petits, c’est la cause pour la conciliation famille-travail, c’est la cause pour le développement du Québec social et économique », a-t-elle lancé.

Aussi présent, Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, a tracé un parallèle entre la grève des éducatrices en CPE et la grève étudiante qu’il a menée avec d’autres représentants étudiants, il y a 10 ans.

« J’ai fait partie de centaines de milliers de jeunes Québécois qui se sont mobilisés ici pour un projet de société basé sur l’égalité des chances et la justice sociale », a-t-il lancé aux manifestantes.

À son tour, le député libéral Marc Tanguay, porte-parole de l’opposition officielle en matière de famille, a promis de ne laisser passer aucune occasion de questionner le gouvernement Legault au sujet du sort des éducatrices en CPE.

« Le combat que vous menez est excessivement important. C’est pour nos tout-petits ; les parents vous appuient. C’est important de faire un rattrapage. On vous soutient sans réserve », a-t-il affirmé.

Avec La Presse canadienne

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